‹ Conquête de Constantinople (volume 2)Chapitre 179 sur 309 · SIÈGE DU CHIVETOT PAR LASCARIS · texte numérisé non relu

SIÈGE DU CHIVETOT PAR LASCARIS

était assiégée, et que l'empereur Henri par besoin mandait ses gens, et qu'il ne savait auquel courir, ou de çà ou de là (tant il était chargé de guerre), alors il manda plus instamment tout ce quMl put avoir de gens, et fit tendre ses tentes et ses pavillons devant les portes d'Equise; et on s'y battit maintes fois, et on y perdit et on y gagna. Et quand Théodore Lascaris vit qu'ils avaient peu de gens là dedans, il prit une grande partie de son armée, et de vaisseaux ce qu'il en put avoir par mer, et les envoya au château du Chivetot que Guillaume de Sains fermait; et ils l'assiégèrent par terre et par mer, le samedi (3i mars 1207) de la mi-carême.

464. Il y avait là dedans quarante chevaliers de bien bonnet gens, et Macaire de Sainte-Menehould en était chef; et leur château était encore peu fermé, en sorte que les autres pouvaient atteindre à eux avec les épées et les lances. Et ils les assaillirent par mer et par terre bien rudement ; et cet assaut dura le samedi toute la journée, et les nôtres se défendirent très-bien. Et le livre témoigne bien que jamais à plus grand désavantage quarante chevaliers ne se défendirent contre tant de gens. Et il y parut bien ; car il n'y en eut pas cinq qui ne fussent blessés de tous les chevaliers qui y étaient ; et il y en eut un de tué, qui était neveu de Milon le Brebant, qui avait nom Gilles.

CIX. L'empereur attaque la flotte de Théodore Lascaris , et délivre

le Chivetot.

465. Avant que cet assaut commençât le samedi matin, s'en vint un messager courant en Constantinople ; et il trouva l'empereur Henri au palais de Blaqueme, assis à table, et il lui dit : « Sire, sa- « chez que ceux du Chivetot sont assiégés par terre et par mer * et si € VOUS ne les secourez promptement, ils sont pris et morts, d

466. Avec l'empereur était Conon de Béthune, et Geoffroi le maréchal de Champagne, et Milon le Brebant, et peu de gens. Et ils tinrent

464. — I G» cor H mur estaient encore si basque H 1, avenoient ans autres ans glaives et aus espées, C omet à els après avenir. — * A seul donne à tant de gent. — > BCDE, qui tuit ou que tout. — * CDEF omettent de to\ les chevaliers, etc. — » G, AUles.

465; — • B, «I Costentinoble à Pempereeur Henri et le trova, — » A, iw secorre{.

38o CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.

trent conseil * ; et li conseils si fu -tels " que Pempereres s'en vient al rivage, et s'en entre en un galion ', et chascuns * en tel vaisel com il pot avoir. Et lors fait crier par tote la vile que il le sievent, à tel besoing cum por secorre ses homes; que il les a perduz se il ne les secort. Lors veissiez la cité de G>stantinoble mult esforaiier * des Venissiens et des Pisans % et d'autres genz qui de mer savoient '' ; et corent as vassiaus^ qui ainz ainz^ qui mielx mielx. Avec als entroient li chevalier à totes lor armes; et qui ançois pooit^ ançois se partoit del port por sivre Tempereor •.

467. Ensi alerent à force de rimes *, tote la vesi^^ée tant con jorz lor dura^ et tote la nuit trosque à l'endemain al jor . Et quant vint à une pièce après le soleil levant^ si ot tant esploitié Tempereres Henris que il vit le " Chivetot, et Tost qui ère entor et par mer et par terre. Et cil dedenz n^orent mie dormi la nuit; ainz se furent tote nuit hordé^ si malade et ' si navré com il estoient^ et con cil qui n'atendoient se la mort non ^.

468. Et quant l'empereres vit que il estoient si près que * il voloient assaillir, et il n^avoit encor de sa gent se pou non (avec lui ère Joffrois li mareschaus en un autre vaissel^ et Miles li Braibanz^ et Pisan * et autre chevalier; et tant que il avoient, entre granz et pedz^ de vaisials dix sept, et cil ' en avoient bien soixante), et virent que se ilatendorent lor genz et soffroient que cil assaillissent cels de Chivetot^ que il seroient mort ou pris; si ^ fu tels lor conseils que il s^iroient combatre à cels de la mer *.

469. Et voguèrent * celé part tuit d'un front, et furent tuit armé es vaissials, les hialmes laciez. Et quant cil les virent venir qui estoient tuit ' apareillié d'assaillir, si conurent bien que ce ère secors ; si se partirent del chastel et vinrent encontre als; et tote lor oz se loja * sor le rivage, de granz genz ^ que il avoient à pié et à cheval. Et quant il virent que l'emperere et la soe gens venroient totes voies sor als, si re-

466. — » A omet et pristrent conseil. — » A, /u eori. — » BG, galie; CDEF, chaUmt ou eka» lam, — * BD ajoute entre; F, enterroient. — » B, estormie; CDEF, estoumûr, — • CDE, Paisams; F ajoute de Fran\. — ? CDEF, ne savoient; G, lors entrèrent li Venissiie* et li Pisaut es nés, et tuit cil qui de mer savoient. — * B, servir Pempereeur en Equise.

467. — I AD, rimes; CR, tames; B, armes; F, avirons. — * B, etc. ajoutent chastel de.-^^K seul donne si malade et, — *F ajoute sHl fussent pris.

l'empereur secourt le chivetot. 281

conseil ; et le conseil fut tel que l'empereur s'en vient au rivage, et entre en un galion, et chacun dans le vaisseau qu'il peut avoir. Et alors il fait crier par toute la ville qu'on le suive en ce besoin où il est de secourir ses hommes ; car il les a perdus s'il ne les secourt. Alors vous eussiez vu la cité de Constantinople fourmiller de Vénitiens et de Pisans, et d'autres gens qui connaissaient la mer; et ils courent aux vaisseaux^ au plus vite^ à qui mieux mieux. Avec eux entraient les chevaliers avec leurs armes; et qui plus tôt pouvait, plus tôt partait du port pour suivre l'empereur.

467. Ils allèrent ainsi à force de rames^ toute la soirée tant que le jour dura^ et toute la nuit jusqu'au lendemain au jour. Et quand on fut un peu après le soleil levant, l'empereur Henri avait tant fait qu'il voyait le Chivetot, et l'armée qui était autour sur mer et sur terre. Et ceux de dedans n'avaient pas dormi la nuit ; mais ils s'étaient retranchés toute la huit, tout malades et tout blessés qu'ils étaient, et en gens qui n'attendaient que la mort.

468. Et quand l'empereur vit que les Grecs étaient si près qu'ils voulaient assaillir, et lui n'avait encore que peu de ses gens (avec lui était Geoffroi le maréchal en un autre vaisseau, et Milon le Brebant, et des Pisans et d'autres chevaliers; et si bien qu'ils avaient de vaisseaux grands et petits dix-sept, et les autres en avaient bien soixante) ; alors ils virent que s'ils attendaient leurs gens et souffraient que les Grecs assaillissent ceux du Chivetot, qu'ils seraient morts ou pris; et leur conseil fut tel qu'ils iraient combattre ceux qui étaient sur mer.

469. Et ils voguèrent de ce côté tous de front, et ils étaient tout armés sur les vaisseaux, les heaumes lacés. Et quand les Grecs qui étaient tout prêts à assaillir les virent venir, ils reconnurent bien que c'était un secours; et ils quittèrent le château, et vinrent à leur rencontre; et toute leur armée de nombreuses gens qu'ils avaient à pied et à cheval se rangea sur le rivage. Et quand ils virent que l'em-

468. — 1 F, ef que, — > F omet Pisan ; CE, Faisant; D, Paissant, — > C, eMor anemis ; F, XIIl ¥€ssiax entre gra»{ et peti\ , et leur aversaire. — < B ê.]outt prirent conseil et, — » CDE , à ans; BF omettent à cels de la mer,

469. — > CDE, t^en alerent; F, alerent; B, negent, — * CDEF, J^ au lieu de tuit, qui est omis dans A. — < B, etc.» à toute Vost et se rengierent, — < CDE, à toutes lor grans gens; F, seur le ri-' vage encontr'ex,

culerent sor • lor gent qui estoient sor le rivaje •, si que cil lor pooient aidier de traire et ^ de lancier.

470. Ensi les tint Tempereres assis à ses dix sept vaissiaus, tant que li criz vint qui ère meuz de Costantinoble * ; et ainçois que la nuiz venist, en i ot tant venuz que il orent la force en la mer partot ' ; et jurent' tote nuit anné^ et aancrez lor vaissiaus. Et fu lor consels telx que si tost corn il verroient le jor, que il s'iroient combatre à els el rivage * por tollir lor vaissials. Et quant vint endroit la mie-nuit, si traistrent li Grieu toz lor vaissialx à terre , si bottèrent le feu dedenz et les artrent • toz, et se deslogierent, et s'en alerent fuiant.

47 1 . L'empereres Henri et sa gens furent mult lié et joiant * de la victoire que Diex lor ot donée, et de ce que il orent secouru lor gent. Et quant vint al matin, Tempereres et tuit li autre ' s'en vont al chastel del Chivetot; et troverent lor genz mult malades et*mult navrées les plusors. Et le chastel esgarda Tempereres et sa genz, et virent que il ère si febles que il ne faisoit à tenir '. Si recuillirent totes lor genz " es vassials, et guerpirent le chastel et laissierent '. Ensi repaira li empereres Henris en. Constantinople •.

ex.

472. Johannis li rois de Blaquie ne repousa mie *, qui avoit* Andrenople assise; ainz giterent ses perieres, dont il avoit assez, et par jor et par nuit ', as murs et aus tors, et empirierent mult les murs et les tors. Et mist ses trencheors as murs, et firent maintes foiz assaillies. Et mult se contindrent bien cil qui dedenz estoient, li Grieu et li Latin; et mandèrent mult sovent Tempereor Henri que il les secorust, et seust que se il nés secoroit, que il estoient pardu sanz nule

469. — » A, 51 resor; F, reuserent arrière, — • F a|outt encontre eus et à pié et à cheval si corne nos avons dit, — ^B,nese pooient aidier de trere ne,

470. — » C, /i cri\ lieve de cens ki le sievoient et venoient de Constantinoble ; F, à ses XII vessiaus et quant li cri^ leva quHl estoient de Costentinoble venu\ ; DE, ^1 estoient venu, — > CD, rt partout, — » A, et furent; B, et vint la nuit, en omenant armé et aancre\ lor vaissiaus, — * B, etc. omettent el rivage. — * Cf>E, arsent; F, arJirent ;B omet et les artrent tO{.

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