CHAPITRE PREMIER
parure, et sous l'influence de l'humidité finit par se détériorer. Une lumière calme et brillante, sans être très intense, lui convient admirablement; les Romains avaient déjà constaté que la lumière venant du Levant était la plus propice et la plus favorable aux livres;
Fig. 71. — Bibliolhèque de S' John Bremon Esq.
d'autres bibliophiles modernes en ont fait l'expérience, nous ne pouvons que confirmer le fait. Avec de larges baies par lesquelles la lumière pénètre, le livre logé dans des armoires ou sur des rayons prend une vie nouvelle, son habit se moire insensiblement, une belle patine recouvre sa reliure, tandis qu'un ton chaud, tout particulier, patine les ors des tranches. L'air lui
est utile, aussi fera-t-on ouvrir les fenêtres pendant une partie des belles journées, en rabattant soigneusement les rideaux; de telle sorte, les livres seront aérés et préservés de toute cause de fermentation ou d'humidité : un peu avant la chute du jour, les fenêtres seront fermées. A l'orientation de la pièce, il faut
Fig. 72. — Bibliothèque du baron T. de S.
ajouter la disposition intérieure elle-même; la bibliothèque serait mieux placée à un premier étage qu'à un rez-de-chaussée, en vue de la préserver contre les insectes, l'humidité et la poussière. Pour remédier à l'action de l'humidité et avant de faire poser les armoires ou les rayons, il serait prudent de faire badigeonner largement les murs à l'huile bouillante; cette opération a pour but de préserver la muraille du suintement qui pourrait survenir à certaines
époques de l'année. Les murs seront ensuite revêtus de lambris en bois sec montant aussi haut que le meuble
Fig. 73. — Le cabinet des livres du duc d'Aumale, au château de Chantilly.
ou les rayons destinés à supporter les livres. Les planchers devront aussi être très soignés; on évitera les insectes et les souris, par une imperméabilité absolue I 7
des parquets*. Un autre ennemi du livre, dans une bibliothèque, est la poussière, aussi ne peut-on assez la chasser, non pas avec un plumeau qui l'enlève et la disperse dans la pièce où elle retombe insensiblement, s'accumulant et s'incrustant davantage, mais bien avec une peau, en la passant soigneusement sur la bibliothèque et sur toutes les saillies susceptibles de recevoir la poussière ; quant aux livres, on devra en essuyer le dos, les tranches et les plats également avec une peau ; ce nettoyage devra être fait plusieurs fois par an.
On ne doit jamais surcharger les livres d'estampilles, de monogrammes, en un mot de marques de possession. Rien n'est de plus mauvais goût que d'appliquer sur
* L'emploi du bois dans les constructions fixes ou mobiles a souvent été contrarié par l'impossibilité où l'on a été jusqu'ici d'en rendre la surface extérieure inaltérable. L'atmosphère, le soleil, la pluie, le froid, le vent exercent sur cette surface une influence presque toujours désastreuse.
Il vient d'être découvert un procédé qui consiste à métalliser le bois et à le neutraliser entièrement.
Le bois à traiter doit être immergé dans une solution d'alcali caustique (soude calcaire). On la porte et on la maintient à une température de 75 à 90 degrés. Ce bois y demeure plongé pendant trois ou quatre jours, en raison de sa plus ou moins grande imperméabilité. Quand on le retire, on le fait passer dans une seconde solution, celle-là d'hydrosulfite de calcium, où il reste trente-six heures.
Après quoi, on soumet le bois à un nouveau bain de potasse caustique concentrée à une température de 35 à 50 degrés, et enfin il doit traverser une dernière solution d'acétate de plomb chauffé.
Lorsque le bois a subi ces préparations successives, il n'y a plus qu'à le laisser sécher, à le frotter avec un morceau de plomb ou d'étain, et à le soumettre au brunissoir pour qu'il acquière un lustre métallique brillant. Il peut alors endurer toutes les intempéries et affronter toutes les variations et manifestations atmosphériques.
Fig. 74. — Bibliothèque de l'ancien collège des Jésuites à Reims (1685) aujourd'hui lingerie de l'hôpital général.
le faux titre, sur le titre ou à toute autre page d'un livre, un cachet à l'encre grasse*.
Il faut laisser cette obligation aux bibliothèques publiques qui, par mesure de sécurité, appliquent un cachet personnel sur le titre et à des pages déter-
Fig. 73. — Détail d'une travée de la bibliothèque de l'ancien collège
des Jésuites à Reims (1683),
aujourd'hui lingerie de l'hôpital général (Voir la figure précédente).
minées; ce cachet affirme la possession du livre et permet de le reconnaître. En outre de cette marque, dans bien des bibliothèques, on place une étiquette {ex-dono) sur le premier plat intérieur du livre pour en indiquer la provenance. Il faut encore moins appliquer, sur les
* Au moyen âge on connut et on employa l'impression humide avec des encres de diverses couleurs. Guillaume le Conquérant, à l'instar de son père et de son aïeul, imprimait sur ses chartes un cachet imbibé d'encre.
litres, des cachets avec la cire à cacheter... et cela se voit cependant; nous en donnons un curieux exemple, par la reproduction d'un titre (fîg. 77) qui a été successivement chargé, aux xvn% xvin« et xix« siècles, de trois cachets à l'encre grasse, d'un cachet à la cire et d'un Ex-libris manuscrit. Une seule marque de propriété convient à un livre d'amateur, c'est VEx-libris dessiné et gravé : bien composée, ni trop petite, ni trop grande, collée sur le premier plat intérieur de la reliure, cette
étiquette, à laquelle nous consacrons le Chapitre dixième de notre travail, est pour les amateurs la marque de possession par excellence.
Il faut savoir comment prendre un livre placé sur un rayon, l'ouvrir comme le veut le bon sens, le fermer la lecture achevée et ne pas corner la page où elle a été arrêtée.
On prend ordinairement le livre par la tête, le haut du dos, et on l'attire brusquement à soi par la tranchefîle. La première fois, on ne s'aperçoit de rien, mais l'opération étant répétée, la tranchefîle finira par rester en main, le haut du dos sera éraillé ainsi que les coins qui auront porté contre le fond de la tablette supérieure. Au contraire, il faut écarter avec soin les livres de droite et de gauche, soulever avec le bout du doigt la base du livre que l'on veut avoir et l'attirer vers soi en le prenant par le milieu. De la sorte le livre glissera et sera attiré, sans effort, hors de la
Fig. 76. — Chariot porte-livres.
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