‹ Connaissances nécessaires à un bibliophile, accompagnées de notes critiques et de documents bibliographiques recueillis et publiés (volume 5)Chapitre 3 sur 16 · C. — Les Sirènes (fol. 150 V'). — D. — L'arbre généalogique · texte numérisé non relu

C. — Les Sirènes (fol. 150 V'). — D. — L'arbre généalogique

du Christ (fol. 80 V').

colonnes, que nous avons déjà mentionné, contenant les versions française, hébraïque et romaine, ainsi que des gloses. Les peintures dont il est orné sont d'une dimension inusitée alors. On reconnaît trois époques difTérentes dans leur exécution : la plus ancienne remonte probablement à la fin du xn*' siècle; ce sont les médaillons, au nombre de 96, qui couvrent le recto et le verso des quatre premiers feuillets : ils sont rangés sur trois colonnes par page, et ils représentent des sujets peints, tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament. On discerne facilement, dès le premier coup d'œil, le caractère ancien de ces miniatures, relativement aux autres parties de ce même volume : aucune trace de gothicité, les fonds en très bel or, l'architecture à plein cintre, les draperies parfaitement agencées, la teinture vigoureuse, le dessin correct; on y voit des maisons, dont la forme et la couverture en tuile ne diffèrent guère des nôtres ; divers instruments rustiques, certains costumes royaux ou populaires, méritent une attention particulière, surtout celui d'un homme revêtu d'un manteau assez semblable au vêtement gaulois connu sous le nom de cucullus. Après ces quatre feuillets, commence réellement le psautier : l'écriture et les peintures sont dès lors du xiii*^ siècle jusqu'au feuillet 72. On y compte trente-neuf grandes miniatures.

Fig. 26. — Miniature du Psautier

de Saint-Louis.

(Bibliothèque nationale.)

L'or appliqué en relief, les belles teintes d'outremer, les armes et les armures des soldats, les costumes d'hommes et de femmes, enfin le texte du manuscrit, tout annonce une œuvre de la première moitié du XHi"^ siècle. Entre les feuillets 72 et 95 se trouvent des miniatures d'un style moins ancien, entremêlées toutefois de quelques-unes qu'on doit attribuer à l'artiste qui avait orné les premières pages de ce psautier;

mais, à partir de ce feuillet 95, on ne rencontre plus que des miniatures dont l'exécution appartient au commencement du siècle suivant : les teintes y sont mieux fondues ; ce n'est plus le même sys- Bianche de Navarre ^ème d'application pour l'or; offrant un édifice à Dieu le dessin annoucc une main

et a SCS Saints (d'après une charte de 13G2, pluS CXercéC ; enfin leS COS- Arcliives nationales). , ,

tûmes des personnages rappellent ceux de l'Italie dans les premières années du xiv^ siècle. On doit donc attribuer ces bons ouvrages de peinture à deux artistes de siècles différents, mais ayant une commune patrie, l'Italie. Ce manuscrit est, sans contredit, un des monuments les plus précieux pour l'histoire de l'art aux xii<=, xni« et xiv<* siècles.

On doit placer, à la suite de ce psautier, le bréviaire de saint Louis, ou plutôt de la reine Blanche, conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal sous le n" 145, B. -Latin. Une miniature remplit toute la première page ; il n'y a que quelques peintures de môme grandeur dans le volume. Les autres sont, en général, des médaillons.

Fig, 28. — Miniature italienne, début du xiir siècle, intercalée

.dans le Missel du pape Félix V (Amédée VIII de Savoie).

(Manuscrit de la première moitié du xv" siècle. — Archives de l'Etat, à Turin.)

Fig. 29. — Miniature du xiii* siècle.

Dans la bordure, se trouvent des Épisodes de la vie de la Vierge.

au nombre de deux par page, de moyenne dimension eu égard au format du livre : les sujets ont été tirés du texte du bréviaire; dans quelques ornements, on remarque des fleurs de lis; les fonds en or sont, du reste, très beaux et admirablement appliqués. Le calendrier est orné de petits sujets empruntés aux saisons de l'année.

On lit au folio 191 : « C'est le psautier monseigneur Saint Loys, lequel fu à sa mère. Charles. » La reliure, à tranche dorée et fleurdelisée, est du xvi^ siècle. Le caractère des miniatures annonce une exécution antérieure au règne de Louis IX. On croit que ce manuscrit a, en effet, appartenu à la mère du saint roi.

Il est encore un monument de peinture et de paléographie, qui constate d'une manière plus positive l'état de l'art pendant le règne de saint Louis; c'est un admirable psautier français et latin, qui fut réellement à l'usage de ce pieux monarque, ainsi que le constatent, non seulement une rubrique en tête du volume, mais encore les fleurs de lis du roi, les armes de la reine Blanche de Castille, sa mère, et même peut-être aussi les pals de gueules de Marguerite de Provence, sa femme, que l'on retrouve parmi les encadrements du texte des prières. Rien n'égale la belle conservation des miniatures de ce livre, l'éclat des couleurs, le brillant et le relief des fonds d'or. Les têtes des personnages sont presque microscopiques, et ne manquent pourtant ni d'expression ni de finesse. Les ornements, composés de chimères, etc., sont des plus gracieux; l'architecture s'y découpe en merveilleuses dentelles ; les tapis d'Orient y resplendissent fréquemment.

« Après avoir étudié les peintures de manuscrits exécutées en France, au xni'= siècle, écrivait M. Champollion-Figeac, il est impossible de n'être pas frappé par un fait qui se reproduit habituellement : c'est que toutes les miniatures des livres de théologie sont évidemment d'un dessin bien plus correct que les miniatures des romans de chevalerie, des chroniques, etc., du môme temps. Doit-on en conclure que l'inspiration religieuse produisait seule cette supériorité de l'art religieux, et que les idées mystiques étaient assez élevées chez les artistes pour surexciter leur talent lorsqu'ils avaient à traiter des sujets pieux? Faut-il croire plutôt que les monastères avaient seuls assez d'argent pour payer les travaux des artistes les plus renommés? On a pu remarquer, en effet, que la plupart des miniatures que nous avons choisies, afin d'indiquer les variations de l'art d'orner les manuscrits jusqu'au xni'= siècle, sont tirées des bibles, des évangiles, des missels et des traités théologiques. Mais il faut bien reconnaître aussi que, jusqu'au xui*^ siècle, ce sont là les seuls ouvrages dans lesquels on puisse trouver des peintures de quelque mérite. N'oublions pas que les corporations monastiques absorbaient presque entièrement la richesse et le pouvoir : elles seules pouvaient donc faire exécuter et récompenser tant de chefsd'œuvre, aujourd'hui à peu près inconnus, et qui font toutefois l'orgueil de nos établissements publics. Les seigneurs étaient, en ce temps-là, absents pour de lointaines expéditions, ou occupés en France par des querelles intestines qui leur laissaient peu de loisir, et peu d'argent surtout, pour encourager les lettres et les

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Fig. 50. — Miniature du xiii* siècle.

Personnification des vices et des vertus.

Fig. 31. —Miniature du xm" siècle (Période^du Giotto). Bénédiclion d'une église par l'Etre Suprême.

fl

arts. Dans les abbayes et les couvents, il y avait des hommes, simplement soumis à la règle de l'ordre, qui n'avaient fait aucun vœu, et qui rachetaient leurs péchés, non par de longues et dévotes pénitences, mais en enrichissant de magnifiques peintures les livres destinés à ces communautés; ils recevaient, en échange de leur labeur, toutes les choses nécessaires à la vie : ils pouvaient ainsi employer une partie de leur existence, s'il le fallait, à l'ornement d'un seul livre.

« Voilà ce qui explique aussi l'absence habituelle des noms d'artistes dans les livres à miniatures, principalement dans ceux écrits en latin. Cependant, dès le xiii" siècle, lorsqu'on songea à représenter, dans les chroniques et dans les romans de chevalerie, les combats et les scènes agitées du monde civil et militaire, il se trouva des artistes tout prêts à se livrer à ce nouveau genre de composition. Pour les époques plus récentes, on ne sait pas, néanmoins, les noms de ceux qui exécutèrent de si belles peintures historiques ; mais on peut supposer, d'après la multiplicité des manuscrits, et surtout des romans et chroniques, dès le xni^ siècle, que le goût des livres naquit alors parmi les seigneurs, que ceux-ci créèrent des bibliothèques particulières, et que des artistes laïques existaient déjà en grand nombre.

« L'étude des miniatures exécutées pendant le xiv® siècle, offre un intérêt tout particulier : les scènes de la vie intime, les usages et les croyances populaires, comme les grandes cérémonies publiques, sont représentés en regard des textes historiques ou des récils chevaleresques de cette époque. On y remarque déjà

quelques portraits. Enfin la caricature, cette arme de tout temps si puissante parmi les Français, commence à se montrer avec sa finesse railleuse et caustique.

« Le clergé et surtout les femmes, en font ordinairement les frais. La chevalerie et les mœurs des seigneurs n'y sont pas non plus épargnées. La royauté seule semble être un peu à l'abri de ces atteintes satiriques.

« En remontant aux premières années du xiV^ siècle, nous trouvons, dans un manuscrit des miniatures, plus intéressantes par les scènes qu'elles retracent, que par leur exécution, laquelle laisse beaucoup à désirer. Toutefois, l'artiste a déployé tout son talent dans les six premières : elles représentent le roi de Navarre armé chevalier par son père Philippe le Long, et

Fig. Zi. — Lettre capitale

tirée d'une charte

de Charles V du mois

de juillet 1364.

daté de 1515

Fig. 33. — Lettre tirée d'un maïuiscri

diverses cérémonies qui se rapportent à cet événement.

Fig. ûi. — Un garde des cités.

Miniature d'un manuscrit de la Bibliothèque de Besançon.

Mais on doit citer de préférence, comme d'un intérêt tout spécial, les peintures qui représentent les docteurs de l'Université, des philosophes discutant, des juges rendant la justice, diverses scènes de la vie conjugale, des chanteurs s'accompagnant sur le violon, et divers instruments d'agriculture, tels que charrue, char, etc.

« La peinture de manuscrits fit de grands progrès à cette époque, comme on peut en juger par les figures qui enrichissent les Heures du prince Jean, fils du roi Jean. Ces Heures doivent être citées parmi les plus beaux manuscrits de la Bibliothèque nationale.

Plusieurs de ces figures largement drapées et d'un très bon style, sont dignes des meilleurs temps des anciennes écoles d'Italie.

« Ce manuscrit, ainsi que quelques autres, tels que les Gaiges de batailles, peuvent prouver que les premiers progrès de la peinture en France ne sont point dus à l'Italie. « Mais la période, pendant laquelle Charles V occupa

Fig. 33. — Pierre Salmon présentant à Cliarles VI son livre intitulé : Des maximes royales, etc.

le trône de France, est une de celles qui ont produit les

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Fig. 36. — Educalion de saint Louis.

plus beaux monuments de peinture et de paléographie : on les reconnaît facilement, soit au portrait de ce roi, qui revient sans cesse dans les miniatures, soit aux bandes tricolores qui entourent ces peintures. Il suffit de citer quelques-uns de ces manuscrits pour indiquer les plus belles peintures de cette époque ; telles sont celles de la Bible n" 6701, d'un Rational n° 7051, d'une traduction de Valère Maxime, S. F.

2794, et d'un admirable exemplaire des Chroniques de Saint-Denis, n° 8595. « Un prince rivalisait seul alors avec Charles V, par ses largesses envers les habiles artistes de son temps, et par sa passion pour les bâtiments, les bijoux, les

Fig. 37 et 38. — Miniatures du xv siècle. — Chronique de Normandie. A. Siège du château de Chalus. — B. Funérailles de Guillaume le Conquérant.

Fig. 39. — Miniature de la fin du x\' siècle. Chroniques abrégées des anciens rois et ducs de Bourgogne.

A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE DOUZIÈME. 53 reliques et les objets d'art : c'était le duc Jean de Berry, frère du roi. La maison royale, au xiv« siècle, était la source de tous les encouragements décernés aux arts et aux lettres : l'infortuné Charles VI ne ralentit point cette impulsion donnée par le roi, son père ; le second des fils de Charles V, Louis, duc d'Orléans, partageait vivement la noble sympathie de ses ancêtres pour les

Fig. 40.

Fragment tl'uu encadrement du niuiiusciil de La Vision de Tondal.

sept arts libéraux*. Parmi les manuscrits qui ont été exécutés par ordre de ces deux princes, il en est plusieurs qui peuvent servir à constater l'état de lapein-

* Le Missel de Charles VI, de format in-folio contient 656 miniatures, y compris quelques magnifiques bordures. Ces miniatures représentent l'art français du commencement du xv° siècle dans toute sa pureté, dans toute son originalité; elles sont dues à cette illustre école de Touraine dont procéda Jehan Foucquet, et l'on peut affirmer qu'aucun monument du même genre et de la même date n'est supérieur à ce manuscrit, dont le texte, particularité très remarquable, est entièrement en français.

Ce Missel porte, au premier feuillet, les armoiries du Roi accolées à celles d'Isabeau de Bavière, sa femme. De chaque côté du blason royal on remarque les écussons des pairs laïcs et des pairs ecclésiastiques du royaume qui avaient le droit d'assister les Rois à leur sacre à Reims.

Par suite du mariage de Catherine de Valois, fille puînée de Charles VI, avec Henri V, roi d'Angleterre, ce missel précieux fut transporté à Wite-Hall, d'où il fut enlevé lors du schisme de Henri VIII. Vers le milieu du xvi» siècle, il devint la propriété de l'abbaye de Tongerloo, de l'ordre des Prémontrés, en Brabant. Nous ignorons ce que ce précieux volume est devenu.

ture jusqu'aux premières années du xv" siècle. C'est d'a-

-j. bord, pour ^.. Charles VI, '^f le Livre des Demandes et Réponses de P. Salmon, admirable volume, dont tous les personnages sont de véritables portraits, d'un travail achevé. Toutefois, les chefs-d'œuvre de l'école française à cette époque sont les miniatures de deux traductions des Femmes illustres de Boccace de la Bibliothèque nationale: le coloris est des plus beaux, le dessin assez correct, et déjà la perspective s'y manifeste*.

* La curieuse miniature que nous reproduisons (fig. 51) fait partie d'un manuscrit conservé au British Muséum : une traduction en a été publiée dans l'Archeologia, vol. xx). Ce manuscrit a pour titre : Histoire de Richard, roi d'Angleterre, traitant particulièrement de la rébellion de ses sujets et de la captivité de sa personne; composée par un Français de marque qui était à

Fig. il. — Suint-Laurent. Lettre tirée d'un des Corali de la sacristie du dôme de Sienne (xiV siècle).

la suite dudit roi, avec la permission du roi de France; 1599. Le nom de ce « Français de marque •> n'est écrit en aucun

Fig. 42. — Miniature du xiv* siècle.

Manuscrit du duc de Berry. — Bibliothèque nationale.

Fig. 43. — Miniature du xiv* siècle. — La Cilé de Dieu.

A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE DOUZIÈME. 57 « Quant aux livres de la librairie de Louis d'Orléans,

vr-,

on peut facilement les reconnaître au milieu de nos bibliothèques soit par le portrait de ce prince que l'on retrouve en tête de quelques-uns, soit encore par ses armes ayant deux loups pour support.

« Le progrès dans les arts du dessin était alors très déclaré en France depuis un demi-siècle environ. Deux genres nouveaux apparurent durant cet intervalle de temps : les miniatures en camaïeu et les miniatures en

endroit de l'ouvrage. Slrutt suppose qu'il s'appelait Inico d'Artois. Les historiens anglais ont tiré un grand parti de sa chronique; les artistes consultent aussi utilement les miniatures qui l'ornent : ce sont en effet de précieux modèles du costume étrange de la noblesse française et anglaise à la fin du xiv siècle et au commencement du xv°.

Les portraits sont considérés comme très ressemblants. La miniature frontispice représente l'auteur demandant à Richard II la faveur de l'accompagner dans son expédition en Irlande.

lig. H — Lettre tirée d'un des Corali de la sacristie du dôme de Sienne, miniature de Ansano di Pietro (xiv* siècle).

grisaille. Dans le premier genre, les plus belles peintures sont celles des Petites Heures de Jean, duc de Berry; les Miracles de Noire-Dame, etc.

« Les grisailles sont moins soigneusement exécutées; on en trouve pourtant de remarquables dans, les manuscrits n»^ 6916, 6986, 7020, etc. Quelques noms

Fig. io. — (La Visilalion) tirée

des Corali de la saciistie

du dôme de Sienne.

Fig. -iC. — Lettre tirée d'un

des Corali de la sacristie

du dôine de Sienne.

d'artistes de la fin du xiv^ siècle nous sont connus, nous citerons entre autres ceux de Pierre Remiot (en 1596), Jean de Saint-Éloi, Perreis de Dijon, Colin de Lafontaine, Copin de Gant (en 1597). »

Dans les autres parties de l'Europe, l'art d'orner les manuscrits n'était pas également développé. En Allemagne, les articulations gothiques, dans les contours de l'architecture, sont encore plus accusées; elles le sont, à la môme époque, presque autant que durant le règne de saint Louis : les miniatures du manuscrit n" 511 (Bibliothèque nationale), attribuées

à un artiste allemand, quoique d'un dessin correct, ont un aspect barbare. Ce ne fut qu'en Italie, que

Fig. 47. — Lettre tirée d'un des Corali de la sacristie du dôme de Sienne.

la perfection dans l'art de la miniature se développa au plus haut degré; du moins, on en juge ainsi à la finesse des figures, à la régularité du trait et à

l'élégance des ornements de la Bible du pape Clément VII. Mais les peintures des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit, fondé par Louis d'Anjou, roi de Sicile, en l'année 1552 (que l'on trouve dans le volume n° 50 bis, F. La Vallière), sont évidemment les plus belles de cette époque. On remarque surtout, dans le môme manuscrit, les beaux portraits en camaïeu du roi et de la reine. Un précieux exemplaire du Roman de Lancelot du Lac se recommande encore à l'attention des connaisseurs par une rare particularité, car on peut y suivre les divers travaux préparatoires des artistes : d'abord, le dessin au trait; puis les premières teintes, habituellement uniformes, exécutées par l'enlumineur; ensuite, les enduits pour l'application des fonds d'or; dnfin le travail réel du miniaturiste, dans les têtes, les costumes, etc*.

Il existe, à la bibliothèque publique de Semur (Côted'Or), un manuscrit connu sous le nom de Missel des Carmes, qui contient à la fin une note donnant la facture des frais qu'il a occasionnés; cette petite curiosité est assez rare. Ce manuscrit est du xV' siècle.

* On estime qu'il y avait vingt mille copistes en Europe ou XV' siècle, c'est-à-dire à la veille de la découverte de l'imprimerie. On ne lisait pourtant et on ne possédait de livres que dans les monastères et dans les châteaux. 11 est probable que dans le monde romain, du temps des Antonins, le nombre des copistes répandus dans les provinces était quinze ou vingt fois supérieur à ce qu'il était au xv siècle.

La mode avait propagé le goût des livres qui était descendu de l'aristocratie aux classes moyennes, c'est-à-dire aux fonctionnaires, aux financiers, aux propriétaires de latifundia, à quiconque, par son industrie ou autrement, était parvenu à une certaine aisance ; et le nombre en était considérable dans une société au moins aussi prospère que la nôtre.

Fig. i8. — Manuscrit du commencement du xv* siècle. The Sieg of Troy, A Poem by John Lydgate.

Fig. 49. — Miniature du xV siècle. — La prise des armes.

A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE DOUZIÈME. 63 format in-S", et exécuté sur un magnifique vélin très mince et très blanc. Le calendrier est écrit en lettres

Fig. 50. — Lettre tirée d'un des Corali de la sacristie du dôme de Sienne.

noires et rouges; il est, de môme que le Missel, rayé et encadré à l'encre rouge. Le texte, sur deux colonnes

de trente et une lignes à la page, est assemblé par cahiers de douze feuillets, dont le dernier porte au verso, pour réclame, le premier mot du recto suivant; ce qui ferait soupçonner que l'exécution de ce volume pourrait être un peu postérieure au xv"^ siècle. Les initiales sont couleur pourpre et azur, dorées en plein

Fig. 51. — Richard II et le Chevalier français.

Frontispice du manuscrit d'une Histoire de Richard

écrite par un noble français.

or bruni, et historiées ; les arabesques, à l'encre blanche, d'une parfaite conservation, sont d'une finesse d'exécution très remarquable. Les petites capitales sont peintes en azur et en vermeil ; et les litanies sont dorées et enluminées avec un soin particulier.

Ce beau manuscrit est complet, sans aucune tache, et sans défaut. Voici la note des frais qu'il a coûtés,

copiée telle qu'elle se trouve à la fin du volume :

Pro pergameno, vi 1, — Pro scriplura, xxx scuta. —

Inilluminata, mmmm.cccccc, litterœ, et valent xxiiii 1. et

Fig. 52-o3. — Alexandre III et Frédéric Barberousse. Miniature du Musée Correr (xiv* siècle).

VI solidos parisienses. — Pro ligatura xx s. parisienses. — Signacula, xx s. — Pro deauritura, vi 1. — Summa^ XLix scuta et sex solidos parisienses.

Il n'est pas facile de faire une estimation précise de ces différentes pièces dans leur rapport avec la monnaie actuelle ; pour y parvenir d'une manière certaine, il faudrait savoir sous quel règne et dans quelle année le manuscrit a été exécuté; nous nous contenterons donc de donner le taux du marc d'or et du marc d'argent sous les rois qui ont régné au xv« siècle, sauf les variations occasionnées pendant les troubles civils et politiques sous les règnes de Charles VI et Charles VIL

Sous Charles VI, mort en 1422 .

Sous Charles VII, mort en 1461 .

Sous Louis XI, mort en 1483 . .

Sous Charles VIII, mort en 1498 Sous Louis XII, mort en 1515. .

Marc d'or.

Marc d'argent

On peut choisir, entre ces divers taux, celui que

vu 0

l'on croira applicable à la somme mentionnée ci-dessus ; mais il nous semble que, dans son évaluation en monnaie actuelle, on ne peut pas la porter à moins de 8 à 900 fr. ; et ce n'est pas trop pour 4,600 lettres, tant enluminées que dorées, pour le parchemin, pour l'écriture, les réclames, etc.

Il y eut donc dès cette époque, c'est-à-dire pendant la seconde moitié du xv^ siècle, un perfectionnement réel des arts en France, malgré les troubles qui l'agi-

1 a ^tte,^ ttiatio^nfol ic toic icucrf latnu ^

Fig. 54. — Taxe de quelques artistes des xiii'-xiv* siècles. (Deux sculpteurs et un calligraphe.)

tèrent et les guerres qu'elle eut à soutenir. On peut citer avec le plus grand éloge les miniatures de Jean Fouquet, l'habile peintre du roi Louis XI.

Ce sont des tableaux, dans toute l'acception du mot, et des tableaux dignes d'exciter encore l'admiration : ils servent d'ornement au manuscrit n" 6891, et les sujets sont tirés des Antiquités des Juifs de l'historien Josèphe. Tout annonçait dès lors la grande Renaissance qui devait se réaliser au xvi*^ siècle, et depuis le xv* jusqu'au temps de Raphaël, on peut suivre, aussi fidèlement que possible, les progrès successifs de la peinture, en les étudiant dans les miniatures des manuscrits. Il faut surtout mentionner, pour cet inter-

Fig. 55. — Miniature frontispice (xv* siècle). Registre de la « Scuola di San Leonardo ». (Musée Correr.)

Fig. 56. — Miniature frontispice du xv* siècle. Manuscrit exécuté, en 1473, pour le doge Niccolô Marcello (Musée Correr).

valle de temps, comme ayant puissamment contribué à ce brillant résultat, l'école flamande des ducs de Bourgogne.

Les monuments de peinture de cette école sont nom-

Fig. 57. — Copiste et miniaturiste du xv siècle.

breux, et le talent des artistes, peintres miniaturistes et écrivains, se montre déjà d'une rare perfection.

On ne doit point oublier, parmi les usages singuliers des artistes de la fin du xv« siècle en France, en Italie ou en Flandre, celui d'inscrire, dans les frises des palais qu'ils représentaient, et aussi sur les draperies des personnages, soit des mots arabes du Coran, soit

des mots latins du Rituel; témoin le Missel du roi René II, n" 547 S. L., et les manuscrits n»^ 5888, 772 et 7201-2. Avec le règne de Louis XII, en France, s'achève la complète régénération des arts. On doit y reconnaître deux écoles : celle qui conservait les tra-

i i . . , iilumineur. Miniature d'un manuscrit du xv* siècle. (Bibliothèque royale de Bruxelles.)

ditions du goût gothique, fort amoindri, il est vrai, comme le montrent les grandes et belles peintures des manuscrits n"* 6811 {Miracles de la Vierge), 72ôl {Epistres d'Ovide), et 7584 {Chants royaux); tandis que l'autre école, au contraire, s'inspirait entièrement de l'influence italienne.

Aussi, ses derniers ouvrages sont-ils caractérisés par un dessin plus correct, un coloris des plus

Fig. 59. — Miniature du xv* siècle.

Manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal.

Fig. ()().— Miiiialure du .\v siccic. peiiile par AUavaiitr. au verso du premier feuillet du manuscrit de la < Vie des Sophistes de Philostrate, de Lemnos.

(Bibliothèque de S. M. I. et R. l'empereur d'Autriche, roi de Hongrie.)

parfaits et des plus harmonieux, et par des groupes de personnages habilement composés. Telles sont les peintures du volume n° 6808, contenant les Echez amoureux; du n*» 6877, qui est une traduction des Triomphes de Pétrarque; du n" 7079, autre traduction du même ouvrage; du n° 7085, traduction des Épîtres d'Ovide, ainsi que celles du Missel du pape Paul V.

Parmi les manuscrits français de la bibliothèque de Turin, on distingue une Histoire de Troie, traduite de Guido délie Colonne, avec des miniatures singulières;

Fig. 61. — Miniature d'un

Aniiphonaire de la cathédrale

de Brescia (xv* siècle).

Fig. 02. — Convoi funèbre d'un Prince vers le milieu du .xv* siècle. (Manuscrit bourguignon de la Bibliothèque municipale de Breslau.)

l'une d'elle représente un évêque, accompagné de

prêtres et de moines, célébrant les funérailles d'Hector.

Les manuscrits de Seyssel, un des premiers auteurs français qui aient écrit avec pureté, renferment des parties inédites; une copie de sa traduction d'Appien en deux volumes a de très belles miniatures, et sa Grande monarchie de France, adressée à François P% offre une sorte de manuel de l'art de régner.

La bibliothèque de Copenhague possède les Heures

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