INCENDIE A CONSTANTINOPLE. II
contre son oncle; et il avait guerroyé contre eux vingt ans^ et avait tant conquis de terre sur eux quUl s^était fait un puissant roi. Et sachez que de ce côté du Bras de Saint-Georges devers l'occident, peu s'en fallait qu'il n'en eût pris près de la moitié. Celui-là ne vint pas à la volonté ni à la merci de l'empereur.
XLIV. Mêlée des Grecs et des Latins à Constantinople ; incendie de la ville.
203. Pendant que l'empereur Alexis était en cette expédition, il advint une bien grande mésaventure en G>nstantinople'; car une mêlée commença entre des Grecs et les Latins qui étaient habitants de G>nstantinople; et il y en avait beaucoup. Et je ne sais quelles gens, par méchanceté, mirent le feu en la ville ; et ce feu fut si grand et si horrible que nul homme ne le put éteindre ni apaiser. Et quand ils virent cela, les barons de l'armée qui étaient logés de l'autre côté du port , en furent bien tristes et eurent grand pitié, de voir Ces belles églises et ces riches palais s'effondrer et s'abîmer, et ces grandes rues marchandes brûler à feu ardent ; et ils n'y pouvaient rien de plus.
204. Le feu gagna ainsi sur le port en travers, jusque parmi le plus épais de la ville et jusqu'à la mer d'autre part, tout près de l'église Sainte-Sophie. Et il dura deux jours et deux nuits, sans jamais pouvoir être éteint de main d'homme; et le front du feu, quand il allait brûlant, tenait bien l'espace d'une demi-lieue. Du dommage, ni de l'avoir, ni de la richesse qui là fût perdue et consumée, nul ne vous pourrait faire le compte, non plus que des hommes et des femmes et des enfants, dont il y eut beaucoup de brûlés.
205. Tous les Latins qui étaient logés dans Constantinople, de quelque pays qu'ils fussent, n'y osèrent plus demeurer; mais ils prirent leurs femmes et leurs enfants, et de leur avoir ce qu'ils purent tirer du feu et réchapper ; et ils entrèrent dans des barques et des vaisseaux, et passèrent le port devers les pèlerins. Et ils n'étaient pas peu, car ils étaient bien quinze mille, tant petits que grands; et depuis il
— * A^ bien de une. — & CDE omettent ne de PaifOiré — * CDE ajoutent et arse. — * A, er des fan^^ au lieu de et des enfcmi. Ces trois mots sont omis dans les autres manuscrits. ao5. — • A omet lor avoirs, — > CDE, si poi que il ne fussent* — » A, orent iL
lerins que il fussent oltre passé. Ensi furent desacoîntié 11 Franc et 11 Grec; que il ne furent mie si comunel con il avoient esté devant * : si ne s'en sorent à cui prendre •; qu'il lor pesa* d'une part et d'autre.
2o6. En cel termine^ lor aVint une chose dont li baron et * dl de Tost furent mult irié; que li abbes de Los, qui ère sainz homet prodom, fu morz, et qui avoit volu * le bien de l'ost ; et ère moines de l'ordre de Cistials.
207. Ensi demora l'enpereres Alexis mult longuemoit * en l'ost où il fu issuz, trosque à la saint Martin ; et lors revint en Constantinoble ariere. Mult fu granz joie de lor venue; que li Grieu et les dames de Costantinoble alerent * encontre lor amis à granz chevauchies ; et li pèlerin râlèrent encontre les lor, dont il orent mult grant joie. Ensi s'en rentra Tempereresen Constantinoble el palais de Blaqueme; et li marchis de Monferat et li altre baron s'en reparlèrent en l'ost '.
208. L'empereres, qui mult ot bien fait son afaire et mult cuida estre au desseure *, s'enorgueilli vers les barons et vers cels qui tant de bien li avoient fait; ne ne les ala mie veoir en l'ost si * com il soloit faire. Et il envéoient à lui, et prioient que il lor feist paiement de lor avoir, si con il lor avoit couvent. Et il les mena de respit en respit, et lor faisoit d'ores en altres petiz paiemenz et povres ; et en la fin devint noienz li paiemenz.
209. Li marchis Bonifaces de Monferrat, qui plus l'avoit des autres servi et mielz ère de lui, i ala mult sovent; et li blasmoit le tort que il avoit vers els, et reprovoit le grant servise que il li avoient fait; que onques si granz ne fu faiz à nul home. Et il les menoit par respit, ne
205. — * CDEF ajoutent si se sont descompaingnkU — » A, plaindre, — • F, quar il leur en pesa durement,
206. — I A seul donne li baron el. — ^B, ayoit moult orné; GDE, de bon cœur ayoit vomhu 307. — I B, longuement; AF, mult longuement; cet mots manquent dans CDE. Les minus-