VI. On marche contre Tennemi
528. Et pendant qu'ils parlaient ainsi^ le maréchal de notre armée regarda par-dessous un village, et aperçut les gens de Burile qui venaient hurlant et aboyant^ et faisant un si grand tumulte qu'ils pensaient bien tenir tête à nos fourrageurs. Geoffroi^ qui était maréchal de notre armée^ manda à l'empereur qu'il aurait la bataille contre Burile le traître^ qui se faisait empereur contre Dieu et contre raison^ et qu'il chevauchât. Et quand l'empereur ouït cette nouvelle^ elle lui plut bien fort; car il était bien désireux d'avoir la bataille.
529. a Beau Sire Dieu^ dit-il, permettez qu'aujourd'hui nous nous tt puissions venger des Blaques et des G>mains, si tel est votre plaisir. » Alors il appela Pierre de Douai, et lui dit qu'il se confiait bien en lui, et que pour Dieu il ne s'éloignât pas, mais qu'il fût toujours près de lui en cette besogne pour garder son corps. « Car j'^, dit-il, bien «c grande joie de ce que je vois qu'ils attendent; car s'ils eussent fait <c semblant de fuir, et que Burile eût voulu brûler le pays derrière lui, <€ sachez bien que je n'eusse eu nuHe confiance en notre retour; mais (c chacun de nous eût été perdu par vraie famine et par manque de ce vivres. »
biH. — I C, par devers un costal, — > C, molt grant tempeste^ car,
529. — » F omet biaus sire, etc.; D omet s'il vous vient à plaisir. — * C, s^eslongast» — * C, retour*
322 HISTOIRE DE l'eMPEREUR HENRI.
530. Adontapîela Gossiel le Moigne, Nicholon de Byarch, Gadoul et Aalart *, et ne sai quans des autres, et lor dist : « Segneur, gardés- « vous bien ke nus de vous * ne se desrenge devant che ke jou le « commanderai. Vous véés bien ' ke che n'est mie geus d'enfant ne « solas * ; anchois est si • crueus bataille et si morteus, ke se li uns de « nous tenoit l'autre, je ne quit mie ke il le rendist por cent mil be- « sans •, ke il ne l'ochesist. — Sire, dist Pieres de Douay, k'alés-vous « chi plaidant ? Aies avant hardiement ; et bien sachiés ke se mors ne a m'en ^ destome, vous ne serés hui devant moi le montant de quatre « pies •. »
53 1 . Et quant li empereres oï chou, si se teut et ne dist plus à celé fois ; ains chevauça viers le gent Burille, dont il ot molt désiré le bataille. A ' celui matin, pour le douchour dou tans, cbil oiselon cantoient clerement *, cascuns selonc se manière, et envoi^iement *. Dont Henris de Valenchienes dist bien * et aferme ke onkes mais, à nul jor de se vie, n'avoit veu plus biel jour de celui.
532. K'i vaut alongemens? Les escieles s'entre-aprocierent par grant orguel et par grant ire. Or en soit en lor aïde * li Sires por cui li nostre se metent en abandon. A tant es vous Burille venant o trentetrois mile homes dont il avoit ordenées trente-sis batailles. Etportoient uns glaives vers à uns Ions fiers de Bohaigne*, et vetioient par grant orguel , comme chil ki point ne prisoient nostre empereour ne son pooir, ains cuidoient prendre as mains l'empereour et tous chiaus ki o lui estoient.
533. Et li empereres fist chevaucier se gent, et lor dist keor se contenist cascuns comepreudom;car il véoient bien ke li besoins en estoit venus. Adont commanda ke "on tenist Baiart près de lui. Après che lâcha son hyaume, et fist porter devant lui l'ensegne emperial. Et lors s'aprocierent les batailles; et Pieres de Braiescuel et Nicholes de
53o. — « F, Gosse le Moine et Nicole de Biac^ Gador et Alart,—* Comtt de vous, — » F ajoute espertement, — * C^ne de solaes, — » C, est avis de si, — • C ajoute d'or. — ' D, ne l'en. — • C, ne serés ui quatre pies devant»
l'empereur exhorte ses gens. 323
?3o. Alors il appela Gosseau le Moine^ Nicolas de Béait, Gadoul et Alard^ et je ne sais combien des autres, et leur dit : <c Seigneurs^ « gardez-vous bien que nul de vous n^attaque avant que je le comcc mande. Vous voyez bien que ce n'est pas jeu d'enfants ni divertisse- <c ment; mais c'est une si cruelle bataille et si mortelle, que si l'un de tt nous tenait l'autre^ je ne pense pasqu'il le rendît pour centmille besans^ « plutôt que de Toccire. — Sire, dit Pierre de Douai, que venez- vous « plaider? Allez de l'avant hardiment; et sachez bien que si la mort a ne m'en empêche, vous ne serez pas aujourd'hui en avance sur moi « de la valeur de quatre pieds. »
53 1 . Et quand l'empereur l'ouït, il se tut et n'en dit pas davantage cette fois; mais il chevaucha vers les gens de Burile, avec qui il avait bien désiré la bataille. Ce matin-là, pour la douceur du temps, les oiseaux chantaient clairement, chacun à sa manière, et joyeusement. C'est pourquoi Henri de Valenciennes dit bien et affirme que-jamais, à aucun jour de sa vie, il n'avait vu plus beau jour que celui-là.