‹ Connaissances nécessaires à un bibliophile, accompagnées de notes critiques et de documents bibliographiques recueillis et publiés (volume 2)Chapitre 6 sur 11 · Mademoifelle Gaugy · texte numérisé non relu

Mademoifelle Gaugy

Tableau d'un pied 8 pouces , fui t pio / pouces. «'"'v.kiXw j.w ir^^al .

Par M, VaLADE , Acadcmiùe/i.

4. Le Porrrait de M. le Duc de Noailles'î^Slj 5 5 . Le Portrait de Madame de Ste. * * * ^t^f^ 56. Le Portrait d'un jeune Enfant habillé

en Efpagnul.

Ces trois Tableaux en Paftcl foni de rorme ovale , de 3 predi de hauteur, fur a ped» 4 pouces de largeur.

Fig. 79. — Croquis originaux de Gabriel de Saint-Aul^in sur les marges d'une page d'un Livret des Salons de ;.1769,

le tout à la presse entre deux rouleaux*. Le papier s'empreint, plus ou moins fortement, de l'encre qui était dans les tailles du cuivre, selon que ces tailles sont plus ou moins profondes : de là résulte l'estampe**. La gravure à l'eau-forte s'exécute aussi sur la planche de cuivre soigneusement aplanie et polie. Le graveur enduit celte planche d'une couche de vernis, et avec une pointe d'acier, il trace son dessin assez profondément pour enlever le vernis, et découvrir le cuivre partout où passe la pointe, puis il verse dessus l'eauforte, qui ne peut mordre sur le vernis, mais qui ronge et grave le cuivre sur les points où il a été découvert. La première de ces deux opérations est à peu près l'œuvre du dessinateur en général; la seconde est particulière à l'art du graveur. Cette dernière consiste à laisser mordre l'eau-forte sur le cuivre juste le temps nécessaire pour qu'elle produise des cavités, des tailles***, telles qu'il les faut pour chaque partie du dessin, c'est-à-dire d'une infinie variété. Trois moyens sont donnés pour cela : le plus ou moins de finesse du trait qui a découvert le cuivre; le soin de dessiner

* La beauté de l'estampe dépendant pour beaucoup des soins multiples qu'il faut donner au tirage, l'imprimeur en tailledouce, habile, participe en quelque sorte du mérite de l'artiste lui-même et ne doit pas être confondu avec le simple ouvrier. Il en est de même de l'imprimeur en lithographie.

** L'estampe est l'empreinte de la planche gravée; c'est le mot propre pour désigner l'image, l'espèce de tableau que l'on obtient par le moyen de la gravure en taille douce. Il est plus correct et plus exact, en ce sens, de dire estampe que gravure; c'est à tort que l'usage de cette dernière locution a prévalu.

*** Les graveurs appellent /ai7/e.s les incisions qu'ils font au cuivre, au moyen du burin, de la pointe, ou même de l'eau forte, d'où est venu le nom de gravure en taille-douce.

d'abord les parties qui exigent les tailles les plus profondes, et successivement celles qui exigent des tailles moins enfoncées, afin que l'eau-forte versée chaque fois agisse à plus de reprises sur les unes que sur les autres; ou bien le graveur, après avoir fait mordre l'eau-forte une première fois sur toute la planche, recouvre de vernis successivement les parties qui doivent être les plus claires, et fait mordre de nouveau sur celles où sont tracés les tons vigoureux*. Le premier de ces procédés rentre encore dans les habitudes du dessinateur qui appuie plus ou moins le crayon, suivant qu'il veut obtenir un rendu** parfait et des touches plus ou moins fortes; les deux autres entraînent une multitude de petits soins qui ne sont bien connus que du graveur. Toutefois, l'aptitude qu'ont tous les dessinateurs à manier la pointe et à dessiner sur le vernis engage un grand nombre de peintres, ou même de simples amateurs, à s'occuper de la gravure à l'eauforte comme d'un amusement.

Le mérite particulier à ce genre de gravure est d'être susceptible de la légèreté et de l'esprit propres au dessin composé avec verve, et tracé du premier coup. Mais elle n'a ni l'harmonie ni le moelleux de la

* Vigoureux, se dit du coloris, alors que les teintes et les tons, portés à un haut degré d'intensité et cependant convenablement dégradés, forment des oppositions vives avec les clairs, et accusent franchement et fortement les formes. Une estampe vigoureuse est celle où le noir domine, sans préjudice d'un bon système de clair-obscur, ce à quoi concourent le mode de travail du graveur et les soins donnés au tirage.

** On dit aussi qu'un sujet est bien rendu, pour exprimer que rien ne manque dans la composition de ce qui peut la rendre intelligible, et que la pensée de l'artiste est clairement présentée.

gravure au burin; et, toutes les fois qu'on en use autrement que pour tracer sur le cuivre ce qu'on appelle des caprices, il y faut faire au moins quelques raccords au burin. Quand ce second travail est assez considérable pour qu'il recouvre en quelque sorte le premier, l'œuvre perd le caractère et le titre de gravure à l'eau-forte, et rentre dans le genre de la gravure au burin, qu'on est, comme nous l'avons dit plus haut, dans l'usage de préparer, d'esquisser, pour ainsi dire, par le procédé de l'eau-forte.

La gravure au lavis, en usage depuis le commencement du xix« siècle sous la dénomination d'aquatinte ou aqiia-tinta, est une des modifications de la gravure à l'eau-forte.

C'est .aussi par le procédé à l'eau-forle que s'exécutent les gravures à la manière du crayon.

La gravure en couleurs, pour laquelle on a coutume d'employer l'eau-forte, pourrait s'exécuter également au burin; c'est par une modification des procédés de l'impression, plus encore que de ceux de la gravure, qu'on l'obtient. On grave plusieurs planches, dont chacune ne reçoit que les traits destinés à donner une des couleurs de l'estampe, lesquelles sont ordinairement au nombre de trois : le bleu, le jaune et le rouge. Ces trois planches, exactement les mômes quant aux dimensions et aux contours du dessin, impriment successivement sur la feuille les couleurs dont elles sont chargées.

Le clair-obscur résulte, comme dans l'estampe en noir, du travail de la gravure et aussi de la fonte des trois couleurs qui sont plus ou moins transparentes et

se placent l'une sur l'autre; les blancs sont donnés par le papier qui fournit comme une quatrième couleur. Il est superflu d'ajouter que l'imprimeur doit avoir grand soin d'appliquer exactement les trois planches sur l'empreinte l'une de l'autre.

La manière noire, mezzo-tinto *, autre procédé de la gravure en taille-douce, diffère de la gravure au burin et de celle à l'eau-lbrte, en ce sens que l'artiste graveur commence par couvrir entièrement le cuivre de points, tous également profonds, et tellement, que la planche mise sous presse en cet état donnerait pour estampe un fond noir uniforme.

Pour obtenir du cuivre, ainsi préparé, des effets de clair-obscur d'où résulte une image, on refoule les tailles, on rétablit le poli de la planche plus ou moins, selon qu'on veut avoir des tons plus ou moins clairs. Ainsi, tandis que le graveur au burin procède des tons les plus clairs qui lui sont donnés par le cuivre aplani, auquel il n'a point à toucher, aux tons les plus vigoureux qui résultent des tailles les plus profondes et du travail le plus serré, le graveur à la manière noire procède au contraire des tons les plus vigoureux qui lui sont donnés par sa planche, tout hérissée de tailles, aux tons les plus clairs qu'il obtient en refoulant ces mêmes tailles, et en ramenant le cuivre à l'état de poli, ce qui s'opère en général avec le grattoir et le brunissoir. Cette opération et son résultat, comparés à ceux de la gravure au burin, peuvent s'assimiler au dessin à l'estompe com-

* Nom emprunté de l'italien, pour désigner ce genre de gravure, autrement appelé gravure à la manière noire.

paré au dessin au crayon. Dans l'estampe à la manière noire, le dessin est moins arrêté et plus mou, et les tons sont plus fondus , plus vaporeux et plus à l'effet, ('.e genre de gravure convient surtout pour reproduire les ouvrages des roloristes ; le burin con-

Fig. 80. — Gravure sur boi^ (Relief.)

Fig. <S1. — Gr;i\ iiîc vu laillc-doucc. (Incision.)

vient mieux, on peut dire convient seul, à ceux des grands dessinateurs.

C'est très vraisemblablement à la gravure sur bois que nous devons l'invention de l'imprimerie en caractères mobiles. L'analogie entre ces deux arts est telle, en effet, qu'on a sujet de s'étonner que le progrès de l'un à l'autre n'ait pas été plus prompt.

Dans la gravure en taille-douce, l'artiste incise et grave les traits qu'il veut reproduire sur l'estampe; au contraire, dans la gravure en bois, le graveur creuse et fouille les parties de la planche qui ne doivent pas

se charger d'encre. Cette planche, pour laquelle il faut faire choix d'un bois qui ne soit ni poreux, ni filandreux, ni d'une sécheresse à se casser en petits éclats, ni d'un moelleux à s'émousser sous la presse, doit être bien aplanie. L'artiste trace dessus au crayon ou à la plume le dessin qu'il veut graver; puis, avec divers outils tranchants, il évide tout le fond de ce dessin et toutes les parties qui doivent, dans l'estampe, laisser apercevoir le blanc du papier.

Dans cet état, la planche présente un bas-relief à surface plate (tout à fait semblable à une page de caractères d'imprimerie), lequel se charge dencre et se met sous presse de la même manière.

On donne aux planches gravées sur bois, et destinées à illustrer les livres, une épaisseur assortie à la hauteur des caractères d'imprimerie, elles entrent avec ceux-ci dans la composition de la page.

La gravure en bois, redevenue justement en faveur, était employée d'abord à faire des estampes du genre historique, et, depuis longtemps, ne servait plus guère qu'à imprimer ce qu'on appelle des images, ou bien des vignettes, des fleurons, des culs7de-lampe pour l'ornementation des livres.

La lithographie est un procédé au moyen duquel on multiplie, par contre-épreuve*, un dessin tracé sur la

* Contre-épreuve est le double, la répétition d'une estampe ou d'un dessin au crayon qu'on obtient en appliquant l'estampe fraîchement tirée, ou le dessin, après qu'on a eu soin de l'humecter, sur une feuille de papier blanc.

Passant dans cet état sous la presse de l'imprimeur en tailledouce, le noir de l'estampe ou le crayon du dessin se décharge en assez grande quantité, et assez également sur le papier blanc,

NATELOT

Fig. 82. —Les indications manuscrites, pour les graveurs

ou écrivains de lettres, sur une épreuve d'état, ne doivent jamais être enlevées

Klat d'une lithographie de Gavarni (Coslume de bal pour damé),

avec indications pour l'écrivain lithographe.

Ai^'

Fig. 85 à 86. — Si, sur une épreuve d'état, les indications données

aux graveurs ou aux écrivains de lettres, ne doivent pas être elTacées, à plus

forte raison les indications de l'artiste, sur les originaux,

doivent toujours être conservées.

(Dessins de C.-L. Desrais, avec indications autographes.)

pierre au crayon, à la plume, ou au lavis. Pour cela, on trace le dessin sur la pierre avec une substance colorante particulière, sous forme de crayon ou d'encre fluide, dont une des propriétés est de ne pas s'imbiber d'eau, mais de s'imprégner facilement d'un corps gras. On mouille la pierre, puis, avec des balles ou un rouleau, on la charge de l'encre ordinaire des imprimeurs, laquelle, à cause de l'humectation de la pierre, ne se fixe que sur les parties dessinées; on étend sur ce dessin, ainsi chargé d'encre, une feuille de papier, et, en faisant passer le tout sous le râteau de la presse lithographique, on obtient une contre-épreuve du dessin parfaitement exacte, lorsque l'opération a été conduite avec le soin convenable.

La substance colorante lithographique est une composition de gomme laque, de soude et d'huile tenace, qui se conserve sur la pierre assez longtemps pour qu'on puisse répéter l'opération du tirage, et obtenir d'un môme dessin plusieurs centaines d'estampes.

Cet art qui n'a, avec la gravure en taille-douce, rien

qui, seulement, se présente de gauche à droite, au lieu de droite à gauche.

Contre-tirer a la même signification que calquer; il s'emploie rarement. Il a aussi la même signification que contre-épreuver. Dans ce sens, il ne s'applique qu'aux estampes, dont l'image première a elle-même été tirée, c'est-à-dire faite au moyen de la presse.

Contre-calqiier c'est faire la contre-épreuve d'un calque, ou calquer un calque en le retournant, afin d'obtenir un dessin en sens contraire du dessin original sur lequel a été fait le premier calque. Ce procédé est particulièrement à l'usage du graveur à l'eau-forte qui contre-calque sur le vernis dont est enduite sa planche, afin que l'estampe, qui ne sera elle-même que la contreépreuve du cuivre gravé, revienne dans le même sens que le dessin original sur lequel aura été fait le premier calque.

de commun, sauf le procédé du tirage et la production d'épreuves multipliées, supplée néanmoins cette dernière avec avantage. Il est précieux pour le dessinateur, dont il reproduit l'œuvre identiquement sans l'intervention d'une main étrangère, et moins longuement, moins dispendieusement que ne peut faire la gravure en taille-douce.

La lithographie nous est venue d'Allemagne. Les premiers essais en furent faits à Paris au commencement du xix^ siècle. Ces essais ne réussirent que très faiblement, et on semblait y avoir renoncé : dix ans s'étaient écoulés, quand de nouvelles tentatives amenèrent rapidement cet ingénieux procédé à un très grand degré de perfection.

Toutes les pierres ne sont pas propres au dessin lithographique. On y emploie une sorte de pierre calcaire d'un grain fin, de nature spongieuse, à surface bien unie, sans être polie. A défaut de pierres naturelles qui réunissent toutes ces qualités au degré désirable, on en fait d'artificielles.

Quelques lithographes ont essayé, avec plus ou moins de succès, de préparations sur zinc ou sur carton ; mais l'usage le plus général, jusqu'à ce jour, a été celui des pierres naturelles ou artificielles.

On désigne aussi sous le nom de lithographie l'estampe tirée sur la pierre lithographique : belle lithographie; la lithographie d'un tableau, d'un dessin, d'une inscription, etc.

Ainsi que le faisait remarquer, avec une haute compétence, M. Henry Boucher à la Chambre des députés dans la séance du 14 mars 1899, les lithographes émi-

nenls sont peu nombreux en cette fin de siècle de photogravure et de procédés industriels; mais, si nous n'avons plus Senefelder, le grand lithographe, ni les Daumier, les Johannot, les Nanteuil et les Raflet, nous avons encore quelques artistes d'un réel talent et qui font grand honneur à la lithographie française.

« Malheur aux sociétés qui laissent périr la lithographie et la gravure, écrivait Charles Blanc*, ce sont en effet ces feuilles volantes qui entraînent le passant à vivre pendant quelques minutes dans les régions de l'art et de l'idéal; ce sont elles qui font pour rien l'éducation ^du peuple, lui enseignent le beau, lui apprennent l'histoire, et se laissent comprendre aux plus illettrés, aux plus humbles, en leur donnant, chose admirable, le spectacle des idées! »

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