‹ Connaissances nécessaires à un bibliophile, accompagnées de notes critiques et de documents bibliographiques recueillis et publiés (volume 4)Chapitre 7 sur 17 · CONNAISSANCES NP^CESSAIRES · texte numérisé non relu

CONNAISSANCES NP^CESSAIRES

pendant les règnes de Henri IV et de Louis XIII, consistait à jeter, comme un semis innombrable, le môme motif répété à l'infini : des compartiments avec des fleurs, des fleurs de lys, des abeilles, des lettres initiales, telles les reliures de Marie de Médicis. Avec les écoles suivantes, les fers se modifient encore; les ornements se simplifient, mais sans grâce, il faut l'avouer. On

Fig. loô à 171. — Fers à dorer, coins et milieux (.wii-xvni" siècles).

poussait dans les plats quelques filets simples ou multiples formant un carré long; dans les angles on ajoutait un motif : palmette, fleurons, oiseaux, sans que l'ensemble produisît une impression ayant beaucoup de charme. N'étaient le maroquin lui-même, l'exécution parfaite de la reliure et les armes des plats, ces livres passeraient à peu près inaperçus. Les fers s'alourdissent et s'épaississent, toute légèreté de traits disparaît; la fantaisie continuera à régner en maîtresse sans que la

Fig. 172. — Type de la décoration d'une reliure aux jw/î'/s /"ers par Clovis Eve (Un du xvi' siècle}.

Fig. 173. — Fragment de la décoration d'une reliure aux petits fers attribuée à Ciovis Eve (fin du xvi' siècle).

A UX BIBLIOPHILE. — CHAPITRE HUITIÈME. 57 préoccupation artistique intervienne. Et ce qui se passait en plein xyiii^ siècle, se continuera encore pendant une grande partie du xix*.

Dans la Gazette des Beaux-Arts, Charles Blanc, l'auteur de la Grammaire des Arts du Dessin, a publié un travail sur la reliure et sa décoration. C'est de cette étude, du plus haut intérêt artistique et documentaire, que nous allons extraire, et présenter à nos

Fig. 174 à 191. — Fers à dorer, coins et milieux (xviii* siècle).

lecteurs ce qui entre dans le cadre que nous avons adopté. « Macé Ruette, écrivait Charles Blanc, dont le fils, Antoine Ruette, fut le relieur de Louis XIV, est le premier qui marbra le maroquin, et le papier qui devait servir à former les gardes. La marbrure sur cuir n'est pas seulement décorative, elle a aussi une utilité qui est de cacher les petits défauts qui peuvent se trouver sur le maroquin, et particulièrement sur le cuir de

veau, où ils sautent aux yeux, quand le veau est d'un fauve clair. Bien que la marbrure des peaux soit maintenant surannée, il en faut dire ici quelque chose, parce que le goût en peut revenir et que la mode ne nous quitte jamais sans quelque esprit de retour.

« Mais si les bibliophiles, au moins en France, ont renoncé à la marbrure de la basane ou du veau pour la couverture de leurs livres, les relieurs continuent d'em-

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Fig. 102 à 198. — Dentelle et fers à dorer de Derome (xviii* siècle).

ployer le papier marbré pour les contre-plats et pour les gardes, à moins qu'il ne s'agisse d'une reliure de luxe. Que de variétés aimables dans la marbrure et combien elle est amusante pour l'œil ! Les Français la font très habilement sur le papier, et il faut convenir qu'ils ont apporté dans ce genre de fabrication d'heureux caprices, des mariages de couleurs imprévus. Non seulement ils imitent les marbres

Fig. 199. — Type de la décoration d'une reliure, aux petits fers, par Le Gascon (commencement duxvii* siècle).

Fig. 200. — Type de la décoration d'une reliure mosaïque, aux petits fers attribuée à Padeloup (fin du xvii" siècle).

de la nature, mais ils en inventent qui n'ont pour toute vérité qu'une étonnante vraisemblance. Comme s'ils avaient pénétré dans le secret des infiltrations et des oxydes métalliques, qui ont taché et coloré la pâte calcaire, des agglomérations de roches qui ont formé les brèches et de la manière dont les débris de coquillages et de madrépores ont varié les lumachelles, moucheté les brocatelles et les granits, ils fabriquent des marbrures artificielles d'une saveur tout à fait charmante. Ce sont eux qui ont inventé d'y faire couler comme des ruisseaux d'ombre. Sur un fond d'une pureté remarquable, rouge antique ou sanguin, vert cuivreux, vert pomme ou vert émeraude, bleu lapis, jaune, rose campan, ils entassent confusément des taches de toute couleur, en y mêlant des gris fins, des veines d'or, en les truffant de noir et en y répandant des flocons de neige. Quelquefois leurs marbrures fantastiques, imitant des montagnes, des ravins, des vallées, des golfes, des cratères éteints et des terres cahotées, rappellent les cartes de la lune ou ressemblent à des géographies imaginaires.

« Au xvni* siècle, les papiers marbrés étaient remplacés dans les reliures de prix par des gardes en satin, suivies de gardes en papier doré. On reconnaît à cette particularité, entre autres caractères, les livres reliés par Padeloup qui travaillait pour la reine Marie Leczinska, ou par Biziaux, qui fut au service de Mme de Pompadour. Ces livres étaient doublés de maroquin au revers du plat. Padeloup excellait à renouveler les compartiments en mosaïque dont la tradition remontait à Grolier, à Saincte-Maure, et qui s'était

continuée sur les livres appartenant à Diane de Poitiers. Son maroquin rouge était coupé de pièces vertes et rehaussé de maroquin citron.

« Derome, qui lui succéda dans la faveur des bibliophiles, fut plus sobre, en fait d'ornements, de dorure et de guillochés. Il visait à la solidité réelle et apparente. Il n'avait pas le goût des marqueteries en peaux, des arabesques au petit fer, des pointillés et autres fioritures. II mit du style dans son style. Entre Derome et Thouvenin, dont la grande réputation commença vers 1820, se place l'invention du cartonnage par Bradel. C'est l'époque démocratique de la reliure. Par esprit d'égalité. Mercier, Louvet et quelques journalistes influents s'étaient élevés contre le luxe des livres richement vêtus et dorés, surtout à cause des armoiries qui s'y étalaient orgueilleusement. Simple dans ses habits, la société de la Révolution voulut aussi la simplicité dans l'habillement des livres.

« L'art du relieur eut sa roture : ce fut le cartonnage. L'écrivain sans fortune, le bibliophile en herbe purent par ce moyen conserver provisoirement leurs livres et même les conserver toujours.

« Les feuilles d'un livre cartonné n'étant pas rognées, mais ébarbées seulement, auront toute leur bonne marge, quand on voudra relier définitivement le livre ou plutôt la brochure, car c'est une brochure bien battue, bien cousue, et solidement couverte qu'un bon cartonnage ; mais pour qu'il soit bon, il ne doit pas entamer le moins du monde la marge intérieure du livre, ce qui revient à dire qu'il ne doit pas être cousu à la grecque. Un relieur passionné pour son art, Lesné, auteur du

Fig. 201. — Type de la décoration d'une reliure mosaïque, aux pelils fers, par Padeloup (xvm* siècle).

Fig. 202.

- Type de la décoration d'une reliure aux petits fers (dite à l'oiseau) par Derome (xviir siècle).

poème de la Reliure, avait imaginé la couture dite sur rubans par laquelle il évitait les entailles faites dans le dos d'un livre pour y loger les ficelles, en y substituant des lacets de soie qui permettent de coudre chaque cahier dans toute sa longueur, d'assurer ainsi la conservation du volume, qu'on pourrait plus tard relier sans le découdre.

« C'est ainsi qu'un amateur, qui débute, peut, en attendant mieux, se contenter de l'élégance plébéienne du cartonnage. Le développement de la reliure démocratique, qui avait été inaugurée en France par Bradel, n'a pas fait négliger aux amateurs les reliures de luxe; il semble, au contraire, que le prix de ces reliures ait augmenté en raison même du bon marché auquel sont descendus les emboîtages les plus élégants. C'est à l'époque de la Restauration que Thouvenin, élève de Bozérian, Thouvenin, tant vanté par Charles Nodier, reprit l'art français au point où l'avaient laissé les Padeloup et les Derome, lui rendit son ancienne splendeur, et fit revenir nos bibliophiles de leur préférence pour les relieurs étrangers.

« Ce que l'on pratique aujourd'hui sur les emboîtages, Thouvenin le pratiqua sur les plus beaux livres, en usant, et même en abusant des gaufrures au balancier. Son corps d'ouvrage était excellent, surtout pour la couture et pour l'endossure. A l'exemple de Bozérian, il employa, pendant quelque temps, le maroquin à grains longs comme celui dont on se sert dans la cordonnerie, mais bientôt il le chagrina lui-même à la main en le roulant avec une paumelle pour en faire sortir un grain serré, à pointe de diamant. Ses cartons passés au laminoir présentaient une surface parfaitement

égale et lisse, et ses dorures étaient d'une exécution finie. C'est par lui que fut faite, pour Charles Nodier, cette fameuse reliure, dite à la fanfare^ qui était une réminiscence splendide des ouvrages de Le Gascon et de Du Seuil, reliure dont le nom, bien que se rapportant au titre du livre, Fanfares et Courvées abbadesques, semblait exprimer l'étalage d'une ornementation brillante et le tapage des dorures.

« Simier, dans le même temps, remit en vogue les maroquins à compartiments de couleur, les doublures en moire et les peintures sur la tranche de gouttière. On remarquait aussi ses gardes en papier d'or flambé, ses dos à triple nervure avec des tons variés sur les nerfs, et parfois son maroquin marbré en écaille. Ce fut lui qui, en sa qualité de relieur du roi, fut chargé, lors de l'érection de la statue équestre d'Henri IV sur le Pont- Neuf, de relier avec la dernière magnificence les volumes qui devaient être renfermés dans le ventre du cheval de bronze. Comme Bradel, Thouveniu et Simier firent des cartonnages et ils les firent comme lui, à dos brisé. Ce genre de reliure, connu au xvni*^ siècle, a cela de particulier, que le dos de la couverture n'étant pas collé sur le dos des cahiers, s'en sépare quand on ouvre le volume, et laissant un vide entre les deux dos, permet au livre de se tenir ouvert sur une table ou sur un pupitre, parce qu'on a supprimé la résistance qu'oppose le dos de la couverture quand il adhère aux cahiers. On sacrifiait ainsi à l'avantage d'une lecture commode la durée certaine d'une reliure à dos rigide. Frappés de cet avantage, les Anglais, au temps de Thouvenin,vers 1850, s'avisèrent de relier leurs livres à dos plats ; mais

on reconnut bientôt, à l'user, que ces dos plats devenaient concaves, que par suite la gouttière, se déformant, tendait à bomber. Nos relieurs, tombant alors d'un excès dans l'autre, firent par réaction des dos trop arrondis. »

Cependant, on doit rendre cette justice aux relieurs qui ont tenu le premier rang depuis Thouvenin, qu'ils l'emportent, en beaucoup de points, sur leurs devanciers. Leurs livres sont mieux équerrés et s'ouvrent plus aisément. Le repérage de leurs ornements est plus juste ; leurs dorures sont poussées avec plus de pureté, plus d'aplomb, et leurs titres mieux alignés, mais il nous paraît qu'en matière de goût ils n'ont pas encore surpassé les anciens relieurs.

La manie des résurrections archéologiques a bien souvent égaré, de nos jours, l'art dans lequel avaient excellé Le Gascon, Du Seuil, Boyer, Padeloup, Derome, et tant d'autres.

Pour plaire à certains amateurs qui voulaient, comme au temps jadis, des couvertures ciselées, le relieur a dû appeler à son aide l'estampeur et le gainier. Mais on n'a pas pris garde que les pratiques du moyen âge, motivées alors par les conditions du livre, n'avaient plus leur raison d'être aujourd'hui. Quand les feuilles d'un manuscrit étaient en peau vélin, cette peau étant bien plus lourde que notre papier, les livres exigeaient une couverture épaisse, solide et lourde elle-même, qui pût résister au poids des feuilles cousues. C'est là ce qui exphque l'emploi des ais de bois et des plaques de métal. Maintenant que nous imprimons nos livres sur du papier assez mince, et qui a perdu toute son

élasticité par le satinage, quelle nécessité de revenir aux lourdes couvertures, et d'augmenter le poids du volume en y ajoutant le poids inutile de la couverture ? Aujourd'hui, nos livres, au lieu d'être posés à plat sur des pupitres, sont placés debout sur les rayons et serrés l'un contre l'autre.

N'est-ce pas encore à une malencontreuse imitation de certaines reliures monumentales du moyen âge, que des relieurs modernes ont imaginé de mettre sur les plats de leurs couvertures des dessins en relief et en perspective? Qu'on frappe sur le cuir des impressions à froid, des gaufrures, cela est permis sans doute, parce que la surface, bien que tympanisée, suivant l'ancienne expression, conserve son unité.

Mais, pratiquer ou imiter des plans successifs sur les cartons ou les ais d'une reliure, c'est présenter l'image absurde d'un livre creux dans lequel on pénétrerait sans l'ouvrir et que l'œil traverserait sans l'avoir lu ! Semblable en cela aux autres arts décoratifs, la reliure emprunte sa principale beauté de l'utile gracieusement mis en évidence. Le goût n'y est guère que la finesse du bon sens*.

Quel que soit le genre d'ornement que l'on préfère ou que l'on désire donner à une reliure, il importe,

* Pour apprendre à bien connaître les styles, on devra consulter les ouvrages de M. L. Roger-Milès, l'un des critiques d'art les plus érudits de notre époque, publiés sous ce titre : Comment discerner les styles du viii" au xix* siècle. (Histoire, Philosophie, Document.)

Ces éludes, honorées de plusieurs souscriptions du Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, sont accompagnées de six mille gravures documentaires, d'après les tableaux, manuscrits et monuments en tous genres existant dans les musées, bibhothèques et collections nationales et particulières.

Fig. 205. — Reconstilulion de la décoralion d'une reliure byzantine, par Léon Gruel.

Fig. 20i. — Reconstitution de la décoration d'une reliure du commencement du XVI' siècle, par Marius Michel.

quand on y veut mettre le cachet d'une époque, de bien connaître le style décoratif des miniatures ou des imprimés du temps où vécut l'auteur du livre.

« La première des qualités de la décoration d'un livre, ont écrit MM. Marins Michel*, est d'être appropriée à la nature et au sujet même de l'ouvrage. S'il s'agit d'un ouvrage ancien à relier de nouveau, ce qui arrive le plus fréquemment, la décoration la plus naturelle est la reproduction d'une reliure de l'époque à laquelle l'ouvrage a été imprimé; et, si la réimpression est moderne, d'une reliure du temps où vivait l'auteur. Aussi est-ce avec surprise que nous avons vu des maîtres de la reliure moderne, si remarquables d'ailleurs par des qualités d'exécution jusqu'alors inconnues, manquer si souvent à ces principes.

« Fanatiques, les uns de Le Gascon ou de Du Seuil, les autres de Padeloup ou de Derome, ils ont reproduit les œuvres de ces célèbres relieurs sur des livres de toutes les époques qui leur ont été confiés; et l'on voit avec étonnement le Roy Arthus ou Tristan de Léonnois dans le pourpoint de Louis XIV, et Rabelais ou Ronsard dans la jupe à fleurs de Mme Deshoulières.

« Longtemps les amateurs, sauf quelques rares exceptions, loin de chercher à arrêter les relieurs du siècle dans cette voie mauvaise, les ont, au contraire, encouragés, engoués qu'ils étaient eux-mêmes de tel ou tel maître ancien; mais, depuis quelques années, les

* Cf. La Reliure française, artistique, commerciale et industrielle depuis l'invention de l'imprimerie jusqu'à nos jours, par MM.Marius-Michel. Paris, Damascène-Morgand, 1880-1881. Deux vol. gr. in-8 colombier, ornés de 22 planches gravées sur cuivre, et de 190 figures sur bois.

amateurs éclairés s'efforcent de réagir contre cette erreur de goût et de bon sens.... »

La reliure est aussi variée que les vôtemenls, elle reflète la modalité des costumes dans ses ornements, comme ces derniers se reflètent dans le mobilier et l'architecture. Ici la reliure est simple et solide, sans aucune élégance apparente, toute en force ; là elle est souple et flexible, de couleur variée, mais d'ornements modestes. Elle se métamorphose en bijou, resplendissante d'or et de couleurs, agrémentée de dessins brillants, de motifs appropriés au sujet du livre.

On ne saurait trop apprécier l'utilité de la reliure pour la conservation du livre, elle le préserve par son enveloppe rigide, l'agrémente et l'égayé par la couleur des plats, l'enrichit et le rend précieux par l'or et les ornements qui le recouvrent, par les dentelles intérieures aussi, enfin elle lui imprime le cachet et la tournure artistiques que le maître a su lui donner. De plus, son étude est attrayante pour l'amateur qui revit avec les artistes dont l'interprétation de l'œuvre lui est familière.

« La reliure, a dit M. Th. Van der Haegen, autorité en pareille matière, est une partie des plus intéressante dans l'histoire du livre, elle est une question d'art, de goût, de caractère; il y a là travail du bois, du cuir, de l'ivoire, taille des métaux et des pierres précieuses, peintures admirables, en un mot, génie artistique dans l'expression des idées, dans le choix et la disposition de la matière. La reliure est un art tout spécial et beaucoup trop important pour être traité incidemment. Le lecteur qui s'intéresse à cette délicate matière

Fig. 20j. — Reconslilulion de la docoralion d'une reliure du xvi* siècle.

5- 206. — Reconstitution de la décoration d'une reliure du XVI* siècle, par Thibaron-Joly.

artistique pourra se faire une idée des merveilles qu'elle a produites, en examinant les rares et précieux volumes exposés dans une salle spéciale de la Bibliothèque nationale, à Paris*. Quant à nous, ce que nous apprécions surtoutdans la reliure, c'est le caractère historique dans la présentation des personnages ou dans la révélation du nom du relieur ou du propriétaire, parce que nous avons là de nouveaux éléments pour compléter les glorieuses annales du livre. Les anciens relieurs marquaient leur travail des initiales de leurs noms, absolument comme les peintres célèbres contresignent leurs chefs-d'œuvre. »

Nous ajouterons que les principes de l'art décoratif trouvent leur application dans la reliure. Là, comme ailleurs, l'élégance est l'ennemie de la surcharge et l'opulence même a besoin d'une certaine mesure, d'un certain repos; là, comme ailleurs, la chose ornée ne doit pas l'être partout. Il en est de la reliure comme des autres industries proches parentes de l'art, la variété y doit assaisonner l'unité. La grâce doit y être un aveu de l'utile, à ce point que les accents de la solidité pourraient à eux seuls y tenir lieu d'ornement.

Le dos du livre, dont nous allons nous occuper, est cette partie de la reliure, la seule que l'on voit toujours sur les rayons d'une bibliothèque, qui comporte trois choses essentielles : des nervures accentuées, la juste proportion à donner aux ornements en raison des espaces à décorer, et le choix des caractères pour le nom de Tau-" teur et le titre de l'ouvrage. Quand la nervure n'est pas

* Cf. Les Reliures d'art à la Bibliothèque nationale, par Henri Bouchot, du cabinet des estampes. Paris, Edouard Rouveyre, 1888, in-8 jésus.

apparente, le livre n'a pas l'air d'être cousu, mais emboîté, et il a si mauvaise grâce, que de tout temps, même au xvi« siècle, on a dissimulé par de faux nerfs, (si ce n'est pourtant sur les livres de François I*^"^ qui sont à dos sans nerfs), les coutures à la grecque. Les nerfs postiches datent de loin, c'est que les anciens règlements des relieurs portent qu'ils « seront tenus de coudre les livres au plus à deux cahiers, avec ficelle et vrais nerfs, sous peine d'une amende. »

Dans les ouvrages soignés, le dos est à double nervure. Séparés par une légère cavité, les deux nerfs forment une saillie qui est accusée par un double fdel, une ligne de points, ou par un ornement appliqué avec la palette à bordures, c'est-à-dire avec un fei' à dessin courant. Vrais ou simulés, les nerfs sont en général au nombre de cinq, ce qui donne six entre-nerfs, dont le deuxième et le quatrième sont ordinairement réservés pour le titre et la tomaison; afin de rendre ces deux choses bien visibles, quelques relieurs laissent le dos tout entier sans ornement, sans dorure, ce qui est disparate pour peu que les plats soient ornés. Il convient donc alors de pousser sur les autres nerfs des coins et des fers à dos, tels que fleurons, roses, marguerites, bouquets, chiffres, emblèmes. Derome y poussait quelquefois un oiseau dans les ornements des coins : c'était sa manière de signer ses plus beaux ouvrages. Aussi ses reliures dites à Voiseau sont-elles en grande estime parmi les amateurs.

Quant au titre, il est assez rare que les caractères en soient bien choisis, et qu'ils ne déparent point même les livres les plus artistement reliés. Combien de fois

Fig. 207. — Reconstitution Ue la décoration d'une reliure du xvii" siècle, par David.

Fiir. H)H. — Heciiiislitiitiiii

la (kTiM-.-iiioii d'une reliure du xvij' siècle, par Cape.

Fig. 209. — Reconstitution de la décoration d'une reliure mosaïque du xvu* siècle, par Cuzin.

n'avons-nous pas vu des lettres d'une fonte, toute moderne, jurer avec un livre ancien de date et archaïque parla tournure qu'on lui a donnée! Autrefois, les relieurs n'ayant que deux ou trois composteurs, ne pouvaient pas varier suffisamment les caractères de leurs

210. — Exemple de nom d'auteur tronqué par le doreur. (Sur le dos de la reliure Rons pour Ronsard.) (Exemplaire de Marguerite de Valois, femme de Henri IV.)

titres. Aujourd'hui qu'ils ont à leur disposition des alphabets de tous les genres et de tous les corps, ils sont inexcusables d'employer indifféremment les chiffres romains et les chiffres arabes, ou de pousser en lettres du même œil le nom de l'auteur et le titre du livre, et de faire des confusions de style.

Une attention à laquelle les bibliophiles sont sensibles, c'est que le prénom de l'écrivain ne soit pas séparé

de son nom, lorsque la gloire ou la notoriété ont rendu le nom et le prénom inséparables. Un relieur qui mettrait sur le titre de la Légende des siècles, V. Hugo, serait un barbare. Mais il est des noms qui sont entrés sans prénom dans l'histoire. Ceux, par exemple, de Voltaire, de Diderot, de Beaumarchais, de Chateaubriand, doivent figurer sur la couverture de leurs livres, sans être précédés d'une initiale qui ne ferait que jeter un doute dans l'esprit des illettrés, en leur donnant à croire qu'il y a eu plusieurs écrivains portant ces mêmes noms.

Et si les bibliophiles prennent garde à de pareils détails, combien, à plus forte raison, doivent être susceptibles à cet endroit les auteurs à qui le relieur apporte leurs propres ouvrages avec leur nom défiguré ou mutilé par abréviation sur le dos de la couverture*.

* L'amateur devra tenir à ce que les titres inscrits sur le dos des volumes soient parfaitement exacts, sans faute d'orthographe et sans abréviations ridicules ou incompréhensibles. Il est plus prudent de rédiger, par avance et avec le plus grand soin, le titre tel qu'on désire qu'il soit mis sur le livre et d'exiger du relieur qu'il n'y soit rien changé.

On connaît les légendes que les ennemis de la reliure font courir au sujet de mistress Beecher Stowe, voyant que son relieur avait doré Uncle, t. I; Uncle, t. II. Les bibliophiles n'ont jamais oublié les œuvres de Bran, t. I, t. II, etc., qui, en lettres brillantes, ornaient le dos des œuvres de Brantôme.

Voici quelques bévues qui nous sont indiquées par Vlntertnédiaire des chercheurs et curieux: Verdus, Opéra, titre imaginé par un doreur, latiniste distingué, qui prend Verdi pour un génitif. — Roussel, Système ph. et moral de la femme, ce qui se prononce système fémoral de la femme. — Dictionnaire de Lettré. — Beccaria, Des lits. — Scott, les Purs d'Écorse. — Daffry, De la monnaie et Bellot, Des minières, où la moitié du nom des auteurs Daffry de la Monnoye, et Bellot des Minières se substitue au litre de leurs ouvrages : De l'Expropriation, Du Régime dotal.

M. Gustave Mouravit, dans son intéressante philosophie du

Quelque subtiles que paraissent de semblables observations, elles n'ont rien de puéril, car elles se rapportent à la nécessité de tout faire pour rendre le livre aimable et lui donner une tournure engageante. Il importe, en effet, que le relieur, au lieu d'arrêter le lecteur au seuil du livre, l'invite à y entrer. Et ce qui importe le plus, c'est que le volume une fois ouvert n'ait pas de tendance à se refermer et n'exige pas d'effort pour être lu. Le problème de la perfection ne sera résolu que lorsque le relieur aura su concilier la solidité du dos, qualité essentielle, avec l'élasticité qui permet au livre de s'ouvrir facilement et de se tenir facilement ouvert. Pour les livres d'étude, on doit viser à l'utile, et préférer les reliures à dos brisé, parce que le volume ainsi relié s'ouvre complètement sans revenir sur lui-môme, et il n'est pas douteux que, pour des livres d'un usage constant, pour les dictionnaires et autres ouvrages de référence, comme on les appelle si bien, ce mode de reliure n'ait un avantage pratique ; mais il est clair que, d'autre part, il en compromet la durée, parce que le dos de la couverture n'adhérant pas au dos du volume, une telle endossure résistera moins longtemps que si elle faisait corps avec les cahiers cousus et collés. •

livre La Petite Bibliothèque d'Amateur, souhaite voir se répandre l'habitude, récemment introduite, de mettre la date de l'édition, parfois aussi le nom de l'éditeur, sur le dos du volume. « Cette addition, dit-il, en achevant de déterminer la nature et la valeur propre de l'ouvrage, déjà révélées parle titre et le nom de l'auteur, contribue à rendre la reliure plus parlante, si l'on peut dire ; entre plusieurs éditions du même ouvrage on saura quelle est celle-ci, on aura une plus vive lumière sur ces volumes que leur enveloppe laisse toujours dans une ombre douteuse, s

Quand elle réunit ces trois conditions, la solidité, l'élasticité, l'élégance, la reliure est digne d'estime et elle mérite les hauts prix qu'on y met, sinon les prix fous auxquels la fait monter aujourd'hui l'esprit de spéculation qui anime quelques bibliophiles. Assurément, s'il était possible à des législateurs chagrins de revenir aux lois somptuaires, ils ne manqueraient pas d'occasion pour les faire revivre. Payer mille francs une reliure, cela ne devrait être permis que pour les chefs-d'œuvre de l'esprit humain : or, ces ouvrages sont justement ceux auxquels conviennent le moins les habits brodés. Ce serait manquer de goût que de surcharger d'ornements fastueux un Horace, un Montaigne, un La Bruyère. Ces livres qui nous enseignent une philosophie aimable, qui nous conseillent la sagesse, ne doivent porter dans leur vêtement que la trace des soins pieux qu'on a pris pour les conserver aux âges futurs.

De même que le plus simple décor suffît pour jouer une tragédie de Corneille, une comédie de Molière, tandis que les merveilleuses inventions du machiniste, les prodiges de la mise en scène, sont réservés pour les féeries, de même un maroquin poli, sobrement orné de quelques fdets, avec un petit fer, si l'on veut, aux onglets et sur les entre-nerfs, suffît à la reliure des Confessions de Rousseau ou des Caractères.

De tous les arts décoratifs, la reliure est celui qui doit être le moins capricieux, le moins libre, le plus assujetti à l'empire du goût, parce qu'il ne saurait avoir une existence indépendante ni se retrancher dans la doctrine de l'art pour l'art. Mais si le relieur doit se

soumettre à la prééminence de l'esprit, cette heureuse servitude lui procure l'avantage d'ôtre en commerce intime avec les hommes de génie qui ont brillé dans tous les pays et dans tous les temps, et s'il ne lui est pas permis de sortir du rôle qui lui est assigné, il peut en concevoir de l'orgueil, car c'est une noble mission que celle de préserver et d'embellir leurs ouvrages.

Champfleury, dans son Étude sur les reliures romantiques, publiée par Le Livre, mentionne que la période de 1825 à 1840 sera tout particulièrement curieuse au point de vue décoratif. Architecture, poésie, peinture sont sous le coup d'un renouveau très affiché et très proclamé, quoique ce renouveau ait des attaches plus étroites avec l'époque précédente que les initiés ne l'avouent.

« Deux mots répondent à ma pensée, dit-il, et me feront peut-être mieux comprendre : castel, cathédrale. Le castel serait circonscrit entre 4 820 et 1850; la cathédrale se profilerait et étendrait ses ombres de 1830 à 1855. D'un côté Clotilde de Surville, de l'autre Chateaubriand formant trait d'union avec les tendances intellectuelles d'alors.

« Dans le courant nouveau le castel s'effondra ; il est vrai de dire qu'il était en carton délabré et que sa façade avait trop servi à l'ornementation des boîtes de confiseur. Où fut remisée la blanche haquenée de la « gente » châtelaine? A quel porte-manteau, rongé aux vers, furent appendues les toques crénelées, les épées à poignée en croix des chevaliers ?

c A cette époque de consternation pour les ménestrels, la cathédrale se dressait lourde, noire, ogivale, flam-

boyanle, avec ses niches, ses gargouilles, ses ombres, ses lumières ; solidement fabriquée, elle offrait un carton plus résistant que celui des castels. Il y eut sans doute excès de cathédrales, et nous en sommes étonnés, nou3 qui, à cinquante ans de là, avons été roulés dans les flots quelque peu troubles du matérialisme, d'un athéisme quasi officiel.

« Les relieurs inséraient des cathédrales dans les nervures de leurs volumes. Je possède les Œuvres complètes de Racine *, reliées en maroquin rouge, signées Thouvenin et offrant sur les plats des ornements gaufrés en véritable style-cathédrale. La reliure s'accorde bien avec l'année 1829; elle rappelle les frontispices ornementés des poèmes de M. Ancelot {Marie de Drabanl, par exemple). Des fers soigneusement gravés représentent le style ogival aux colonnes duquel les poètes de l'époque accrochaient les blasons des « preux », et jusqu'à un certain point cette reliure s'harmonise avec les poésies sacrées de Racine.

« Non pas qu'au xvii*^ siècle on fît figurer la cathédrale dans le dictionnaire des descriptions de l'époque. La pensée des écrivains du grand siècle penchait bien plus vers l'homme que vers le côté matériel des choses architecturales ou picturales. Mieux d'accord avec les ornements romantiques sont les Poésies de Mme Amable Tastu **. La reliure, signée Martin, est ornée de palmettes gaufrées en relief, et d'autres petits fers imprimés en creux encadrés dans des losanges noirs, dont chaque pointe aboutit à un petit clou doré. Cette reliure, avec

* Paris. Furne, de Bure, 1829, in-8°.

** Paris. Imp. J. Taslu. 1827, in-S".

ses fers et les nervures du dos, est simple et répond à la nature discrète d'une muse qui ne s'afficha jamais.

« Théophile Gautier me paraît avoir été le poète qui, plus tard, apporta de vives préoccupations dans les reliures des livres qu'il offrait aux dames. Je signalerai, dans la riche bibliothèque romantique de M. Victor Déséglise, l'édition originale d'Albertus (Paris, 1855). La reliure de ce petit volume, signée Coméléran, est en maroquin brun foncé avec mosaïque rouge, verte et jaune sur les plats, dont la face supérieure porte une L en gothique; sans doute un prénom, Laure, Lucie ou Louise. Sur le premier feuillet de garde on lit ce galant envoi en caractères microscopiques :

Aimez-moi comme je vous aime.

Théophile Gautier*.

« Mais j'ai vu jadis, dans la bibliothèque de Poulet- Malassis, un autre ouvrage de Théophile Gautier, d'une enveloppe encore plus caractéristique. Ce volume, c'était les Jeune-France, la première édition des Jeune- France, romans goguenards **, enveloppés dans une reliure de style cathédrale!!! On eût juré que cette reliure avait été commandée par un architecte; mais la provenance du livre était bien connue. De même que le poème d'Alberlus, le roman les Jeune-France fut offert à Mme Dondey-Dupré avec une reliure « soignée » commandée par le poète lui-môme.

€ Certainement, l'ouvrier qui s'était appliqué à ce chef-d'œuvre, devait habiter quelque noire maison du

* D'après une tradition des bibliophiles, ce petit poème présenté si galamment aurait été offert à Mme Dondey-Dupré. ** Paris. Renduel, 1885, in-8'.

parvis Notre-Dame. Avec son fronton ogival, ses colonnettes posant sur la base dorée d'une balustrade à jour, cette reliure est la plus significative que je connaisse de l'époque romantique. Si l'enveloppe ne rend, en quoi que ce soit, le sensualisme des Contes goguenards qu'elle protège, elle fait comprendre le mot d'un homme qui ne craignait pas les images hasardées : « En 1830! disait ce sceptique, ils avaient tous du sang de cathédrale dans les veines. »

La reliure de luxe s'applique à une certaine catégorie d'ouvrages, le plus généralement à des livres tirés à très petit nombre et sur grand papier. Cependant, par l'engouement môme des amateurs pour des ouvrages d'un genre ou d'une spécialité déterminés, il arrive que des livres, très ordinaires, reçoivent un habillement de très grand luxe, hors de proportion bien souvent avec son contenu et sa valeur.

« D'une manière générale, écrivait M. Henri Bouchot*, la reliure doit s'inspirer du livre et non s'imposer à lui. Elle se règle sur les qualités intrinsèques de l'ouvrage, tour à tour sévère, légère ou simple, suivant que le texte lui en prescrit l'ordre, on lui en abandonne la facilité. Elle ne peut, quoi qu'il arrive, s'affubler d'ornements opposés par nature à sa destination spéciale. Elle est une garde plus ou moins riche, mais jamais un joyau par elle-même. Sur le fait de travaux purement contemporains, elle ne doit pas copier les besognes antérieures, à peine de perdre toute originalité et de ne

* De la reliure. L'art du siècle, l'habillement des livres, ses qualités et sa décoration, exemples condamnables ou à imiter, par Henri Bouchot, du Cabinet des Estampes. Paris, Edouard Rouveyre, 18'J1, in-18 jésus.

compter plus. — Le véritable amateur impose ses idées au relieur et ne consent pas à acheter de lui une confection banale. — Toute reliure est condamnable : i" si elle sacrifie l'ouvrage à ses fantaisies et à ses caprices ; 2° si elle n'est pas de durée, par l'emploi de matières factices ou impropres à son service de garde ; 5° si sa décoration n'est pas graphiquement homogène et que l'échelle d'un ornement ne soit pas la même pour tous les autres ; 4° si elle n'est pas construite et poussée à la main, mais frappée au balancier. — Elle est critiquable : 1° si elle n'a pas, une fois fermée, la courbe en pince d'écrevisse qui abrite l'œuvre intérieure ; 2" si, faute de bonne couture, elle s'ouvre mal à toute réquisition; o° si, par défaut de séchage, elle « godde » et tend à se recroqueviller. — Elle devient un simple non-sens : si elle se cherche des modes inédites, tels que ces fantaisies dites les frères siamois, où deux ouvrages sont accolés sur un plat intermédiaire commun, à la façon d'un dos à dos; si elle s'ouvre en tabatière ; si elle s'affuble d'ombilics sans raison d'être dans nos bibliothèques modernes.

« Ceci dit, l'amateur ne devra se laisser surprendre par aucune idée toute faite ; les modes banalisent, lorsqu'on les suit à la lettre. En ce sens, la reliure à l'emblème peut avoir ses inconvénients, et ne plaît guère qu'aux bibliophiles élégants. Ceux qui lisent n'ont souci de tant de coquetterie ; qu'ils n'aient point honte de leurs livres jaunâtres ; ce sont ceux qui demeurent. »

En réalité, l'amateur devra proportionner la dépense de la reliure au degré de l'importance littéraire, esthétique et même commerciale d'un livre.

88 CONNAISSANCES Nl5CESSAIllES

Les livres ordinaires, qu'ils soient anciens ou modernes, s'accommodent mal d'ornements luxueux ou éclatants, et l'amateur de goût éprouve une certaine déception à rencontrer sous une enveloppe brillante, établie à grands frais, un livre qui ne vaut que quelques francs, ou qui présente peu d'intérôt*. On dira bien qu'un bibliophile ne doit pas songer à former sa bibliothèque en vue d'une future vente aux enchères, mais qu'il doit avant tout consulter ses goûts et sa fantaisie. C'est vrai, et nous ne comprenons pas qu'on agisse autrement. Cependant nous aimerions à voir tous les amateurs de livres commencer par acquérir les ouvrages de bibliographie ou les articles de critique qui traitent du mérite des livres, aux divers points de vue littéraire, bibliographique et même commercial. Après avoir consulté ces guides, ordinairement rédigés avec soin, lorsqu'il s'agirait de faire relier des volumes, l'amateur, déjà instruit, saurait approprier le genre et la richesse des reliures au mérite ou à la valeur de chaque ouvrage. Il apprendrait aussi à connaître les bons relieurs, ce qui est très important, car une mauvaise reliure ou seulement une mauvaise marque déprécie même un beau livre, et, il ne faut pas se le dissimuler, les mauvais relieurs font bien payer leur travail tout

* Il est certain que plus d'un livre médiocre, surpris de se trouver sur les tablettes d'un somptueux bibliophile, peut, grâce à l'art et à l'habileté de nos relieurs, s'écrier avec Sedaine : « Ah! mon habit, que je vous remercie! » C'est le cas de se souvenir ce que Sénèque disait des amateurs de son temps, qui sur les rayons de leur bibliothèque rangeaient systématiquement des volumes recouverts d'élégantes et luxueuses reliures, s'occupant plus ou moins du contenu, attendu qu'ils ne les ouvraient jamais.

Fig. 211. — Exemple de décoraliou formée par des filets.

Fig. 212. — Exemple de décoration formée par des filets. IV 12

Fig. 213. — Exemple de décoration formée par des filets.

aussi cher que celui des bons ouvriers. Une cause de dépréciation dans le prix d'un livre, que nous devons faire remarquer, c'est la malencontreuse idée qu'ont certains amateurs contemporains, de faire pousser leurs chiffres ou armoiries sur des reliures anciennes ou de laisser mettre, sur des reliures modernes, un chiffre d'une composition de mauvais goût ou d'un style différent de celui adopté pour toute la décoration. La dorure moderne, sur du maroquin ancien, produit un effet très disgracieux, et cette sorte d'anachronisme choque les gens de goût.

« L'ordinaire, écrivait M. Derome*, est que l'œuvre du relieur et celle du doreur de la reliure sortent du même atelier. L'amateur ne voit qu'un objet là où il y en a deux. Le relieur lui a donné cette illusion; c'est au relieur qu'on confie un livre à relier; c'est de lui qu'on attend le volume relié et décoré. Si le travail plaît, c'est à celui à qui on l'a confié qu'on sait gré; s'il déplaît, c'est lui qu'on accuse. Le relieur en titre a donné lieu à cette confusion ; c'est lui qui est seul entrepreneur et responsable de la reliure aux yeux du client. Ce n'est ni un peintre, ni un dessinateur. Le peintre qui entreprend un tableau, le dessinateur qu'on charge d'interpréter une pensée, n'ont besoin du concours de personne ; le peintre est responsable de son œuvre tout entière comme le dessinateur. Si elle est réussie, il en a tout l'honneur.

Il n'en est pas de même du relieur, qui, s'il n'a pas la pratique de la dorure, fait décorer son travail par

* Cf. La reliure de Luxe, le livre et Vamateur, par L. Derome. Paris, Edouard Rouveyre, 1888, in-8* jésus.

un doreur; et recourt à l'association. Le relieur habile dans son art est doublé d'un doreur qui est de son côté un artiste habile. Encore est-ce assez rare. Le vrai est qu'il y en a toujours un qui est au service de l'autre. Ce dernier sert de raison sociale; c'est lui qui est connu, obtient de la réputation s'il y en a à obtenir.

« Ayant à relier un livre, il en a pris la date et s'est efforcé de copier le style en faveur à cette date ; là où il n'y avait point de date à prendre, il est resté neutre, c'est-à-dire qu'il a fait une reliure Janséniste, qui est une reliure neutre. Ses filets eux-mêmes sont neutres. On les trouve mornes et froids. Le ^/e^ cassé est-il moins froid que le filet droit? c'est choux verts et verts choux. Si on imagine, par hasard, que le filet cassé est une découverte comparable à celle de l'Amérique, on apprête à rire aux amateurs de demain. On dit qu'il est difficile à exécuter. La difficulté d'exécution peut servir à exercer la main d'œuvre. Elle n'est pas de l'originalité. »

Une belle reliure moderne n'ajoute pas toujours au prix d'un livre; un volume ancien et dont on ne peut se procurer un meilleur exemplaire, recouvert de sa reliure originale, s'il est peu ou non rogné, s'il a conservé de larges marges, offre souvent une valeur supérieure à celle d'un exemplaire recouvert d'une belle reliure moderne.

« Rien ne vaut pour un livre, écrivait M. d'Eylac en tête du catalogue de Ruble, le vêtement d'origine, contemporain de son apparition, témoin et garant de son authenticité. Avant d'y toucher, il faut être certain, non pas une fois, mais dix fois, que toute mesure de préservation ou de restauration est impossible et que la substitution d'un habit neuf s'impose. »

Un exemplaire des Œuvres de Rabelais avec des remarques de Le Duchat, édition d'Amsterdam, 1741, 5 vol. in-4», fig., mar. r. fil. à la Du Seuil, dos orné, tr. dor. (Gapé), fut vendu 299 francs en 1887; la reliure avait coûté davantage. Si cet exemplaire eût conservé sa reliure originale, fût-elle en veau, il eût été adjugé à un prix relativement beaucoup plus élevé, cette différence provient de ce que les amateurs d'aujourd'hui veulent absolument avoir les vieux livres dans leurs vieilles reliures*.

Quelques bibliophiles prennent plaisir à relier leurs livres. Dans ses Quotidiennes**, publiées par Le Journal, M. Alexandre Hepp, un moraliste de premier ordre, signale sous ce titre : Une princesse à l'établi, les travaux de reliure exécutés par miss Matthews :

« Les jeunes filles parisiennes, écrit-il qui, dans le paquet enrubanné des étrennes, ont trouvé des livres mignons, dorés sur tranche, avec fers précieux, ne se doutent pas qu'il est une jeune princesse dont tout le plaisir

* Les bibliophiles de l'ancienne école estimaient les reliures modernes, signées de bons faiseurs, à l'égal des reliures anciennes en maroquin, mais ils cassaient impitoyablement toutes les reliures en veau, quel qu'en fût l'état de conservation. Nos contemporains réhabilitent les vieux maroquins et les vieux veaux. Nous avons ouï dire, qu'un célèbre bibliophile fit un jour remplacer une reliure en veau aux armes de Mme de Maintenon, recouvrant un exemplaire de l'édition originale in-12 A'Eslher, par un maroquin de Trautz.

Cela serait désormais considéré, et non sans raison, comme un crime de lèse-bibliophilie.

** Les brillants articles, donnés chaque jour dans Le Journal par rémiment chroniqueur Alexandre Hepp, paraissent en volumes chez Ernest Flammarion. Ces bréviaires historiques, composés par un maître écrivain, resteront par la perfection du style, le pittoresque des impressions, l'élévation de la pensée, comme les documents les plus précieux de notre époque.

est aujourd'hui dans la reliure des livres. C'est la seconde fille du prince de Galles, et il vient d'arriver à cette rare émule des artistes dont Octave Uzanne a dit la gloire, une aventure charmante. A l'exposition spéciale de la reliure, ouverte récemment à Londres, les plus belles médailles sont allées aux travaux d'une certaine miss Matthews. Miss Matlhews? inconnue de toute la corporation. Et cette mystérieuse lauréate n'était autre que la princesse Victoria, celle-là même qui, l'an dernier, ingénument, en comptant sans l'étiquette, rêva de vouer aux pauvres et aux malades la grâce de ses vingt ans et le prestige de sa naissance. « De ses royales petites mains, elle a pourtant voulu faire quelque chose d'utile. Comme si le prince de Galles avait lu Jean-Jacques, sa fille a appris un métier. Ce qui semblerait à plus d'une de nos exquises parvenues une insulte aux ongles roses, une déchéance, cette jeune fille, pourtant d'assez bonne maison, le pratique avec orgueil et joie. Elle a rencontré sans doute dans cette besogne matérielle, dans l'occupation qu'elle s'impose, un dérivatif aux imaginations inquiètes, l'illusion d'une dépense de soi, d'un vide comblé, d'un but; et ayant le droit, suivant quelques-uns l'obligation même, de ne rien faire, elle a voulu honorer le travail : un joli exemple pour les demoiselles seulement en mal vague de Musset et de Chopin, dont l'extrême concession c'est d'admettre le cours de cuisine, et une mode anglaise qui vaut peut-être bien la plupart de celles dont nous sommes entichés. Princesse, ajoute M. Alexandre Hepp, si cette Quotidienne, comme une Ballade, devait finir par un Envoi, je vous dirais :

à vivre de si près avec les livres, à les aimer jusqu'à les vouloir revêtir des plus nobles parures, quelque chose de la pensée qu'ils renferment vous imprègne, vous élève encore, vous embellit. Et reliées, puissent les pages être belles du livre de votre vie. »

Les reliures, d'un genre tout spécial, exécutées par miss Matlhews sont riches sans ostentation, solides sans lourdeur, toujours en harmonie avec les ouvrages qu'elles recouvrent, d'un grand fini de travail, d'une exacte exécution dans les plus menus détails, à lignes nettes, à dessin fortement conçu.

Pour en arriver à un pareil résultat, il faudrait que tout relieur habile pratiquât ce qui était en usage au xviii'^ siècle, époque où chaque relieur en renom avait un genre à lui et eût dédaigné d'imiter ses confrères les plus habiles. « C'étaient, dit Paul Lacroix, les amateurs qui classaient et spécialisaient les talents de chacun, en ne demandant à l'un ou à l'autre que les ouvrages qu'il exécutait le mieux : celui-ci faisait les maroquins ; celui-là, les veaux fauves; un autre, les vélins blancs et de couleur; un autre, les encartonnages ou demireliures. C'était à qui ferait graver des fers* du meilleur style, et pas un relieur n'eût été assez indélicat pour copier les fers de son rival. »

Le sens décoratif de la reliure a été ainsi résumé par

* Les relieurs appellent ainsi des outils de cuivre fondu qui servent à imprimer sur l'or différents agréments, comme broderies, dentelles, fleurs, filets et armes, et ce sont ces ornements qui sont, proprement dit, ce que l'on appelle la Dorure des livres.

L'un des plus habiles graveurs de fers à dorer, sinon le plus habile, est M. A. Lofficiaux, qui, à un travail artistique, joint une science des styles d'une grande érudition.

M. Grand-Carteret : « Les motifs de décoration un peu artificiels, qui apparaissent à la fin du xvi" siècle, commencent à se développer au xvn". C'est l'époque de la reliure pointillée, aux gerbes et bouquets factices et faux. Seul, Clovis Eve exécute pour Louis XIII de belles reliures, entremêlant les L couronnées avec les fleurs de lys.

ce Mais c'est au xviii« siècle que s'épanouit le goût de l'anti-naturel : les armes des seigneurs pour qui sont faites les reliures s'isolent au centre, tandis que sur les bords sévit une décoration de pure imagination.

« Une reliure de Boulanger exécutée en 1789 marque bien l'usage que les décorateurs de cette époque font de la nature; il représente avec soin une églantine et l'entoure de draperies et de rideaux d'appartement! Pourquoi? C'est le goût du jour; l'artiste trouve que « cela fait bien » et ne se demande pas si la composition est ou non intelligente. Avec la Révolution, de nouveaux motifs de décoration s'introduisent dans la reliure : des épées, des bonnets phrygiens, la Bastille, des faisceaux remplacent les fleurs de lys et les armes d'antan. Souvent aussi la statue de la Justice se dresse sur la reliure, car chacun sait que cette époque fut impartiale par excellence.

« L'expédition d'Egypte nous vaut des reproductions de sphinx, d'obélisque, de palmiers. Bientôt apparaissent les armes de l'empereur.

« La Restauration les remplace par les fleurs de lys des Bourbons, mais surtout le romantisme qui naît donne aux artistes le goût du gothique et des fragments de cathédrales s'élèvent sur les reliures. Puis,

peu à peu, l'art de la reliure s'éteint, et les spécimens de reliure de notre temps, il faut bien le constater, n'ont aucun caractère personnel.

« Nous n'avons même plus de reliures curieuses, comme telle reliure maçonnique, en forme de triangle, ou telle reliure paille où fleurit un œillet sur sa tige*. »

Pour donner une idée de ce qu'est la technique de la reliure, l'examiner par son côté métier, faire connaître les moyens mis en usage pour relier et, pour le moins, en discerner les bons d'avec les mauvais procédés, nous indiquerons, d'après la Grammaire des Arts décoratifs de Charles Blanc**, les conditions requises pour qu'un livre soit bien relié.

« On nomme plats les deux côtés du carton qui recouvre un livre, dos la partie postérieure de ce livre, celle sur laquelle on met aujourd'hui le titre et le nom de l'auteur (que l'on mettait autrefois sur le plat), tranche les trois surfaces du livre par où il a été rogné, gouttière, la partie antérieure des feuilles, celle qui est opposée au dos et par laquelle on ouvre le livre. Les ficelles qui font sur le dos de petites saillies sont les nerfs, et les espaces compris entre les saillies des entre-nerfs. Pour protéger le livre, il est utile que le carton déborde la tranche ; cet excédent constitue les chasses du livre. La tranche de devant s'appelle gouttière parce qu'elle

* Cf. Élude sur l'Exposition du livre rétrospective et documentaire. [La Papeterie, 25 septembre 1894.)

** Cf. Grammaire des Arts décoratifs. Décoration intérieure de la maison, lois générales de l'ornement, pavement, serrurerie, tapis, meubles, verrerie, orfèvrerie, céramique. Nouvelle édition. Paris, H. Laurens (1898). Beau volume in-8 jésus, orné de 250 gravures.

ost, en effet, comme une gouttière, creusée en cannelure. Les chasses du livre sont bien nommées, parce que, avant de rogner le livre, on a dû donner de la chasse, c'est-à-dire du jeu, au carton, afin de pouvoir l'affleurer en haut pour rogner la tête, en bas pour rogner la queue, sauf à l'assujettir ensuite fermement une fois que la rognure est terminée.

« On désigne par le mot bord l'épaisseur du carton coupé sur les trois côtés, et par le mot bordure la partie du carton qui, en dessous de la couverture, excède la tranche du livre. Ces parties sont souvent ornées de filets ou autres ornements dorés, ce qui fait dire, dans ce cas, que la reliure est à filets, avec bord et bordure.

« Le dos forme une petite saillie en se retournant sur chaque côté du plat, ces saillies sont les mors du livre. Elles sont nécessaires pour loger les cartons, qui ont été tout exprès coupés légèrement en biseau du côté de la saillie dont nous venons de parler. Comme c'est le long de cette saillie que le carton est attaché à la couverture du dos, par une bande de veau ou de maroquin sur laquelle il se meut, les mors s'appellent très souvent charnières. A l'extrémité de ces charnières, en tôte et en queue de chaque carton, l'on ménage deux échancrures, afin que la peau qui recouvrira les plats et le dos ne soit pas sujette à se déchirer quand on ouvrira le volume d'un côté ou de l'autre. Enfin, aux deux extrémités du dos, on voit un petit rouleau couvert de fils de couleurs alternées : cet ornement qui est la tranchefîle répond à un but d'utilité, car il sert à bien assujettir les cahiers et à donner plus de consistance à la couverture lorsque le livre, trop serré, ainsi qu'on

en a la mauvaise habitude, dans les rayons de la bibliothèque, en sera tiré avec effort. Maintenant, si on ouvre le volume relié, on verra au commencement les gardes du livre, c'est-à-dire deux feuilles, l'une de papier marbré ou de couleur, l'autre de papier blanc (ou du même ton que le papier des cahiers). — Il s'agit toujours d'un livre relié à l'ordinaire. — Celle-là, pliée en deux, est collée d'un côté sur l'intérieur de la couverture, de l'autre au papier blanc, dont le feuillet libre précède celui qui porte imprimé le titre de l'ouvrage en abrégé, le faux titre, lequel à son tour précède et couvrira le frontispice et le titre du livre.

c Des feuilles semblables, l'une en papier blanc, l'autre en papier marbré ou de couleur, sont disposées en sens inverse à la fin du volume, dont elles formeront, pour ainsi dire, l'arrière-garde, de sorte que, flanquées de ces pages obscures, les clartés du livre, la blancheur de son papier et de ses marges en sont rehaussées et paraissent plus brillantes. Les gardes du commencement font surtout ressortir, par leur ton sombre, le titre de l'ouvrage, qui en est l'idée mère, et les gardes de la fin semblent exprimer que l'esprit du lecteur rentre dans l'obscurité quand il n'est plus éclairé par les pensées de l'écrivain. L'art du relieur a aussi, on le voit, son clair-obscur. C'est montrer qu'on n'en a point le sentiment, que de faire des gardes en soie claire ou en satin blanc moiré. Mais, en feuilletant le livre, on y découvre des rubans de faveur, des signets * qui ont été

* De seigner, marquer, sinel. A l'origine de la reliure, on se servait de ce terme pour désigner la pippe d'où pendent les signaux ou sinets, et les signaux eux-mêmes, cordonnets de

ménagés pour servir de marque aux endroits où a lecture aura été interrompue, en attendant qu'on la reprenne, ou bien aux passages qui ont intéressé le lecteur et qu'il retrouvera, pour les relire, au moyen de cette soie mnémonique. Collés sur le dos du livre, les signets ont été, déplus, piqués à l'aiguille par la couseuse, quand elle a fait les passes de la tranchefile. »

Avant de terminer ces renseignements techniques, nous allons donner quelques reproductions, qui, mieux qu'une description, si claire soit-elle, permettra aux bibliophiles de se rendre compte du travail de la reliure.

Figures 214 à 250. — Livre serré entre deux ais (F),

soie, de diverses nuances, qui de la pippe passent entre les feuillets, et ressortent par en bas.

Les signets sont des petits rubans de faveur, plus ou moins larges, selon la grosseur du livre, que l'on coupe un peu plus longs que sa hauteur et que le relieur attache à la tranchefile de la tôte d'un livre.

M. Philibert Audebrand, dans ses Causeries d'un Bibliophile,a consacré tout un chapitre au signet. « Mil huit cent trente, dit-il, a été par excellence, un cycle de haute fantaisie. En ce temps-là, tout le monde ayant la tôte à l'envers, on imprégnait de lyrisme les moindres actes de la vie. Lire étant tout à la fois un travail et un délassement, les signets dont on se servait ne pouvaient être une chose indifférente. Alfred de Vigny, l'auteur de Stello ou la Consultation du docteur Noir, un des poètes les plus applaudis d'alors, aimait une des grandes actrices du jour, celle à laquelle il a fait jouer le rôle deKittyBell, dans Chatterton. Sur sa prière, Achille Devéria, le dessinateur des Romantiques, avait fait un dessin, petit format, de la dimension d'une carte à jouer, représentant cette artiste, coiffée en saule pleureur, suivant la mode régnante, et ce portrait, un petit chef-d'œuvre, avait été reproduit par la gravure à dix exemplaires. — Pourquoi ces dix têtes de la même femme? — Pour devenir autant de signets. Le poète éprouvait le besoin d'avoir sous les yeux l'image de celle qu'il aimait, même quand il lisait Shakespeare ou André Chénier. »

A propos de signets, observons que les relieurs ne doivent employer que du ruban dont la couleur ne puisse déteindre, pour qu'à la longue le papier ne risque pas d'être taché.

appelés membrures, pour être endossé. — Manière de fouetter les livres (D). — Diverses palettes et roulettes pour pousser la dorure, et fer à armes. — Couture de la tranchefile. — Bandes de parchemin qui forment les entre-nerfs.

Figures 251 à 259. — Manière dont on tranchefile les gros livres, et la garniture qu'on met sur leurs couvertures. — Façon de passer la lanière de peau pour faire la tranchefile simple. — Tranchefile double. — Livre tranchefile vu par le dos. — Livre vu par le côté de la gouttière, pour qu'on puisse voir la seconde chaînette de la tranchefilure double qui pose sur les feuillets du livre. — Livre vu par un des plats, pour laisser voir les filets. — Bourdon de cuivre qui reçoit la lanière servant à tenir le livre fermé. — Deux lanières, l'une ouverte, l'autre fermée : on voit comment elles sont attachées avec des clous de cuivre. — Bossettes de cuivre. — Coins et bandes de cuivre qui garnissent les bords et les coins du livre.

Figures 240 à 245. — Livre préparé pour être doré à compartiments, avec pièces de maroquin de diverses couleurs, représentant quatre mosaïques différentes. — Livre vu par le dos : sur les entre-nervures on a représenté différentes sortes d'ornements que le doreur y pousse. — Livre vu par le côté de la tranche : sur la tranche des feuillets on voit des dessins de différents goûts qu'on exécute sur les tranches, et qu'on appelle antique sur tranche. Au milieu de cette tranche se trouve un cartouche, qu'on peint quelquefois en miniature. — [En haut^ au milieu.) Livre doré portant une dentelle qui se fait avec un seul fer de cette grandeur, qu'on

appelle P/em-or. — {Enliaut, à gauche.) Autre Plein-or avec un vase sur le milieu du champ. — (En Jiaul^ à droite.) Livre doré avec des fers détachés : a, e, Petits milieux, d, /i, Grands milieux, b b., g f, Coins, ci, ci, Petits fers qui remplissent les vides entre les coins et les grands milieux, k, k, Armes.

Figures 246 à 249. — Ces figures représentant tout ce qui appartient à la reliure dite Reliure de Lyon. — A . Livre cousu et tranchetilé avec nervures ; chaînettes qui se font entre les nervures, chaînettes de la tête et de la queue; et tranchefile. — Reliure vue de côté et par dehors, avec les différentes manières de passementer les pattes. — Le dos vu séparément avec les ornements sur le cuir.

Figures 250 à 254. Ces figures sont destinées à donner une idée de la manière dont les livres chinois sont reliés. — Livre relié et couvert d'étoffe de soie. On a ouvert un peu la première feuille pour faire apercevoir la manière dont ces livres sont imprimés. — Autre livre dont la lôte et la queue sont cousues à une simple couture. — Livre représenté ouvert. — (En haut, à gauche.) Livres turcs, qu'on appelle reliés en Portefeuille.

Figures 255 à 257. — {En bas.) Livre japonais dans sa boîte. — Livre assemblé comme les feuilles d'un paravent, et vu ouvert. (Estampe ou figure. Discours ou explication de la figure. Bande d'étoffe dont on entoure le bord de chaque feuille). — {En haut.) Le môme livre fermé, et la manière dont on referme la boîte en rabattant d'abord le côté gauche sur la dernière feuille, ensuite le côté droit sur le côté gauche.

Fig. 214 à 23U. ^\ uii u.vijlicalion pages 100 cl 101.)

Fig. '251 à 259. (Voir explication page 101.

Fig. 210 à 245. (Voir explication pages 101 et 102.)

L'indication du titre est fautive. Elle devrait être complète et ainsi rédigée

Œuvres de Clément Marot au lieu de : Œuvres de Cl. Marot

et Tome I au lieu de • Tom I.

Fig. 246 à 2i9. (Voir explication page 102.)

Fig. 250 à 25i. (Voir explication page 102.; IV 14*

Fig. 2o5 à 237. (Voir explicalion page 102.)

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