DISCORDE DES CROISÉS
« refusera. » Et ils disent qu'ils en parleront ; et une assemblée fut fixée au lendemain; et quand ils furent ensemble, cette convention
leur fut exposée.
XX. Discorde des croisés. De ceux qui acceptent les propositions
du jeune Alexis.
95. Là il fut parlé en plus d'un sens. L'abbé de Vaux de l'ordre de Cîteaux parla, et ce parti qui voulait disperser l'armée; et ils dirent qu'ils n'y consentiraient pas; que c'était marcher contre des chrétiens, et qu'ils n'étaient point partis pour cela , mais qu'ils voulaient aller en Syrie.
96. Et l'autre parti leur répondit: « Beaux seigneurs, en Syrie « vous ne pouvez rien faire; et vous le verrez bien à ceux-mêmes a qui nous ont laissés, et sont allés à d'autres ports. Et sachez que « c'est par la terre de Babylone ou par la Grèce que sera recouvrée « la Terre d'outre-mer, si jamais elle est recouvrée. Et si nous réfute sons cette convention, nous sommes honnis pour toujours. »
97. L'armée était en discorde ainsi que vous entendez. Et ne vous émerveillez pas si les hommes lais étaient en discorde ; car les moines blancs de l'ordre de Cîteaux étaient aussi en discorde dans l'armée. L'abbé de Loos, qui était bien saint homme et prud'homme, et d'autres abbés qui se tenaient à lui , prêchaient les gens et leur criaient merci, disant que pour Dieu ils tinssent l'armée ensemble, et qu'ils fissent cette convention ; « car c'est la chose par quoi on peut le mieux « recouvrer la Terre d'outre-mer. » Et l'abbé de Vaux à son tour, et ceux qui se tenaient à lui , prêchaient bien souvent, et disaient que tout cela était mauvais; que plutôt ils allassent en la terre de Syrie, et fissent ce qu'ils pourraient.
98. Alors vint le marquis Boniface de Montferrat, et Baudouin le comte de Flandre et de Hainaut, et le comte Louis, et le comte Hu-
97. — * A omttcon vous o^. — * A^ /l laiegen^ ; B, la laie getUi CDE , se laiegent\ F^dela laie gent, ^ * CDE, quant H blanc moine i estoient. '^ « CDE omettent qui^ etc. -r » seussent; CDE, prechoient pour Dieu que li os se tenist ensanle, et f^il feissent (ou tenissent). — « CDE , prechoient* — ^ B omet mais alassent, etc.
q8. — 1 CDE omettent et de Hennautt et ajoutent de Blois et de Chartaing après Loeys,
de Saint-Pol, et cil qui à elx ' se tenoient; et distrent que il feroient ceste convenance ; que il seroient boni se il la refusoient. Ensi s'en alerent à Tostel le duc, et furent mandé li mes •; et asseuretent la convenance, si con vos l'avez oï arrière, par * sairemenz et par Chartres pendanz.
99. Et tant vos retrait li livres que il ne furent que doze qui les sairemenz jurèrent de la partie des François; ne plus n'en pooient avoir. De cels si fu li uns * li marchis de Monferrat, li cuens Baudoins de Flandres, li cuens Loeys de Blois et de Chartein, et li cuens de Saint- Pol, et huit altre qui à elx se tenoient. Ensi fu la convenance faite et les Chartres baillies •, et mis li termes quant li valiez de Costantinoble * vendroit *, et ce fu à la quinzaine de Pasques après.
100. Ensi * sejoma l'oz des François à Jadres tôt cel )rver, contre le roi de Hongrie '. Et sachiez que li cuer des genz ne furent mie en pais; que l'une des parties se travailla ' à ce que li oz se departist, et li autre * à ce qu'ele se tenist ensembre.
10 1 . Maint s'en emblerent des menues genz es nés des mercheanz. En une nef * s'en emblerent bien cinq cenz ; si noierent tuit et furent perdu. Une altre compaignie s'en embla par terre, et si s'en cuida aler par Esclavonie; et li païsant de la terre les assaillirent et en ocistrent assez ; et li altre ' s'en reparlèrent fuiant arrierç en l'ost. Ensi s'en aloit li oz forment ' en amenuissant chascun jor. En cel termine, se travailla tant uns halz hom de l'ost qui ère d'Alemaigne, qui avoit non* Garniers de Borlande, que il s'en ala en une nef de marcheanz, et guerpi l'ost; dont il reçut grant blasme.
102. Après ne tarda gaires que uns hauz ber de France qui ot 4