‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 14 sur 326 · I. Foulque de Neuilli prêche la croisade · texte numérisé non relu

I. Foulque de Neuilli prêche la croisade

achez que mil cent quatre-vingt-dix-sept ans après l'incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, au temps d'Innocent pape de Rome, et de Philippe roi de France, et de Richard roi d'Angleterre, il y eut un saint homme en France qui avait nom Foulque de Neuilli (ce Neuilli est entre Lagni-sur-Marne et Paris) ; et il était prêtre, et tenait la paroisse du village. Et ce Foulque que je vous dis commença à parler de Dieu par l'Ile-de-France et par les autres pays d'alentour; et sachez que Notre-Seigneur fit maint miracle pour lui.

2. Sachez que la renommée de ce saint homme alla tant qu'elle vint au pape de Rome, Innocent; et le pape envoya en France, et manda au prud'homme qu'il prêchât la croix par son autorité. Et après il y envoya un sien cardinal, maître Pierre de Capoue, qui était croisé;

Capes ' , croisié; et manda par lui le pardon tel con je vos dirai : Tuit cil qui se croisseroient et feroient le servise Deu un an en l'ost, seraient quite de toz les péchiez que il avoient ■"' faiz , dont il seraient confès. Por ce que cil pardons fut issi granz , si s'en esmurent mult li cuer des genz -, et mult s'en croisierent por ce que li pardons ère si granz.

3. En l'autre an après que cil preudon ' Folques parla ainsi de Deu, ot un tornoi en Champaigne-, à un chastel qui ot nom Aicris3; et par la grâce de Deu si avint que Tibauz, quens de Champaigne et de Brie, prist la croiz '', et li quens Loeys de Bloiset de Chartein; et ce fu à l'entrée des Avenz. Or sachiez que cil quens Tibauz ère jones hom, et n'avoit pas plus de vint-deus ans; ne li quens Loeys n'avoit pas plus de vint-sept ans. Cil dui conte erent nevou le roi de France et si cousin germain, et nevou le roi d'Engleterre de l'autre part ■"'.

4. Avec ces deus contes se croisserent dui mult hait baron de France, Symons deMonfort et Renauz de Monmirail. Mult fu granz la renomée par les terres, quant cil dui hait home ' s'encroisserent.

5. En la terre le conte Tibaut de Champaigne se croisa Garniers li evesques de Traies, li quens Gautiers ' de Briene, Jofrois de Joenvile - qui ère seneschaus de la terre, Roberz ses frères , Gautiers de Gaignoru '', Gautiers de Monbeliart '', Eustaices de Conflans "' , Guis

1. — (Notes de la page précédente.) 1 Avant sachiej, CCDE ajoutentfetgneur.— - A. M. et C. et quatre rm; ; les autres manuscrits ajoutent et AT//. Il s'agit de l'année 1 107 ivieux stylei. continuée jusqu'à Pâques, qui tomba le 20 mars; le pontificat d'Innocent III avait commencé le S janvier 1198 mouveau stylei. — 3 A. et. — * CI>E. Nueilli; BF. Laigni ; A. si est entre Ligni.— :i A omet sachiez que. — >'• C. maint biel miracle; F. maint espert miracle; DEmaintes h icles miracles.

2. — (Notes 1. 1. 3. de la page précédente. 1 > C. li renonmée. — - C l'apostole manda; DE, manda en France, en supprimant, comme C. envoia et. — ;l A. penchast : C. prechaest ,- F. sarmonast.. — '' Al'., ('happes. — '■> BEF auraient.

3. — ! C omet preudon. — - A. en la Campaigne ; ce ms. supprime quelquefois Vit de Champagne. — :1 G. entre Ecri et Baleham. I.e village de Balham . dont Yille-Hardouin ne parle pas. est au nord d'Ecry ou Asfeld-la-Ville , sur la rive droite de l'Aisne. — I C. le crois. On trouve

DK CEUX QUI SE CROISERENT.

et manda par lui l'indulgence telle que je vous dirai : Tous ceux qui se croiseraient et feraient le service de Dieu un an dans l'armée, seraient quittes de tous les péchés qu'ils avaient faits, dont ils seraient confessés. Parce que cette indulgence fut si grande, les cœurs des gens s'en émurent beaucoup; et beaucoup se croisèrent parce que l'indulgence était si grande.

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