‹ Conquête de Constantinople (volume 2)Chapitre 239 sur 309 · XXXI. Le château de Larse se rend · texte numérisé non relu

XXXI. Le château de Larse se rend

65g. L^empereur s'arma et passa le pont^ qui était fait de planches longues et étroites ; et Teau était si profonde dessous et courant si raidement^ que nul n'était sur le pont qui ne fût tout ébahi de regarder dans Peau. Et quand l'empereur fut outre, il monta sur un sien cheval gris. Après il fit lacer son heaume^ et puis prit son écu^ tel que le comte de Flandre a coutume de le porter. Et quand les Lombards Taperçoivent, ils le menacent entre eux durement; et disent qu'il aura bien besoin que Técu qu'il porte soit fort, car il ne les trouvera pas de vrais amis.

660. Alors l'empereur est passé, et il est venu devant la porte. Il a ainsi assiégé les Lombards, qui n'en sont pas joyeux ; au contraire le plus hardi voudrait bien être ailleurs que là. Alors vint à l'empereur Robert de Mancicourt, lui et Guillaume de Larse, et ils le prièrent pour Dieu qu'il laissât en aller les Lombards, leurs vies sauves, et leurs amis et leurs biens ; car ils savent bien qu'ils ne sont pas en force contre lui. Et tous les prud'hommes de l'armée le prient aussi que, pour Dieu et par pitié, il les laisse en aller librement.

661 . Ils étaient bien là-dedans sept cents qui étaient assez fous (et ennuyeux^ s'ils en eussent eu le pouvoir]. Là-dedans demeurait aussi le frère du marquis, qui était allé vers le rivage, lui et le connétable et Aubertin, pour savoir s'ils s'en pourraient fuir par eau, s'il en était besoin. Que vous dirais- je ? A la prière des prud'hommes qui étaient là et des barons, l'empereur laissa en aller les Lombards tout librement ; et ils s'en allèrent vers la Flagre tant qu'ils purent, comme gens qui n'avaient pas envie de faire là un long séjour.

662. Il advint aux Lombards ainsi que vousavezouï. Et quand nos gens approchèrent du pont au matin, Robert de Mancicourt s'enfuit à PJatemont. Et pour qui eût voulu juger selon ses œuvres, il eût mérite, alors et autrefois, qu'on le pendît plus haut que nul autre larron.

661. 1 D, j/ evussent, — * Renief de Trava^, frère de Boniface. — ' C, conestable Aubertin, - « C itf Flagre; F, la Flarge.

402 HISTOIRE DE l' EMPEREUR HENRI.

quant il n'ose* mie venîr à son segneur^ ains se repont*. Ke vaut chou ? Robiers ne vaut mie tant ke je plus vous conte * de lui.

663. Li empereres s'en vait à TAmiro, entre lui et se gent ; et Griu li vont encontre, comme chil ki miervelleusement desiroient ke il venist * ; et aportent les ancones, et si li font polucrone. Ensi se tienent nostre gent dedens le ville sans chou ke * à nuUui ne mesfont riens, tant ke li Grifon dient ke molt ont boin restor de segneur; et ne plache Diu ke Lombart aient jamais signorie* sour aus; car or primes se gariront-il à grant hounor, si comme il dient, mais ke Dex lor gart l'empereour *.

664. Ensi se tinrent coi * une grant pieche, tant ke il avint ke * les galies Ravan * de Nigrepont s'assamblerent entour une grant nef lequele il enmenassent volentiers s'il pevussent. Li empereres oï le noise, et demanda ke chou estoit ki tel noise faisoit là fors. Et on li a conté ke c'estoient robeour de vassiaus ki assailloient une grant nef*. Quant li empereres ot ceste nouviele, il saut sus et haste • molt durement se gent de lever; et dist ke il n'enmenront mie le nef, se Diu plaist.

665. Dont s'arment li chevalier, et entrent es barges dontilavoit assés sor le rive. Et si avoit Capielés ki à nostre gent aidierent molt durement. Il alerent secourre le grant nef, ki bien eust esté traite*, se li Capielet ne fussent, et se nostre François n'evussent mis consel au secourre '. Et nonpourquant li grans nés se deflFendoit molt efforchiement '; mais chil desyassiauslor jetoient vive chauc * es ielx *. Ke vaut chou? Il ont guerpie le grant nef'; mais il enmenerent une petite nachiele ù il n'avoit riens.

666. Et ensi comme il estoient illuec, à tant es vous * Henri de Blois ki venoit de viers Salenyke; et estoit venus par aighe. Et quant

662. — * C, ntf il rCosa. — ' C, anchois s'enfuit et repunst. — * C, doie conter,

663. — » D, désirent, etc.; CE, desiroient sa venue; F, estoient desirrans de sa venue, — > DE, sauf chou que. — * C ajoute ne pooir, — * C, tant seulement lor signour Pempereour,

664. — » C, se tinrent nostre gent laiens, — » D omet il avint que. — » CDE, RoUant, — * C ajoute elport. — * C, sus en grant haste et coite.

SÉJOUR DE l'empereur A l'aMIRO. 4o3

lui qui n'ose pas venir à son seigneur, mais se cache. A quoi bon ce discours ? Robert ne vaut pas tant que je vous en conte plus de lui.

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