B. — ÉTATS DE LA GRAVURE EN CREUX
L'épreuve est, à proprement parler, l'estampe tirée sur la planche gravée, pendant qu'elle est encore entre les mains du graveur, pour s'assurer de l'état du travail, en changer la direction ou en corriger les fautes, s'il y a lieu*. Toutefois, on appelle également épreuves, les estampes tirées après que le travail est entièrement terminé et qu'il n'y a plus à y revenir. On dit, dans ce sens, épreuve avant la lettre, épreuve avec la lettre, etc.
Dans la première de ces deux acceptions, on appelle premières épreuves celles que le graveur tire sur son travail au burin, quand ce travail est avancé à un certain
* Le tirage est l'opération par laquelle on obtient des épreuves dune gravure au moyen de l'impression. On dit, en ce sens, qu'une gravure vient bien au tirage, pour peu que l'estampe remplisse ou même surpasse l'attente qu'on avait pu concevoir du l)on résultat de la planche, et encore que le tirage coûte tant du cent, qu'il a été fait à tel nombre d'épreuves.
point sur toutes les parties de la planche, bien que déjà il en ait pu tirer sur le travail à l'eau-forte ; et pour désigner que l'ouvrage est arrivé à ce certain point, on dit que l'œuvre est aux premières épreuves.
Dans l'autre cas, quand il s'agit d'estampes terminées et déjà dans le commerce, on appelle premières épreuves celles qui ont été tirées sur la planche au sortir des mains du graveur, avant qu'elle ait été aucunement usée ou fatiguée par un tirage multiplié, si toutefois on n'a pas pris la précaution de la faire aciérer*. Ces premières épreuves sont, en général, les plus belles et les plus recherchées. De là est venu l'usage de tirer un certain nombre d'estampes avant de graver au bas de la planche le titre du sujet de la gravure. Ces épreuves, qui ont été manifestement tirées les premières, sont ce qu'on appelle épreuves avant la lettre. Mais, il n'est pas absolument impossible, soit en interposant avec précaution ime bande de papier entre la feuille et la planche à l'endroit de la lettre, soit par quelque autre artifice, de tirer, après la lettre gravée, des épreuves qui ne portent pas de lettre. Il arrivait aussi quelquefois que, l'inscription au bas de l'estampe devant contribuer à l'intérêt du sujet, les épreuves avant la lettre se trouvaient dénuées d'une indication intéressante. Pour obvier à ce double inconvénient, on a imaginé la lettre blanche et la lettre grise. On grave donc
* On sait que l'aciérage, qui fut employé pour la première fois par Salomon et Garnier, est un procédé qui consiste à recouvrir un cuivre gravé d'une couche d'acier infinitésimale. Par la résistance que ce dépôt galvanoplastique lui donne , dépôt qui peut être renouvelé autant de fois qu'il en est besoin, la même planche gravée peut servir au tirage de centaines d'épreuves, dont la dernière aura la même valeur que la première
Premier état.
Deuxième état.
Troisième état. Épreuve terminée.
Fig. 69 à 72. — Etals successifs d'une gravure au i)uriii.
Fig. 75. — Exemple d'un état d'eau-forle. La tète seule est terminée.
Petrus Breugel. — Antverpi pictorœ ruralium aclionum. Ant. van Dyck fecit aqua forti.
d'abord la lellre au simple trait, et l'on tire un certain nombre de premières épreuves à lettres blanches, puis on grave l'intérieur du contour de ces lettres, en tailles simples qui donnent au tirage le nombre voulu d'épreuves à lettres grises, et, enfm, on croise ces tailles simples, et on a la lettre noire, sur laquelle on tire un nombre indéfini d'estampes.
Ce procédé semble, jusqu'à présent du moins, une garantie contre toute fraude. Il a aussi l'avantage de former trois classes d'estampes au lieu de deux, quoique la différence soit, en général, peu sensible entre les épreuves à lettres blanches et les épreuves à lettres grises. En général, les graveurs font aussi tirer des épreuves avant la lettre blanche; par ce moyen, ils obtiennent des épreuves de quatre états différents, c'est-à-dire, pouvant toutes être d'un prix plus élevé les unes que les autres.
On appelle épreuves avec la remarque celles où se trouvent certains accidents, comme un faux trait dans la marge, ou quelque taille omise dans le corps du sujet, ou encore quelque croquis, ce qui témoigne que CCS épreuves ont été tirées les premières, avant que l'artiste eût fait disparaître les accidents ou croquis qu'on y remarque*. Une épreuve boueuse est celle qui, ayant été tirée sans que la planche fût convenablement essuyée par l'ouvrier, est chargée de trop de
♦ Sur la valeur commerciale des états pour les gravures du xvnr siècle, il est indispensable de consulter l'important travail de M. GusTAVK Hourcard : Les Estampes du xviir siècle. École française. — Guide manuel de l'amateur (suivi de la liste alphabétique des peintres, dessinateurs et graveurs cités, et terminé par celle des titres de gravures, au nombre de 1700
noir. On appelle épreuve grise celle qui a été tirée sur une planche usée, et épreuve neigeuse, celle dans laquelle, par l'effet aussi d'un commencement de fatigue de la planche, on distingue des taches blanchâtres. Le genre de gravure le plus important est la gravure en taille-douce*, qui a pour objet de produire, par le moyen de l'estampe, des copies de tableaux, de dessins,
environ), avec une préface de Paul Eudel. Paris, E. Dentu, 1885, in-S" raisin.
Mentionnons aussi : Dessms^ gouaches, estampes et tableaux du xviii" siècle, Guide de ramateur, par Gustave Bourcard, Membre d'honneur de la Société des peintres-graveurs français. Paris, Damascène Morgand, 1893. Fort vol. in-8° raisin.
Le but pratique de cet ouvrage c'est de faire connaître, aux amateurs et marchands, les estampes du xviir siècle les plus dignes d'être recherchées, les principaux états de ces estampes, les prix atteints dans les ventes depuis quinze ans, l'indication des collections où se trouvent aujourd'hui les dessins, gouaches ou tableaux originaux, etc.
* Au moyen âge, l'expression taille-douce était un terme d'orfèvrerie et signifiait la gravure au burin et en hachure sur les pièces de vaisselle. Ni Robert Etienne, en 1559, ni Jean Nicot, en 160G, n'ont admis cette expression. Monet, en 1655, la prend encore dans le sens de travail d'orfèvrerie, sans apphcation à l'impression : Tailler en taille-douce. C'est dans le xvii° siècle seulement qu'on distingua, dans le commerce des estampes, les épreuves de la gravure en taille-douce de celles que fournissent les travaux de la pointe sèche, les eaux-fortes et les tailles de bois en relief. Voici quelques citations à ce sujet :
1541. François — nous voulons que — vous paiez comptant à nostre cher et bien amé Simon Dotières (ou Potières) marchand joyauher, la somme de quatre cens cinquante livres tournois — pour son paiement d'un coffre d'émail, garny d'argent doré; taillé au burin. (Mandement donné à Lyon.)
1566. Ung tableau figuré, taillé en taille doulce, auquel il y a ung histoyre de passion, estant le tout d'or — xvj liv. t. (Inventaire du château de Nevers.)
1599. Deux coupes d'argent vermeil doré, de taille douce, pesant ensemble sept marcs quatre onces. (Inventaire de Gabrielle d'Estrées.) — Cf. L. de Laborde, Glossaire.
Fig. 7i. — Etat d'eau-forte (Eau-forte pure). (Voir au verso état plus avancé.) V 19
Fig. 75. — État d'eau-forte plus avancé que le précédent. Au bas, à droite, se trouve indiqué le nom du graveur qui sera effacé.
Fif,'- "'>• — Planche terminée au burin. Epreuve avant la lettre.
V ty*
DeMalvaT.sciiip . Ed. Rouveyre.Edil Im-p.Cadart. Paria
Fig. 77, — Planche terminée. Epreuve avec la lettre.
et toutes sortes d'images. On a dit, avec quelque raison, que la gravure en taille-douce était, pour les arts du dessin, ce qu'est l'imprimerie pour les sciences et les belles-lettres.
Ce genre de travaux* s'exécute sur une planche de cuivre rouge, soigneusement aplanie et polie.
Le procédé le plus ancien, et aujourd'hui encore le plus puissant de la gravure sur cuivre, est celui par lequel on opère sur le cuivre nu, au moyen du burin et de la pointe sèche, ainsi appelée pour la distinguer de la pointe du graveur à l'eau-forte.
Avec la pointe sèche, on trace sur le cuivre le contour des figures, et quelques autres travaux légers. Les tailles plus larges et variées de forme, destinées à produire les effets du clair-obscur, sont l'ouvrage du burin, espèce de petit ciseau dont la tige est carrée, et la pointe pratiquée à l'un des angles, ce qui donne lieu à un biseau en losange plus ou moins allongé.
Le burin donne des tailles creusées en anglet. De la manière dont le burin a été incliné, du plus ou moins de profondeur des tailles, et aussi de la manière dont elles sont disposées, rapprochées, ou croisées entre elles, résultent les effets de clair-obscur**. Presque toujours la gravure au burin a été préparée par l'eau-
* Le mot travail s'emploie assez ordinairement au pluriel, en parlant de la gravure et des diverses manières dont l'artiste a varié les opérations de son burin, la forme de ses tailles. On dit : les travaux de cette estampe sont maigres, nourris, mous, fermes, variés, savants, bizarres, etc.
♦* Le grain est l'efTet que produisent les tailles de la gravure diversement croisées entre elles.
On dit de telle ou telle combinaison de tailles, qu'elle forme un bon ou un mauvais grain.
forte *, qui supplée en grande partie au travail de la pointe sèche.
Les graveurs emploient diversement, et dans des proportions différentes, l'eau-forte, la pointe ou le burin : c'est là ce qui constitue le faire, la manière particulière de chacun.
Quand l'œuvre du graveur est terminée, la planche passe aux mains de l'imprimeur en taille-douce**. Celuici la couvre d'une encre plus ou moins pâteuse, puis l'essuie avec la paume de la main, de manière à enlever bien complètement tout ce qui se trouve d'encre à la surface du cuivre, sans enlever et en comprimant au contraire celle qui est entrée dans les tailles, et qui les remplit exactement.
La planche étant en cet état, on étend dessus une feuille de papier légèrement humectée, et l'on passe
* L'cau-forle est l'épreuve d'une planche qui n'a encore été que préparée à l'eau-forte, pour être ensuite terminée au burin, ou qui a été toute exécutée à l'eau-forte et où le burin n'a pas dû repasser. Les eaux-fortes de la première de ces deux espèces sont, pour les collections d'estampes, ce que sont les ébauches dans les collections de tableaux. Rembrandt a laissé un grand nombre de planches toutes exécutées à l'eau-forte. Quelques graveurs contemporains ont fait des eaux-fortes d'une netteté et d'un fini qui égalent le travail du burin.
** La planche du graveur est la plaque de cuivre préparée pour recevoir le travail du burin. Toutefois, par i)lanche, on entend d'ordinaire cette plaque déjà travaillée et le travail lui-même. On dit dans ce sens qu'une planche n'est qu'ébauchée ou qu'elle est fort avancée, pour exprimer que le travail n'est que commencé ou qu'il est près d'être achevé; et belle planche, bonne planche, pour beau travail du graveur. S'il s'agissait de la qualité de la plaque fournie par le planeur, on dirait bon cuivre, beau cuivre. On dit aussi quelquefois les cuivres pour les planches gravées, quand il s'agit de quelque collection de gravures: les cuivres du Molière, de telle édition; du Racine, etc.
i ig. 78. — Ce que l'un entend par liemarque.
Epreuve d'état d'une gravure à l'eau-forte, dont la marge inférieure est avec remarques.
Peintures.
Ivm^a^M. Peronneau, académicien.
Jo. Le Porrrait de Madame Journu la mère.
Tableau à l'hulU» de i pieds ) p0UCCS| fur I pied xo pouces.
(JÎLJ^^ortrait de M. Darcy.
m6me grandeur > à rHoile aiiflS.
uvrages en Paftel.
br trait de M le Normand di Coudray.
Tableau duo pied lo pouces, fur i pici ( pouces.