THEODORE LASCARIS PRETEND A L EMPIRE
et la garnirent, et refirent les murs ; et recommencèrent à guerroyer de ce côté en face d'eux.
3i3. La terre de l'autre côté du Bras avait pris pour seigneur un Grec qu'on appelait Théodore Lascaris. Et il avait pour femme la fille de l'empereur Alexis, dont il réclamait la terre (celui que les Francs avaient chassé de Constantinople, et qui avait crevé les yeux à son frère). Celui-là soutenait la guerre contre les Français outre le Bras, partout où ils étaient.
314. En Constantinople était resté l'empereur Baudouin, et le comte Louis, avec peu de gens; et le comte Hugues de Saint-Paul, qui était malade d'une grande maladie de goutte qui le tenait aux genoux et aux pieds; et le doge de Venise, qui n'y voyait goutte.
LXX. Renfort venu de Syrie; mort de Marie, femme de Baudouin.
3 1 5. En ce temps après, vint un grand passage de ceux de la terre de Syrie, et de ceux qui avaient laissé l'armée et étaient allés passer à d'autres ports. A ce passage vint Etienne du Perche et Renaud de Montmirail, qui étaient cousins du comte Louis, qui les honora beaucoup et fut bien joyeux de leur venue. Et l'empereur Baudouin et les autres gens les virent bien volontiers; car ils étaient très hauts hommes et très riches, et amenaient grande quantité de bonnes gens.
3 16. De la terre de Syrie vint Hugues de Tabarie, et Raoul son frère, et Thierri deTenremonde, et grande quantité des gens du pays, chevaliers, Turcoples et sergents. Et puis alors l'empereur Baudouin donna à Etienne du Perche le duché de Philadelphie.
317. Entre autres nouvelles il en vint une à l'empereur Baudouin , dont il fut bien affligé; car la comtesse Marie sa femme, qu'il avait laissée en Flandre enceinte, parce qu'elle ne pouvait partir avec lui
3i5. — 1 A, à col. — 2 B, etc., passages de la terre de Surie (ou passages de Suris) de ceids du pais (ou de cels de France) ; F, de cens del pais et de cens.
3 16. — 1 CD, de Surie ou de la terre de Surie avoec aus. Dans ces manuscrits, ce qui précède avoec aus semble rattaché à la phrase précédente.
317. — 1 B, etc., kiert remese. — 2 c ajoute pour ce que elle esloit grosse d'enfant; DE, et elle estoit grosse.
l88 CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.
adonc ère cuens)3, la dame si ajut d'une file; et après, quant ele fu relevée , si s'esmut et ala oltre-mer après son seignor, et passa al port de Marseille. Et quant ele vint à Acre, si n'i ot gaires esté que la novele li vint de Costantinoble (que li message son signour li contèrent4) que Costantinoble ère conquise, et ses sires ère empereres*, dont grans joie fu à la crestienté5.
3 1 S. Après celé novele, ot la dame en proposement devenir à lui. Si li prist une maladie, si fina1 et morut'2; dont granz duels fu à tote la crestienté, car ele ère mult bone dame et mult honorée. Et cil qui vindrentà cel passage en aporterent les noveles; dont granz diels fu à Tempereor Baudouin et à toz les barons de la terre, car il la désiraient mult avoir3 à dame.
3 1 q. En cel termine, cil qui estoient aie à la cité de l'Espigal, dont Pierres de Braiecuel et Païens d'Orliens erent1 chevetaine, fermèrent un chastel que on apela Palorme-, si le garnirent de lor gent, et puis chevauchierent oltre por conquerre la terre. Toldres li Ascres se fu porchaciez de tote la gent que il pot avoir : le jor de la feste monseignor saint Nicholas, qui est devant la Nativité, si s'entrecontrerent es plains d'un chastel que on apelle Pumenienor. Et si en fu bataile- à mult grant meschief à la nostre gent-, que cil avoient tant de gent3 que n'ere se merveile non, et li nostre n'avoient mie plus de sept vins chevaliers, sans les serjanz à cheval.
320. Et Nostre Sire done les aventures ensi corne lui plaist. Par la soe grâce et par la soe volonté li Franc vanquirent les Grejois et les desconfirent, et cil i reçurent grant domage. Dedenz la semaine lor rendi-on1 de la terre grant part : on lor rendi le Pumenienor qui ère
317. — 3 CF omettent qui adonc ère cuens. — 4 A omet de Constant inoble, etc.; D, de Constant inople que elle estait prise. — s CDE omettent dont, etc.. jusqu'à venir à lui. mots qui terminent la première phrase du paragraphe suivant; BF omettent seulement cette première phrase du paragraphe suivant.
3i8. — ' CDE, et quant ele oï cou, si li prist une maladie de joie dont elle fina; F, dont ele morut,
MORT DE L IMPÉRATRICE MARIE. [8g
i^qui alors était comte), était accouchée d'une tille-, et après, quand elle fut relevée, elle partit et alla outre-mer pour rejoindre son seigneur, et passa au port de Marseille. Et quand elle vint en Acre, elle n'y avait guère été que la nouvelle lui vint de Constantinople (que les messagers de son seigneur lui contèrent), que Constantinople était conquise, et son seigneur empereur; dont grande joie fut à la chrétienté.
3 1 8. Après cette nouvelle, la dame eut le projet de venir à lui. Et il lui prit une maladie, et elle finit et mourut-, et ce fut un grand deuil pour toute la chrétienté, car elle était bien bonne dame et bien honorée. Et ceux qui vinrent à ce passage en apportèrent la nouvelle ; et ce fut un grand deuil à l'empereur Baudouin et à tous les barons de la terre, car ils la désiraient beaucoup avoir pour dame.