PLANCHE V
B DOlt 1VBC DU PIBS DÊTlCilKS
h, Grands milieux, b- e , f, Coir...
i, e i. Petits fers qui remplissent les vides ei ies :oins el Les grands milieux.
13» édition)
DE LA RELIURE DES LIVRES 6î>
Une reliure sera bien conditionnée si elle réunit à la fois la solidité et l'élégance ; si le volume * s'ouvre facilement et reste ouvert à n'importe quelle page ; si, étant fermé, la couverture et les feuillets forment un tout bien uni, sans bâiller ni se séparer à aucun endroit ; si le dos se brise facilement sans conserver la marque de la brisure; si les commencements des lignes ainsi que la marge intérieure sont parfaitement visibles à l'ouverture du livre ; si, enfin, les marges extérieures sont le moins possible et partout également rognées. La régularité de la pliure, la solidité de la couture, celle du dos, l'élasticité des charnières sont encore autant de conditions d'une bonne reliure.
Pour obtenir toutes ces qualités réunies, il faut, comme nous l'avons dit plus haut, ne confier ses livres qu'à un très habile relieur et laisser à celui-ci tout le temps
* Le mot volume a rapport à la reliure, celui de tome à la division d'un livre en plusieurs parties : un ouvrage peut avoir douze tomes en six volumes, comme six tomes en douze volumes.
nécessaire pour les diverses opérations que réclame une bonne reliure. D'abord, on comprend qu'on ne doit point faire relier un livre récemment imprimé. L'encre d'imprimerie ne sèche que très lentement, et, en soumettant au battage un livre dont l'encre ne s'est point encore parfaiment séchée, on s'expose à avoir toutes les pages maculées et rendues complètement illisibles. Une année toute entière et peut-être deux doivent s'écouler avant qu'un livre soit livré au travail de la reliure. Les livres nouveaux doivent être achetés brochés: c'est sous cette forme qu'il convient de leur faire subir la fatigue de la première lecture. Lorsque le moment est venu où le volume doit être livré au relieur, l'amateur est en droit de faire à celui-ci certaines recommandations sur des points trop souvent négligés*.
Si le livre est imprimé sur beau papier, fort et sonnant, il faut se garder de le faire trop battre, car ce que l'on gagnerait
* Quelques personnes, pour la reliure d'un ouvrage précieux, prennent une précaution que
DE LA RELIURE DES LIVRES 6j
en compacité ne compenserait pas la perte de la qualité sonore du papier.
D'ailleurs un livre trop battu, trop compacte, s'ouvre très difficilement. Après un pliage plus .régulier des feuilles, s'il s'agit d'un livre déjà broché (de manière à ce que les chiffres de pagination tombent bien les uns sur les autres, en sorte qu'en regardant le cahier au transparent tous les cadres de justification se rencontrent bien, et que les marges de tête et de dos *, du recto et du verso, soient très égales), la couture, qui est le point capital de la reliure, demande aussi certains soins ; si les cahiers de papier sont épais, il faut non-seulement les coudre au milieu, mais encore au commencement et à la fin, ce qui donne à la couture la qualité requise. Quand le volume sera cousu et passé à la colle-forte, le relieur
nous approuvons beaucoup. Lorsque cet ouvrage est plié et cousu, avant de l'endosser, le relieur les avertit; elles se transportent chez lui pour s'assurer que les feuilles ont été pliées exactement, que Passemblage a été bien fait et que les cahiers ont été cousus bien également.
* On appelle tête le haut du livre, et dos le fond.
fera bien de l'arrondir avant qu'il soit entièrement sec, car cette opération ne se fait bien qu'alors, et le dos se maintient bien mieux : il y a certains cas où il serait bon de ne pas l'endosser au marteau, mais de laisser les mors se former naturellement. Il est également à propos que les cartons soient rognés d'équerre avant d'être appliqués; c'est par là qu'on obtient de rogner la tranche le moins possible, et on sait avec quelle raison l'amateur tient à conserver à son livre le plus de marge possible* ; la rognure est une chose mécanique, et avec le compas, l'équerre et l'habitude on ne peut guère manquer de réussir *\
* Rien n'est plus précieux que l'intégrité des marges; et, quelque réservé que soit le couteau du relieur, il ne peut en ôter sans altérer ce qui flatte le plus l'œil de l'amateur : nous voulons dire une belle marge dans toute sa grandeur primitive. Il est difficile de se faire une idée du prix que les connaisseurs attachent aux marges bien conservées.
** Le relieur a besoin de redoubler d'attention lorsque l'ouvrage est chargé de notes marginales, sans cela il risquerait de les atteindre, ce qui ferait le plus grand tort à l'exemplaire.
Cest alors que le volume est doré, marbré ou jaspé sur tranche. Si l'on tient à ce que les pages ne soient pas émargées, on peut se contenter d'en faire dorer la tête, la dorure en tête étant indispensable pour empêcher la poussière de pénétrer entre les feuillets et de maculer le volume.
Pour ce qui concerne la couverture, nous ferons remarquer que certains relieurs ont l'habitude de Coller du parchemin sur le dos pour donner de la solidité au volume; on obtient le même résultat en insérant du parchemin entre les nerfs et en les ramenant sur les gardes, et l'effet est meilleur.
La parure, c'est-à-dire l'amincissement de la peau, peut être poussée plus ou moins loin, mais elle doit toujours être proportionnée à la grandeur çt à la grosseur du volume. Quant au carton, il doit être plutôt fort que trop mince.
Nous ne dirons rien de la dorure, de la gaufrure et autres ornements analogues, c'est une affaire de goût qu'il faut laisser
à l'artiste; seulement, l'amateur de livres devra tenir à ce que les titres inscrits sur le dos des volumes soient parfaitement exacts, sans faute d'ortographe et sans abréviations ridicules ou incompréhensibles.
Le plus prudent sera de rédiger d'avance, avec le plus grand soin, le titre tel qu'on désire qu'il soit mis sur le livre et d'exiger qu'il n'y soit rien changé.
M. Mouravit, dans un intéressant ouvrage (La Petite Bibliothèque d'Amateur), souhaite voir se répandre l'habitude récemment introduite de mettre la date de l'édition, parfois aussi le nom de l'éditeur, sur le dos du volume. « Cette addition, ditil, en achevant de déterminer la nature et la valeur propre de l'ouvrage, déjà révélées par le titre et le nom de l'auteur, contribue à rendre la reliure plus parlante, si l'on peut dire ; entre plusieurs éditions du même ouvrage on saura quelle est celle-ci, on aura appelé une plus vive lumière sur ces volumes que leur enveloppe laisse toujours dans une ombre douteuse. »
A propos des signets *, faire remarquer aux relieurs de n'employer qu'un ruban dont la couleur ne puisse se déteindre, pour qu'à la longue le volume ne risque pas d'être taché.
Tout en rendant justice à l'utilité et à la beauté des reliures pour conserver les livres et embellir les bibliothèques* nous pensons qu'il y a certains ouvrages de prix qui gagneraient plus à une élégante demi-reliure qu'à une reliure entière.
Dans un ouvrage comme les « Connaissances nécessaires à un Bibliophile » il faut que l'auteur sache recueillir avec soin les avis et les conseils que des amateurs veulent bien se donner la peine de lui
* Les signets sont des petits rubans de faveur, plus ou moins larges, selon la grosseur du livre, et que l'on coupe un peu plus longs que sa hauteur. On sait que ces petits rubans servent à marquer l'endroit où on en est resté quand on lit un livre et qu'on est obligé d'interrompre sa lecture. Quoique de médiocre importance, cet ornement est nécessaire, parce qu'il n'est pas commode de mettre un morceau de papier dans un livre relié et qu'il ne faut jamais faire une corne à un feuillet.
adresser; car « la faculté acquise ou innée qui nous fait discerner l'à-propos, la convenance de tel ou tel genre, de telle ou telle manière* » ne saurait être universelle.
Un bibliophile italien, dont le savoir et le goût ne sauraient être mis en doute par personne, a bien voulu nous adresser, à propos de la seconde édition de notre livre, une note au sujet du chapitre sur la reliure, note que nous avons lue et relue avec l'attention que doit y apporter un auteur, surtout lorsque, comme celle-ci, elle commence par une phrase élogieuse.
« Admirateur.... je suis d'accord avec vous qu'à certains ouvrages une bonne demi-reliure puisse mieux convenir qu'une reliure entière, mais, je ne puis me persuader que, en règle générale, pour les livres grands de marges, non rognés, c'est-à-dire pour les exemplaires de choix, une demireliure soit préférable !
cl Ce conseil est difficilement suivi par les véritables amateurs. Nous en avons
* Littré.
l'exemple à chaque vente, tous les jours.
De cette façon la reliure pleine, c'est-à-dire le maximum de l'élégance, serait réservée, à moins d'y renoncer tout à fait, à des exemplaires moins beaux, moins complets, moins parfaits y ce qui serait intervertir l'ordre des choses ; une incohérence ! L'habit doit être proportionné au personnage que Von veut
honorer, disait souvent l'excellentissime J. Janin !
« En tous temps, un bel ouvrage, en excellente condition, avec une belle reliure pleine, exécutée avec intelligence, c'est-àdire en rapport avec la valeur et le sujet du livre, sera toujours préférable. Et les bibliophiles délicats rechercheront toujours et lui donneront un plus grand prix, aimeront toujours davantage, non pour la simple reliure seulement, mais pour cet ensemble harmonieux et logique, un ouvrage précieux en plein cuir de Russie ou maroquin du Levant que le même livre avec demi-reliure, même avec coins et tête dorée, fût-elle exécutée par Cape, Chambelle-Duru, Niedrée, Lortic ou Trautz-
Bauzonet, etc., etc. Enfin, si quelque bibliophile s'avisait de faire frapper ses armes sur les plats de ses beaux livres, la demireliure ne pourrait guère le satisfaire ! Avec ceci je ne suis point exclusif, et j'avoue franchement que bon nombre d'ouvrages avec reliure entière ne mériteraient pas cet honneur... »
A notre avis , pour les livres dont on doit conserver les marges, c'est-à-dire que l'on veut avoir reliés non rognés, il est mieux de faire exécuter une demi-reliure *.
La demi-reliure (tête dorée, dorée en tête, non rognée) exige les coins, pour préserver le livre et ajouter à l'élégance de la reliure.
La demi-reliure simple (tranche marbrée, tranche jaspée, etc.), celle enfin que l'on emploie pour les livres de peu de valeur, ne peut aller qu'avec un livre rogné*
Le choix des peaux pour la reliure est
* Demi- reliure, se dit quand il n'y a que le dos du livre qui soit couvert de peau, ou, en général, quand les plats sont d'une matière autre et plus faible que le dos.
DE LA RELIURE DES LIVRES jS
une chose suf laquelle nous devons appeler l'attention de l'amateur. La basane, reliure d'une jolie apparence, s'use promptement. La reliure en veau est d'une grande solidité. La reliure en maroquin, reliure brillante, doit s'employer pour les ouvrages de luxe, les éditions de bibliophile. Le chagrin y peau grenue d'âne ou de mulet , bien qu'on en fasse d'aussi magnifiques reliures qu'avec le maroquin, n'a pas la même solidité.
Les livres imprimés sur vélin exigent des soins tout particuliers : on ne doit les faire relier que longtemps après l'impression, lorsque l'encre et le vélin sont parfaitement secs ; et, quand ils sont reliés, il faut différer de les enfermer jusqu'à ce que la reliure n'ait plus rien de l'humidité occasionnée par la colle que l'on y a employée. En général, rien n'attire et ne conserve plus l'humidité que le parchemin ou le vélin. La blancheur en est éclatante; mais, si on les laisse trop longtemps à l'air, il deviennent jaunes et se crispent facilement à l'humidité ou à la chaleur.
La reliure terminée, il s'agit d'en faire acte de possession. Oh, alors, Bibliophile ou Bibliomane, n'employez ni cachet à l'encre grasse, ni timbre sec, ni enfin de timbres à la cire !
Si vous voulez mettre « ce livre est à moi » ne l'écrivez ni sur le faux titre ni sur le titre de ce livre.
Faites emploi de l'ex-libris; pour quelques francs, vous pourrez faire dessiner et imprimer soit un chiffre ou monogramme, soit une devise, etc.; mais, comme dans tout, il faut que le goût règne dans sa composition. Il y va de votre réputation présente et future !
« Le principal mérite de la devise est la simplicité et la clarté : si elle ne doit pas tomber dans la trivialité, il faut éviter aussi qu'elle ne devienne une énigme indéchiffrable. Une devise est ordinairement une déclaration de principes, un trait de caractère qu'on désire mettre en saillie ; une pensée habituelle, un sentiment qui domine, une preuve de bon ou de mauvais goût; c'est aussi bien souvent une
prétention, l'affectation d'une qualité, d'une tendance, d'une inclination dont on voudrait persuader les autres et dont justement l'on manque le plus. De sorte que la devise peint les personnes à la fois par la vérité et par le mensonge.
« Dans tous les cas, le corps doit parler aux yeux et l'âme achever le sens au moyen d'un ton vif, saisissant et concis.
La recherche et l'affectation y sont d'autant plus insupportables que rien ne peut en
affaiblir l'effet....
« Parmi les vignettes de bibliophiles,
toutes sont loin de pouvoir être placées dans la même classe. Les unes sont des représentations directes, les autres des figures emblématiques, plusieurs forment de petits tableaux où l'art n'a pas dédaigné d'appliquer sa perfection.
« Grand nombre de vignettes n'offrent que des armoiries, avec ou sans nom, avec ou sans légende. Il en est qui n'ont qu'une légende et n'empruntent rien au dessin \ »
* Des Marques et Devises mises à leurs livres
Nous terminerons cet exposé de la reliure en appelant l'attention des amateurs sur la reliure des livres anciens.
La reliure étant le costume du livre, un bibliophile doit tenir particulièrement à ce qu'une édition ancienne d'un livre estimé reste parée de sa reliure originale, surtout si elle porte les marques de quelque illustre personnage. Tels sont les beaux exemplaires des souverains protecteurs des lettres, aux chiffres des célèbres bibliophiles, ou bien accompagnés seulement du nom autographe d'un savant ou d'un littérateur illustre par ses oeuvres.
Un de nos bibliographes' les plus instruits a dit avec beaucoup de vérité :
Les livres, comme les hommes, ont leurs titres de noblesse, et les d'Hozier bibliographiques suppléent les quartiers d'un volume par les célébrités de toute espèce auxquelles il a appartenu, depuis les maîtresses des rois jusqu'aux prélats ou
par un grand nombre d'amateurs, par M. de Reiffenberg, Paris, Edouard Rouveyre, éditeur, 1874, in-8 # couronne.
aux modestes hommes de lettres. Armoiries, chiffres, devises, signatures et même traditions, tout est preuve dans cette justification, et l'on sait ce qu'elle ajoute à la valeur des livres et à quels prix élevés se portent les volumes décorés de la devise de Grolier, du chiffre de Henri II ou de Diane de Poitiers, des armes de De Thou, de Colbert, de Soubise, ou de la signature de Racine, de Bossuet et d'autres personnages célèbres.
Par exemple, quoi de plus beau que ces reliures simples, de bon goût, exécutées par les Derome père et fils pour les bibliothèques de Mesdames de France, filles de Louis XV, qui, chacune, avaient adopté une couleur pour le maroquin destiné aux livres de leur bibliothèque particulière*.
Comme complément de la physionomie du livre ** ancien, et si l'on a des livres pour
♦ M me Adélaïde avait adopté le maroquin rouge; M" 1 * Sophie, le maroquin citron, et M m « Victoire, le maroquin vert ou olive.
** Le regretté M. Amb. Firmin Didot, dans son rapport sur la reliure, a émis l'opinion que, « comme principe général, le choix des couleurs
simple délectation, il faut les avoir complets autant que possible, c'est-à-dire : les allemands revêtus de peau de truie gaufrée, les italiens avec d'élégants compartiments sur les plats, les français doublés de maroquin et ornés de ces fines dentelles
plus ou moins sombres, plus ou moins claires (pour les reliures) devrait toujours être approprié à la nature des sujets traités dans les livres* Pourquoi ne réserverait-on pas le rouge pour la guerre et le bleu pour la marine, ainsi qu'on le faisait dans l'antiquité pour les poèmes d'Homère, dont les rapsodes, vêtus en pourpre, chantaient l'Iliade et, vêtus en bleu, chantaient l'Odyssée ? Je me rappelle avoir vu dans la belle bibliothèque de mon père un magnifique exemplaire de l'Homère de Barnès. dont le volume de l'Iliade était relié en maroquin rouge, tandis que l'Odyssée l'était en maroquin bleu. On pourrait aussi consacrer le violet aux œuvres des grands dignitaires de l'Église, le noir à celles des philosophes, le rose aux poésies légères, etc., etc. Ce système offrirait, dans une vaste bibliothèque, l'avantage d'aider les recherches en frappant les yeux tout d'abord. On pourrait aussi désirer que certains genres d'ornements indiquassent sur le dos si tel ouvrage sur l'Egypte, par exemple, appartient à l'époque pharaonique ou arabe, ou française, ou turque; qu'il en fût de même pour la Grèce antique, la Grèce byzantine ou la Grèce moderne, la Rome des Césars ou celle des papes. »
DE LA RELIURE DES LIVRES 8l
qui sont le triomphe des Le Gascon et des Du Seuil *•
Il serait de mauvais goût de faire relier dans une magnifique reliure moderne un livre ancien qui ne serait habillé que d'une modeste et ancienne reliure, sans défaut cependant.
J'estime plus un livre dans son ancienne reliure bien conservée , fût-elle en simple veau, que dans une belle reliure moderne.
« Une reliure ne peut être considérée comme un objet d'art que si elle a été décorée d'une composition savante ou ingénieuse exécutée par une main habile, et la reliure dite janséniste la mieux comprise, la mieux faite, fut-elle signée du relieur le plus célèbre, est seulement œuvre de bon ouvrier. La première des qualités de la décoration d'un livre est d'être appropriée à la nature et au sujet même de l'ouvrage.
« S'il s'agit d'un ouvrage ancien relié à nouveau, ce qui arrive le plus fréquem-
* Piot, Cabinet de V Amateur, 1861, p. 118.
ment, la décoration naturelle est la reproduction d'une reliure de l'époque à laquelle le livre a été imprimé, et, si la réimpression est moderne, d'une reliure du temps où vivait l'auteur. Aussi est-ce avec surprise que nous avons vu des maîtres de la Reliure moderne, si remarquable d'ailleurs par des qualités d'exécution jusqu'alors inconnues, manquer si souvent à ces principes*. »
Dans l'éloge que Vigneul-Marville fit de la bibliothèque de Grolier, nous trouvons les passages suivants qui ne sont point étrangers à la reliure, « Rien ne manque aux volumes, ni pour la bonté des éditions de ce temps-là, ni pour la beauté du papier et la propreté de la relieure.
« Le titre des livres se trouve aussi sur le dos entre deux nerfs, comme cela se fait aujourd'hui (1676), d'où l'on peut conjecturer que l'on commençait dès lors à ne plus coucher les livres sur le plat dans les
* Essai sur la décoration extérieure des livres, par Marius Michel.
bibliothèques, selon l'ancienne coutume qui se garde encore aujourd'hui en Allemagne et en Espagne : d'où vient que les titres des livres reliez en vélin qui nous viennent de ces pays-là, sont écrits en gros caractères tout le long du dos des volumes.... »
Notre production intellectuelle est remarquable ; mais il serait à désirer qu'il en restât autre chose dans un siècle qu'un amas informe de chiffons et de bouquins dépareillés, tandis que les ouvrages des xvn e et xvm e siècles resteraient dans leur virginité typographique, délicatement renfermés dans leur reliure originale, « forte comme une écaille, qui semble avoir été feite pour protéger l'œuvre qu'elle renferme pendant les trajets que lui imposent des circonstances plus inconnues les unes que les autres.
« Quelle reliure, même dans son expression la plus ordinaire ! ajoute M. A. de Fontaine de Resbecq dans un ouvrage qu'on lit et relit sans cesse : Voyages littéraires sur les quais de Paris.
« J'ai, continue notre intéressant cicérone, un exemple de cette étonnante conservation dans une brochure originale de Bossuet sur le quiétisme. On voit, par l'état extérieur de cette plaquette, qu'elle a dû nécessairement séjourner beaucoup d'années dans les boîtes des quais : mais, à l'intérieur, les dorures sont d'une merveilleuse conservation.... »
J.-Ch. Brunet n'a-t-il pas affirmé que le résultat le plus heureux qu'ait obtenu son Manuel du Libraire et de V Amateur de livres était d'avoir suggéré aux amateurs de ces bijoux littéraires l'idée de les faire relier avec un certain luxe, ce qui en assure pour longtemps la conservation.
Un des plus célèbres bibliophiles de la Hollande, feu M. Jer. de Bosch, de Leyde, et que nous croyons devoir présenter aux amateurs comme leur modèle, a exprimé, dans la préface du catalogue de sa bibliothèque, son ardent amour pour les beaux livres et la passion avec laquelle il recherchait les meilleurs exemplaires qui n'étaient que peu ou point rognés, sans
taches et sans aucune espèce de défauts :
« Jam inde a pueritia, dit-il, hanc mihi bibliothecam comparavi, ea cura ac diligentia, ut nullum librum in eam recipiendum existimarem, nisi qui plenus esset et integer, nullis adspersus maculis, neque fœdatus lituris, aut vermium dentibus tactus, uno verbo, nullum codicem admitterem nisi qui nitidissime esset conservatus; quod quam magnam operam postulet..., facile harum rerum periti intelligent; neque ego hoc ab ullo homine fieri posse arbitrer, nisi ab eo, cui, ut mihi, per sexaginta fere annos in hac re recte agenda strenue laborare contigit... Labentibus annis pejoris conditionis codices ejiciendo et pulchrioris substituendo tantum profeci, ut si... etiam ultimse vetustatis libros, ex hac bibliotheca in manum sumas, récentes e praelo te tractare existimes.... Quod non necessarium esse putabunt multi.... quibus sordidis digitis impressos, maculis, atramento et oleo inquinatos libros nosquidemrelinquimus...
Mihi sive a natura, sive a parentibus da-
tumut omnes sordes fugiam.. Unde evenit ut meas bene instruendae bibliothecae curae etiam alia successerit.... Haec, praeter interiorem librorum conditionem ad externam formam spectabat. Quoad quidem potui exempla mihi comparavi, quorum margines essent intégras, nec scissae, i. e.
aratri ferrum non perpessae... Si quae vero occurrerent, quorum margines.... scindi debere arbitrarer, hac in re ita versatus sum, ut is cui illud munus... daretur, caveret ne quid detrimenti liber caperet. »
Loin de décroître, le goût des beaux livres se propage toujours de plus en plus; et nous connaissons un amateur qui (suivant en cela l'exemple de De Thou) se fait tirer deux exemplaires, sur papier exceptionnel, des beaux livres qu'il sait en voie d'exécution. Ces deux exemplaires sont destinés à n'en faire qu'un seul, puisque, après avoir choisi les plus belles feuilles, ce bibliophile détruit les doubles. C'est peutêtre pousser un peu loin la bibliophilie, mais, comme l'a dit M. Cuvillier Fleuiy, il reste toujours quelque chose des folies
du bibliophile; dé celles de l'ambitieux, du joueur et du libertin il ne reste que le mal qu'ils ont fait.
Nous avons parlé plus haut (page 68) du prix que l'amateur attache à l'intégrité des marges, et nous avons dit que rien n'était plus précieux dans un livre; cela est vrai ; mais nous n'avons pas entendu parler des fausses marges, qui, dans des livres tirés sur papiers Whatman, de Hollande, de Chine, du Japon et autres papiers de choix, et par une particularité due aux nécessités du tirage, se prêtent mal au pliage des formats in-8° et in- 12, ont souvent des dimensions excessives et forment des volumes disgracieux, absolument carrés, avec des marges disparates et anormales que, entre parenthèses, le bibliophile Jacob qualifie de monstrueuses inégalités.
« Quelques amateurs ne font pas tomber à la reliure ces fausses marges. Il nous semble meilleur de les rogner, elles proviennent non d'une intention artistique, mais d'une nécessité matérielle; ces différences dans les dimensions des papiers,
loin d'être un ornement, donnent un aspect irrégulier qui ne saurait être agréable \ »
Suivant La Fizelière, la question de ces marges est encore à résoudre : <c Une gravure rognée à la marge, disait-il, est déshonorée, il en est de même pour les livres; je veux la marge entière dans un exemplaire exceptionnel qui ne me déplaît pas en restant broché. C'est le spécimen du format que donne tel ou tel papier employé pour le tirage. Pourquoi ne pas laisser à nos éditions parisiennes l'avantage d'être recherchées plus tard au même titre que les exemplaires non rognés des éditions elzéviriennes ? Certes, le couteau du relieur abattra ces marges avec plus ou moins de discrétion, mais les volumes qui auront échappé à ce lit de Procuste et gardé toutes les proportions originelles feront les délices des bibliophiles de l'avenir. »
Il y a des amateurs qui rendent l'éditeur responsable de ces monstrueuses inégalités
* Le Livre du Bibliophile,
et ne veulent pas entendre que, qui peut plus, peut moins. Nous en parlons ici par expérience personnelle.
Quoi de plus facile, en effet, pour un amateur, qui n'aime ces grandes marges qui font les délices d'un autre amateur , que de les faire rogner par le relieur. Il y a moyen de concilier de cette façon et la critique du bibliophile Jacob et la douce manie du regretté La Fizelière
Il nous a paru utile de terminer ce chapitre en donnant un spécimen des différents papiers employés pour l'impression de nos Editions de Bibliophiles. Les amateurs peuvent se convaincre de quel soin nous entourons nos publications.
En résumé, une bonne et élégante reliure dépend autant de l'habileté de l'ouvrier que du goût de l'amateur. Dans ce chapitre, « De la reliure des livres », nous avons mis le bibliophile à même de guider l'ouvrier et de conseiller l'amateur.
SPÉCIMEN
Des différents papiers employés pour l'impression de nos éditions de bibliophiles
SPÉCIMEN
Des différents papiers employés pour l'impression de nos éditions de bibliophiles
SPÉCIMEN
Des diffèrent* papiers employés pour t 'impression de nos éditions de bibliophiles
SPÉCIMEN
Des différents papiers employés pour l'impression de nos éditions de bibliophiles
SPÉCIMEN
Des différents papiers employés pour l'impression de nos éditions de bibliophiles
éMOYEtXS DE TVlÉSEVlVEqi LES LIVRES DES IVS^SECTES
[rdinairement une bibliothèque a trois sortes d'ennemis assez dangereux : les insectes, l'humidité et les rats; quelques mauvais plaisants y ajoutent les emprunteurs.
Nous ne parlerons ici que des insectes :
nous avons indiqué plus haut le moyen de préserver les bibliothèques de l'humidité ; tout le monde connaît les moyens à employer pour détruire les rats*; quant aux
* M. Ludovic Lalanne, dans ses « Curiosités bibliographiques », dit que Pline prétendait qu'en faisant infuser de l'absinthe dans l'encre (qui servait aux copistes) on préservait les livres des souris.
emprunteurs, c'est une grave question dont J. Janin s'est occupé mais qu'il n'a pu résoudre \ Les insectes ont été de tout temps le
* On demande s'il est juste et prudent de prêter ses livres? — Vous enfouissez la vérité! Vous cachez le flambeau sous le boisseau, vous êtes un égoïste, un avare, disent les emprunteurs.
En même temps, ils vous citent la belle inscription de Grolier : Pour moi et mes amis ! Mieux encore, la devise de Schelcher : Pour tous et pour moi.
C'est très bien dit, c'est très bien fait; mais nous avons connu M. de Bure. C'était son usage de choisir lui-même, sur le rayon, l'exemplaire qu'il permettait de tenir un instant.
Scaliger avait écrit au fronton de sa bibliothèque : Ite ad vendentes! Charles Nodier avait composé, à l'usage de son ami Pixéricourt, ce petit distique :
Tel est le sort de tout livre prêté ; Souvent il est perdu, toujours il est gité
Condorcet, mort si misérablement et si glorieusement pour n'avoir pas voulu jeter aux buissons le petit Horace in-32 de l'Imprimerie royale qu'il tenait dans sa main lorsqu'il fut arrêté dans une misérable auberge de Sceaux par des patriotes de grand chemin, avait composé, en l'honneur de ses livres bien-aimés, les jolis vers que voici :
Chères délices de mon âme, Gardez-vous bien de me quitter Quoiqu'on vienne vous emprunter.
MOYENS DE PRÉSERVER LES LIVRES DES INSECTES g3
fléau des bibliothèques*, on ne saurait trop mettre de soins à les préserver de ces dangereux bibliophages.
On connaît plusieurs moyens pour mettre les livres à l'abri des insectes. Le premier consiste dans le choix du bois qu'on emploie pour le corps de bibliothèque et pour les tablettes. Nous en avons parlé plus haut au premier chapitre de cet ouvrage. Le deuxième consiste en une grande pro-
Chacun de vous m'est une femme Qui peut se laisser voir sans blâme Et ne se doit jamais prêter.
Certes, ces diverses opinions méritent qu'on s'en inquiète... Or, voici notre avis :
Accepter la devise de Grolier et de Schelcher.
Se conduire à la façon de Scaliger, de Condorcet et de Pixéricourt.
(Jules-Janin. Z/-4 mour des Livres. Paris, 1866.)
* Une des peintures d'Herculanum représente deux bâtons superposés en croix. Au milieu d'eux est un trou ou bouton qui servait à fixer la courroie avec laquelle on serrait le volume. Un livre ainsi attaché se nommait constrictus liber, et il était moins exposé à être rongé par les insectes
Constrictos nisi das mihi libellos, Admit tam tineas trucesque blattus.
Une précaution encore plus efficace contre ces rongeurs était la membrane avec laquelle on enveloppait les livres.
prêté dans laquelle on doit constamment entretenir les livres. Plus loin nous indiquerons les autres moyens connus.
Les insectes qui font tant de ravages et qui, malgré tous les soins, s'introduisent et se multiplient d'une manière si imperceptible, qu'il n'y a que peu de bibliothèques où leur présence ne se manifeste par quelques dégâts, sont les larves d'éphémère, telles que le Ttinus fur, L., Ptinus mollis, L., ou Anibium molle de Fabricius, ou bien encore la chenille de YAglosse cuivrée \
Chrétien Mentzelius, dans l'observation sur l'espèce de mite dont le cri imite celui de la poule (sic) et qui ronge le papier, nous fait connaître un autre ennemi des livres. La mite dont il est question se
* La femelle de l'Agi os se cuivrée dépose de préférence ses œufs microscopiques dans la couverture en cuir des livres reliés. Chaque œuf donne naissance à une très petite chenille qui perce, pour s'en nourrir, la substance de la couverture du livre, puis le livre lui-même. C'est ainsi qu'on trouve des livres percés de part en part d'une galerie cylindrique, au fond de laquelle se tient un très petit ver blanchâtre : c'est la chenille de l'Agi osse cuivrée.
MOYENS DE PRÉSERVER LES LIVRES DES INSECTES qb
cache dans les livres, les ronge et se nourrit de la colle dont on les enduit en les reliant; elle est de la grosseur d'une puce.
« Un jour, étant occupé à travailler dans mon cabinet, dit-il*, j'entendis un bruit réitéré , qui ressemblait au gloussement d'une poule, d'abord je ne savais si ce bruit était occasionné par une poule du voisinage ou si les oreilles me tintaient; mais, au moment de cette incertitude, j'aperçus une mite qui était dans le papier même sur lequel j'écrivais à la chandelle, et elle ne cessa de glousser que quand je l'observai avec un verre qui me la fit paraître quatre ou cinq fois plus grande qu'elle ne l'était.
a II m'est arrivé d'examiner à deux différentes fois un de ces insectes qui gloussait dans un livre relié en bois ; peut-être appelait-il sa femelle ? Ce petit animal, vu avec un verre qui grossit les objets, m'a
* Collection académique composée des mémoires des plus célèbres académies étrangères, trad. en français (par Paul, Keralio, Robinet, etc.). Dijon et Paris, 1755-79, i3 vol. in-40.
paru peu différent de l'insecte dont Goëdard a parlé dans son Traité des Métamorphoses, part. I, obs. 60, si ce n'est qu'il a des ailes, que ses couleurs sont moins variées, et que sa couleur, qui est foncée, est disposée par des taches éparses sur tout le corps.
« Cette mite a sur le dos une crête oblongue de couleur grise, elle porte la tête basse et rapprochée de la poitrine; c'est en frappant l'aile l'une contre l'autre qu'elle excite un bruit qui imite le gloussement d'une poule. »
On voit par ce qui précède combien sont nombreux ces insectes qui occasionnent quelquefois des dégâts irréparables; nous ne citerons qu'un exemple pour montrer aux amateurs combien l'absence de précautions peut amener de ravages dans une bibliothèque *.
* Le dommage que les vers causent aux livres les plus précieux n'est que trop connu des bibliophiles; mais les personnes qui n'ont vu les livres que tels qu'ils sortent des mains du relieur, ou dont on se sert continuellement, ne peuvent s'en faire une idée.
M. Fabbroni (qui était directeur du musée de Florence, et qui possédait une magnifique bibliothèque) trouva, après une année d'absence de sa patrie, un tel dégât dans les bois et les meubles, causé par les dermestes, dans les livres, abîmés par les larves d'éphémère, qu'il lui parut presque impossible de la garantir d'une destruction totale; cependant il en trouva bientôt les moyens. Il boucha d'abord, avec du stuc et de la cire, les petits trous des bois; mais, peu après, il vit paraître de nouveaux vers ; il fallait leur rendre mortelle chaque partie du bois qu'ils pouvaient attaquer. Il plongea les bois ordinaires dans i'orpin à l'huile ou à la colle; pour les autres, il les fit oindre, une fois par mois, avec de l'huile d'olive dans laquelle on avait laissé bouillir de l'arsenic jusqu'à ce que la couleur et l'odeur annonçassent que la dissolution s'était opérée. Le nombre des dermestes diminua sur-le-champ, et ils finirent par disparaître.
On ne pouvait employer un semblable moyen pour les livres. M. Fabbroni résolut
d'oindre avec de l'eau-forte le dos et les côtés des volumes ; à l'instant les dermestes abandonnèrent leur demeure et errèrent sur le bord des tablettes ; mais cette huile bouillante s'étant volatilisée et évaporée, les dermestes commencèrent à se développer de nouveau. U voulut, du moins, garantir de la contagion les livres qu'il faisait relier. Il avait vu que, parmi beaucoup de cartons abîmés, un seul était resté intact, parce que, dans la colle de farine dont il s'était servi pour le faire, il avait mêlé trois onces de térébenthine. Il ordonna donc que les reliures fussent faites avec du carton travaillé avec du mortier, ou bien formé dans la pâte des papeteries, et collé, non pas avec de la farine pure, mais avec le mélange que nous venons d'indiquer.
Pour les manuscrits, il eut de plus la précaution de faire mettre une feuille d'étain entre les cartons et la couverture, dans la persuasion que, comme il n'y a pas de fourmis blanches dans son pays, aucun insecte de la campagne n'aurait la force de ronger ce métal.
Ces précautions eurent le plus heureux succès*.
Ce n'est pas seulement en Europe que les vers font le plus de ravages dans les bibliothèques. M. Ansse de Villoison nous apprend, à la suite de son ouvrage **, que ces insectes sont un des plus grands fléaux du Levant, et plus dangereux que dans nos contrées. Toutes les bibliothèques des Jésuites à Salonique, Scio, Santorin, Naxos et Constantinople, tombent en poussière.
Les manuscrits en parchemin subissent le même sort, quoique plus tard.
Ce n'est certes pas dans les bibliothèques qui sont souvent ouvertes et dont les livres sont maniés fréquemment que les insectes peuvent faire des dégâts ; mais il est bon de prendre quelques précautions pour sa bibliothèque, lorsque, par exemple,
*La Bibliotheca; lettera di Giovanni Fabbroni, uno dei XL délia societa italiana délie scienze, a Pompilio Pozzetti, délie scuollo pie, socio e segretario délia medesima. Modena, s. d.
** Anecdota graeca e Regia Parisiensi, et e Veneta S. Marci Bibliothecis deprompta edidit J. B. d'A. deV.
on doit s'absenter pour un temps plus ou moins long.
Nodier, dans ses « Mélanges de littérature et de critique, » nous apprend qu'il a eu le bonheur de conserver ses insectes et ses livres dans des meubles très altérés; « je l'ai attribué, dit-il, du moins au soin que j'ai eu d'y renouveler souvent, quand je l'ai pu, le Trichius* Ermita, qui, sans être fort commun, se rencontre en divers lieux d'Europe, et notamment aux environs de Paris. *>
Boulard conseille les odeurs fortes et surtout celle du cuir de Russie; cette dernière non-seulement garantit les livres reliés avec ce cuir mais encore suffit souvent à préserver ceux qui les environnent.
* Les entomologistes ont donné à un beau 7Vichius, qui répand l'arôme du cuir de Russie à un degré très exalté, le nom d'2?rm«ta, parce qu'ils ont cru remarquer que les autres espèces et môme celles qui vivent le plus fréquemment dans les troncs du saule et du poirier n'en approchent plus dès qu'il s'y trouve (Nodier. Bulletin du Bibliophile).
MOYENS DB PRÉSERVER LES LIVRES DES INSECTES IOl
Une autre reliure donnant peu ou point d'accès aux vers est celle usitée dans les anciennes bibliothèques d'Espagne , de Portugal et d'Italie ; elle ne consiste qu'en une couverture de parchemin (sans carton) recourbé sur la tranche, qui plutôt n'est qu'une brochure battue, cousue sur nerfs et couverte de parchemin.
L'expérience de quatre siècles a prouvé que, sans le voisinage des reliures en bois ou en velours, aucun des livres ainsi reliés n'eût été atteint de vers*.
D'Alembert, dans ses « Observations sur les insectes qui rongent les livres », donne aussi plusieurs moyens qu'il a employés pour se débarrasser de ces incommodes visiteurs.
« J'ai vu tant de personnes, dit-il, accuser les teignes de manger les livres, que je crois devoir, à ce sujet, publier ce que j'ai appris par mes observations et mes
* Les anciennes reliures en bois, même quand elles sont couvertes de peau, sont les berceaux des vers; il faut donc les reléguer, sans exception, dans l'endroit le plus écarté d'une bibliothèque
expériences. Ces insectes ne sont en aucune façon coupables des ravages qu'essuient nos bibliothèques; mais on doit s'en prendre à un tout petit escarbot qui, dans le mois d'août, fait ses œufs dans les livres et principalement du côté de la reliure ; il en sort une mite qui ressemble à celle qui s'engendre dans le fromage : c'est elle qui ronge les livres et non l'escarbot ; cependant il semble qu'elle ne mange le papier que parce qu'elle y est forcée ; car lorsque le temps de sa transformation s'approche, elle cherche a se donner de l'air, surtout lorsqu'elle est bien avant dans le livre ; alors elle ronge à droite et à gauche jusqu'à ce qu'elle ait atteint l'extrémité du livre, et qu'elle en soit sortie.
« L'escarbot, qui se forme de cette mite, ne peut point mordre comme elle, et n'est pas capable de percer un livre de part en part. Toutes les mites de bois travaillent de la même manière, avant de se transformer en escarbot. Je connais aussi une seule espèce de chenille, qui mange le bois de la saule et le perce d'une
écorce à l'autre avant de se transformer en papillon.
« J'ai fait plusieurs essais pour ôter à cette espèce de mite le goût fatal qu'elles ont pour nos livres, et surtout pour les herbiers, dont elles mangent aussi les plantes, ce qu'aucun autre insecte ne fait ordinairement. On doit en attribuer la cause aux cartons et à la colle dont les relieurs se servent pour coller le papier et le parchemin ou le cuir des reliures; ils font cette colle avec de la farine noire ou autre, que la mite aime beaucoup et qui attire pareillement l'escarbot; j'ai essayé de mêler dans cette colle des choses amères, comme l'absinthe, de la coloquinte, etc., mais sans aucun succès. Le seul remède que j'ai trouvé a été dans l'emploi de sels minéraux, qui résistent à tous les insectes ; le sel appelé arcanum duplicatum, l'alun, le vitriol sont propres à cet effet; mais les sels végétaux comme la potasse, le sel de tartre, etc., ne le sont point. Ces derniers se dissolvent aisément dans un air humide et font des taches dans
les livres. Lorsqu'on mêlera un peu de ces premiers sels dans la colle, les vers ne toucheront jamais aux livres, qui seront préservés des attaques de toutes sortes d'insectes. »
Prediger* a confirmé d'avance ce que d'Alembert donne plus haut comme une chose qu'il a éprouvée. Il prétend que les vers ne toucheraient pas aisément aux livres si les relieurs , pour faire leur colle, se servaient d'amidon au lieu de farine ; il dit encore que, pour préserver les livres des insectes, il faut mettre entre le livre et la couverture de l'alun pulvérisé, mêlé d'un peu de poivre fin, et qu'il convient même d'en répandre un peu sur les tablettes de la bibliothèque. Il ajoute que, pour garantir une bibliothèque des vers, il faut frotter les livres fortement dans les mois de "mars, juillet et septembre avec un morceau d'étoffe saupoudré d'alun pulvérisé.
M, Ed. Fournier, dans son ouvrage :
* Voyez : Instructions pour les relieurs, par Prediger (en allemand). Leipzig, 1741.
MOYENS DE PRÉSERVER LES LIVRES DES INSECTES Io5
« l'Art de la reliure en France aux derniers siècles », nous apprend ceci : « Par une lettre du 31 mai 1823, que nous avons vue autographe, dit-il, M. Mérimée père, alors directeur de l'École des beaux-arts, conseillait à M. Duchêne aîné de proposer à la Bibliothèque du Roi l'usage des cuirs odorants, si favorables à la conservation des livres, et que nous devrions adopter, ne fût-ce que pour imiter les Anglais, si engoués de ces sortes de reliures. On ne fit rien, ou presque rien de ce conseil. » — Lesné est d'avis que le meilleur préservatif serait d'employer, au lieu de colle de pâte, la colle-forte, comme font les Anglais.
Un autre moyen, mais impraticable, à notre avis, est celui qu'indique Peignot.
« Les livres attaqués par les vers, dit-il, doivent être battus, mis à l'air et exposés à une fumigation de soufre. La vapeur de ce minéral les tue lorsqu'ils sont insectes parfaits, mais ne produit aucun effet sur les œufs; ainsi il faut attendre le temps où ils éclosent ordinairement, c'est-à-dire vers
le mois de mars. On peut aussi fumiger en été. »
On voit que presque tous les auteurs qui ont écrit sur les « insectes qui rongent les livres » s'accordent à dire que la colle i dont on se sert est la première cause de
tous les dégâts commis par ces dangereux bibliophobes.
Plusieurs amateurs nous ont exprimé le désir d'avoir la reproduction d'une magnifique reliure que nous possédons dans notre collection et qui, comme exemple, est le plus frappant que l'on puisse donner d'une reliure rongée par les vers. Il nous a paru curieux, en effet, de la reproduire ici; les bibliophiles pourront avoir une idée des ravages causés par les dermestes dans les bibliothèques. — Voir les planches VII
et vin.
Après un tel exemple , il est inutile, croyons-nous, d'insister sur l'urgence qu'il y a de prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter le retour de pareils dégâts; et, l'expérience nous ayant aussi convaincu qu'il faut éloigner des livres
toute chose propre à engendrer des vers, comme il est bien rare que toute personne qui s'occupe de livres n'ait pas besoin de colle pour quelques réparations à faire, soit aux reliures, soit aux livres, nous allons indiquer un moyen de préserver la colle de la moisissure, des insectes et des vers.
Cette recette nous est fournie par le Bulletin du bibliophile belge.
L'alun employé par les relieurs n'est pas un préservatif absolu, quoiqu'il contribue beaucoup à la préservation et la conservation des peaux. La résine, en usage parmi les cordonniers, est préférable et agit entièrement dans le même sens ; mais l'huile de térébenthine a beaucoup plus de puissance encore ; la lavande et autres substances aromatiques d'une odeur forte, comme le poivre, l'anis, la bergamote, réussissent parfaitement, même en très mince quantité; elles conservent la colle pendant un temps illimité. La meilleure colle est faite de fleur de farine ordinaire; on y ajoute de la cassonnade grise et une portion de sublimé corrosif. Le sucre lui donne du
liant et empêche la formation des écailles sur les surfaces polies. Le sublimé la défend des insectes et de la fermentation. Ce sel ne prévient pas la moisissure ; mais, comme deux gouttes d'huile suffisent pour l'empêcher, toutes les causes de destruction sont ainsi enlevées. Cette colle, exposée à l'air, durcit sans se décomposer et devient semblable à la corne ; il faut la mouiller quelque temps avant d'en faire usage.
Gardée dans un vase hermétiquement fermé, elle peut servir en tout temps sans autre préparation. »
Nous terminerons en donnant un dernier conseil aux bibliophiles et aux amateurs qui veulent bien nous lire.
Ne jamais se servir de lainage pour l'entretien et la propreté des livres.
lIRES AUN BIBLIOPHILE
Planche VIII.
Imp.Umerci.retC» Par
<DES SOUSCRIPTIONS ET DE Lo4 <DATE
'a souscription, dit Boulard *, et après lui P... (Psaume)** est la formule par laquelle finissent tous les ouvrages imprimés au xv e siècle; elle était ordinairement conçue en ces termes : Explicit Liber qui dicitur, etc.; ensuite se trouvait le nom de la ville, celui de l'imprimeur, la date de Tannée et du mois où il avait été imprimé ; mais quelquefois on n'y voyait ni nom d'imprimeur, ni date, ni nom de ville.
Dans les premiers temps, cette souscription était en vers et commençait
* Traité élémentaire de bibliographie.
*• Dictionnaire de bibliographie.
par la formule que chaque imprimeur avait adoptée*; mais quelquefois elle était en prose : on en trouve un nombre égal des unes et des autres.
P... (Psaume) fait remarquer avec ■justesse que dans beaucoup de livres du xv c siècle on trouve des souscriptions manuscrites, ce qui, continue-t-il, ne doit pas peu contribuer à jeter de la défiance sur certaines dates. Au reste, il a été souvent reconnu que des souscriptions imprimées n'étaient pas exemptes de fraudes.
La date s'écrivait de plusieurs manières.
En chiffres romains ou en chiffres arabes et en toutes lettres.
* Cette formule, à quelques modifications près, était toujours la même :
=3 J. Fust et P. Schœffer terminaient ainsi :
Prcesens hoc opus, artificiosa ad invent ione imprimendi, seu caracterisandi absque calami exaration in civitate Moguntina sic effigiatum et ad Eusebiam.
= Jean de Spire à Venise :
Primus in Adriatica formis impressit œncit Urbe libros Spira genitus de stirpe Joannes. In reliquis si quanta vides, etc.