XLII. Débat des croisés; mort de Mathieu de Montmorency
197.. Alors H y eut une bien grande discorde à l'armée, ainsi qu'il y avait eu maintes fois de par ceux qui auraient voulu que Tarmée se séparât; car il leur semblait qu'elle durait trop. Et ce pani qui avait soulevé la discorde à G>rfou, rappela aux autres leurs serments, et dit : <c Baillez-nous les vaisseaux , ainsi que vous nous l'avez juré; « car nous voulons aller en Syrie. »
198. Et les autres leur criaient merci, et disaient : « Seigneurs, <( pour Dieu, ne ruinons pas le grand honneur que Dieu nous a fait. <c Si nous allons en Syrie, on sera à l'entrée de l'hiver quand nous y « arriverons , et nous ne pourrons guerroyer ; ainsi la besogne de « Notre-Seigneur sera perdue. Mais si nous attendons jusqu'en mars, « nous laisserons cet empereur en bon état, et nous nous en irons ria ches d'argent et de vivres ; et puis nous nous en irons en Syrie, et <£ nous ferons des courses en la terre de Babylone. Et notre flotte nous <c restera jusqu'à la Saint-Michel et de la Saint-Michel jusqu'à la Pân que, parce qu'ils ne pourront nous quitter à cause de l'hiver. Et « ainsi la Tene d'outre-mer pourra être conquise. »
199. Ceux qui voulaient séparer Tarmée ne se souciaient ni de mieux ni de pis, pourvu que Tarmée se séparât. Et ceux qui voulaient maintenir Tarmée ensemble travaillèrent tant, à l'aide de Dieu, que
igg. — I A, Panor, - « CE, â rentrer de Vyver; ¥ yvers si enterra, — • BF, la besoigne Dame Dieu; C, no besoingne ; DE^ la besoigne, —* A.en arons, — » A seul donne en Surie ; BCE, et irons et corrons, etc.; DF omettent et irons, — • B, recovrée ; CDEF, restorée,
iç^. 1 B» etc. del (ou don) meilleur (ou milleur, mellour) ne del (ou dou)pieur (ou piour).
Il6 CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.
en tel manière que 11 Venisien rejurerent * un an^ de la feste saint Michiel, à retenir Testoire, et Tenpereres Alexis lor dona tant que fait fu ; et li pèlerin lor rejurerent la compaignie à tenir *, si con il avoient fait autrefoiz^ à cel termine meismes. Et ensi fu la concorde et la pais mise en Tost *.
200. Lors lor avint une mult granz mésaventure en Tost*; que Mahius de Monmorenci, qui ère uns des meillors chevaliers* del roiaume de France^ et des plus prisiez et des plus amez^ acoucha de maladie^ et agrava tant sa maladie que * fu morz. Et ce fu granz diels et granz domages^ uns des greignors qui avenist en Tost d^un sol home. Et fu enterrez à une ^ yglise de monseignor Saint Johan de THospital de Jérusalem.
201 . Après, par le conseil des Grius et des François *, issi Tempereres Alexis, à mult grant compaignie *, de Costantinople por l'empire aquiter ' et mètre à sa volenté. Avec lui en ala granz partie des barons, et l'autre remest por Tost garder. Li marchis Bonifaces de Monferat ala avec lui, et li cuens Hues de Saint Pol, et Henris li frères le conte Baudoin de Flandres et de Hennaut, et Jaques d'Avesnes, Guillaumes de Chanlite, et Hues de Colemi, et altres genz assez * dont li livres ore se taist. En Tost remaint li cuens Baudoins de Flandres et de Hennaut, et li cuens Loeys de Blois et de Chartein, et la graindre partie des pèlerins.
202. Et sachiez que en celé ostoù Tempereres ala, que tuit li Grieu de Tune part et de Taltre del Braz vindrent à lui, et à son comandemant et à sa volenté, et li firent fealté et homage con à lor seignor, fors solement Johanis qui ère rois de Blaquie et de Bougrie. Et cil Johanis * si ère uns Blas* qui ère révélez contre son père et contre son
,çg, — 1 BCDE^ jureroient {oujueroient, rejuerroient) ; F^juroient, — ' A, retenir, — ♦ B ajoute
(Tambes deus par\,
200. — I AF seuls donnent en Vost. — > CDEF ajoutent de FosteU — * A omet acouchs, etc.; CD, et fu tant agrevés de maladie. — < CDE, une haute.
ALEXIS PARCOURT l' EMPIRE. I17
raffaîre fiit mise à fin en telle manière que les Vénitiens refirent serment pour un an, à compter de la Saint-Michel, de conserver la flotte, et Tempereur Alexis leur donna tant que cela fiit fait; et les pèlerins à leur tour jurèrent de maintenir leur société, ainsi quMls avaient fait autrefois, jusqu'à ce terme même. Et ainsi mit-on la concorde et la paix dans l'armée.
200. Il leur advint alors dans l'armée une bien grande mésaventure; car Mathieu de Montmorency, qui était un des meilleurs chevaliers du royaume de France, et des plus prisés et des plus aimés, tomba malade, et sa maladie s'aggrava tant qu'il mourut. Et ce fut un grand deuil et un grand dommage, un des plus grands qui fût advenu en l'armée pour la perte d'un homme. Et il fiit enterré en mie ^lise de monseigneur Saint-Jean de l'Hôpital de Jérusalem.