DELA. CONNAISSANCE ET 'DE L'AMOUR 'DBS LIVRES
DE LIURS DIVERt DBG«ÉS DE BAini
J F, chapitre ayant été traité par Cailleau, dans son Dictionnaire bibliographique, il nous a paru curieux de le reproduire ici. Près de quatre-vingts ans se sont écoulés depuis que ce savant bibliographe a écrit cet essai ; on verra que , si ta mode change , les ouvrages rares il y a un siècle sont encore rares aujourd'hui; et que le titre tris rare, que l'on prodigue trop souvent pour des ouvrages dont la mode fait le prix, ne doit être donné qu'à des ouvrages dont k rareté est indiscuuble.
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n n'est pas toujours facile de trouver des livres, souvent la difficulté d'en découvrir certaùs,' en fiât b rareté; elle croit et décroît en raisons égales, selon la diversité des temps, des lieux et des peramtus.
Tel livre aujourd'hui sera iris cotnmwt, qui, dans dix ou vingt ans, sera tris rare, ou peut-être dans peu. Tel autre se présentera chaque jour chez l'étranger que l'on chercherait vainement en France. Le troisième ne saurut échapper à la vigilance d'un homme dont les correspondances s'étendent jusqu'au bout de l'Europe; tandis qu'il est inaccessible pour celui dont les liaisons ne vont pas au delà des bornes de sa patrie.
Les inclinations des hommes étant variées , presque tous agissent par des motifs différents.
Les uns ne désirent absolument un Hvre que pour le lire attentivement, le consulter sur le sujet qui les occupe , y avoir recours au besoin, s'en sep.*ir enfin; aussi l'amour des livres n'est-il véritablement estimable qu'autant qu'on sait les appré-
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cier, les lire en philosophe, distinguer ce qu'il peut y avoir de bon d'avec ce qu'ils peuvent contenir de mauvais, et qu'on les possède pour les autres autant que pour soi-même.
D'autres n'aspirent au plaisir d'avoir des livres que dans la vue d'enrichir leur cabinet, d'y entasser les sciences à prix d'argent, et souvent même, esclaves de b vanité, pour orner ces mêmes livres de magnifiques reliures, et pour le seul plaisir de les contempler sans oser les ouvrir.
Selon nous, les premiers ont des ressources beaucoup plus étendues que ceuxci : les bibliothèques publiques ou particulières sont autant de trésors pour ceux qui ont la liberté d'y puiser, dans l'espoir d'y rencontrer l'objet de leurs désirs.
Les derniers n'envisagent au contraire ces précieux dépôts qu'avec envie ; ce sont pour eux autant de fâcheuses prisons qui détiennent en captivité les auteurs qu'ils voudraient faire passer sous leur domination, autant d'abîmes affreux qui engloutissent pour toujours les ouvrages les- plus
141 ooMMiMtncw H<CBUA»M A un ■nuomiLB rares et les plus curieux : ils leur présentent incessamment de nouveaux obstacles dont ils ne triomphent qu'i force d'argent et de difficultés.
Les bibliothèques passagères leur sont plus supportables, parce qu'elles atteignent ordinairement leur période au décès de leurs possesKurs , et qu'étant ensuite écrasées au gré des acheteurs, ils trouvent ainsi la facilité de se procurer les livres qui conviennent le plus à l'accroissement de ceux qu'ils ont déjà.
Gimme les grandes bibliothèques ne sont que des assemblées très médiocres auprès de cette multitude de livres que la presse enfante depuis son invention, il arrive souvent que l'on cherche en vain divers ouvrages ; soit parce qu'il en existe si peu d'exemplaires que l'acquisition en est moralement impossible ; soit parce que les copies en ont été dispersées à la longue , qu'elles se dérobent insensiblement aux yeux des amateurs, ou qu'elles sont presque entièrement sonies du commerce.
CÔïVlfAISSANCE ET AMOUR DES LIVRES l.p
De là vient qu'un livre peut itre commun dans les bibliothèques publiques, et qu'il soit fort rare dans celles particulières ! Par exemple, les Acta Sanctorum des Bollandistes doivent occuper une place dans toutes les bibliothèques publiques; mais il est difficile de les trouver dans celles particulières, à cause du grand prix, qui met ordinairement un firein à la cupidité.
Nous concluons de tout cela, qu'il y a deux sortes de livres rares : les uns qui le sont absolument par eux-mêmes, vu le peu d'exemplaires qu'il y en a eu d'imprimés; et les autres qui ne le sont qu'à certains égards.
La rareté des premiers est absolue; celle des derniers n'est que relative: c'est à ces deux chefs que se rapportent toutes les règles concernant la rareté des livres et des éditions.
H ne faut pas confondre les ouvrages mêmes avec les diverses éditions qu'on ea a faites. Un livre peut être très facile à trouver, dont il y ait des éditions très rares, ainsi iju'on le verra dans le cours de cet essai.
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