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TRÊVE DE L'EMPEREUR AVEC LASCARIS

Ions, et fit courir ses gens par le pays (car ceux du pays s'étaient révoltés quand ils ouïrent dire que Thierri de Loos le sénéchal de Romanie était pris); et ils prirent assez de bestiaux et de prisonniers.

CXI II. Trêve avec Théodore Lascaris. L'empereur entre sur les terres

de Johannis.

487. L'empereur Henri séjourna ainsi pendant cinq jours en la prairie. Et pendant ce séjour, Théodore Lascaris prit des messagers, et les lui envoya; et il lui demanda de faire une trêve pour deux ans, à condition que l'empereur lui laissât abattre Equise et la forteresse de l'église de Sainte-Sophie de Nicomie; et lui il rendrait tous les prisonniers (qui avaient été pris à cette déconfiture et en d'autres lieux), dont il avait beaucoup en sa terre.

488. Or l'empereur tint conseil avec ses hommes, et ils dirent qu'ils ne pouvaient soutenir les deux guerres ensemble, et que mieux valait souffrir ce dommage que la perte d'Andrinople et de l'autre terre; et puis ils auraient séparé leurs ennemis (Johannis le roi de Blaquie et de Bogrie, et Théodore Lascaris), qui étaient amis et s'entr'aidaient par la guerre.

48g. La chose fut ainsi promise et accordée. Et alors l'empereur Henri manda Pierre de Bracieux en Equise, et il y vint; et l'empereur Henri fit tant près de lui qu'il lui livra Equise ; et lui la livra à Théodore Lascaris pour l'abattre, et l'église de Sainte-Sophie de Nicomie. Ainsi fut cette trêve assurée, et ces forteresses abattues. Thierri de Loos fut délivré, et tous les autres prisonniers.

490. Alors l'empereur Henri s'en retourna en Constantinople, et entreprit d'aller vers Andrinople avec autant de gens qu'il en pourrait avoir. Et il assembla son armée à Salembrie; et tant y avait déjà de temps passé qu'on était après la fête de saint Jean en juin (1207). Et il chevaucha dans ses journées tant qu'il vint à Andrinople, et se

4S9. — 1 A. il vint. — 2 ABF, il délivra Equissc à Todre VAscre. — 3 CDE omettent por abatre. — 4 A omet de Sainte Sophie.

4110. — 1 CDE, à tant de gent corne il ot. — 2 CDE, et s'en nia vers; F, chevaucha vers. — 3 B, saint Jehan l'Evangeliste; CDE. saint Jehan Baptiste; F ajoute en esté. — 4 A omet par se jornêes.

vile. Et cil de la cité qui mult Tavoient désiré, issirent fors à procession, si le virent mult volentiers; et tuit li Grié de la terre furent venu.

491. Il ne sejorna c'un jor devant la vile, tant qu'il ot veu le domage que Johannis i avoit fait à ses trencheors et à ses perieres, as murs et as tors, qui mult avoient ' la vile empirie -. Et l'endemain si mut et chevaucha vers la terre Johannis, et chevaucha par quatre jorz. Et al cinquiesme jor, si vint3 al pié de la montaigne '' de Blaquie, à une cité qui avoit nom Euluir', que Johannis avoit novelement repoplée de gent i;. Et quant la gens de la terre virent l'ost venir, si guerpirent la cité, et foïrent es montaignes.

4Q2. L'empereres Henris et l'oz des François1 se loja devant la vile, et li coreor corrurent parmi la terre, et gaaignierent bues et vaches et bufles - à grant plenté, et autres bestes11. Et cil d'Andrenople, qui avoient lor chars mené avec aus, et erent povre et diseteus de la viande, les chargierent de froment et d'altre blé; et il troverent grant plenté de la viande, et les autres chars qu'il avoient gaaignié '', chargierent à mult grant plenté. Ensi sejorna l'oz par trois jorz, et chascun jor aloient gaaignier li coreor parmi la terre; et la terre si ère plaine5 de montaignes et de fors destroiz; si i perdoient cil de l'ost de lor coreors qui aloient folement.

493. Au darraien ', envoia l'empereres Henris Ansel de Caeu por garder les correors, et Eustaice son frère, et Tierri de Flandres son nevou, et Gautier de Escornai, et Johan Bliaut. Ices quatre batailles alerent garder les coreors, et entrèrent dedenz mult forz montaignes. Et quant lor gens orent coru -' par la terre et il s'en vourent revenir, si troverent les destroiz mult forz. Et li Blac del pais se furent assem-

VI 1. — 1 AB, avoit. — - CDE. le damage que li Griu orent fait, en omettant à ses trencheors, etc. B omet seulement ii ses- trencjieors et .1 ses perieres. - :l BF. Johannis tant que il vint; CE, Johannis et chevauça tant k'il vint ; I). Johannis et tant qu'il vint. CDE omettent si mut et. — '• BF, tant que il vint à /.ï montaigne; CK. a Li cite'. - :i B, Enlin; CDE,/lu/in ; F, Alin; (i. Eulin qui

INVASION DES TERRES DE JOHANNIS. 2g5

logea dans les prés devant la ville. Et ceux de la cité qui l'avaient bien désiré, sortirent dehors en procession, et le virent bien volontiers ; et tous les Grecs de la terre étaient venus.

40 1 . Il ne séjourna qu'un jour devant la ville, tant qu'il eut vu le dommage que Johannis y avait fait aux murs et aux tours avec ses sapeurs et ses pierriers, qui avaient bien gâté la ville. Et le lendemain il partit et chevaucha vers la terre de Johannis, et il chevaucha pendant quatre jours. Et au cinquième jour, il vint au pied de la montagne de Blaquie, à une ville qui avait nom Eului, que Johannis avait nouvellement repeuplée de gens. Et quand les gens de la terre virent venir l'armée, ils laissèrent la cité, et fuirent dans les montagnes.

CX IV. Echec des coureurs de l'empereur.

492. L'empereur Henri et l'armée des Français se logèrent devant la ville, et les coureurs coururent par la terre, et ils gagnèrent bœufs et vaches et buffles en grande quantité, et autres bêtes. Et ceux d'Andrinople, qui avaient amené leurs chars avec eux, et qui étaient pauvres et disetteux de vivres, les chargèrent de froment et d'autre blé; et ils trouvèrent une grande quantité de vivres, et en chargèrent en grande quantité les autres chars qu'ils avaient gagnés. L'armée séjourna ainsi pendant trois jours, et chaque jour les coureurs allaient fourrager par la terre; et la terre était pleine de montagnes et de forts détroits; et ceux de l'armée y perdaient de leurs coureurs qui allaient follement.

49'j. En dernier, l'empereur Henri envoya Anseau de Cayeux pour garder les coureurs, et Eustache son frère, etThierri de Flandre son neveu, et Gautier d'Escornai, et Jean Bliaud. Ces quatre corps de bataille allèrent garder les coureurs et entrèrent dans de très fortes montagnes. Et quand leurs gens eurent couru par la terre et s'en voulurent revenir, ils trouvèrent les détroits bien défendus. Et les

siet au piet .le la montaigne de Blakic. — '■ CDE. peuplée desagent; B. refermée cl repueplèe.

492. — 1 AF omettent et /'o; Jes François. — 2 CDE, bugles. — ■> CDE omettent et autres bestes. — i B. etc.. omettent les charrièrent Je froment, etc. — S ABCE omettent plaine.

h1 — ' CDEF. a:t darain jour. — - A, orentcorure.it.

blé, et assanblerent à aus, et lor firent mult grant domage et d'ornes et de chevaus. Et furent mult près d'estre desconfiz"', si que par vive force covint les chevaliers descendre à pié. Et par l'aide Dieu s'en revindrent tote voie'1 à l'osf, mais grant domage orent receu.

404. Etl'endemain, s'en parti l'empereres Henris et l'os des François; et chevauchierent par lor jornées arriéres, tant que il vindrent à la cité d'Andrenople. Et i mistrent la garnison1 qu'il amenèrent de blez et d'autre viande; et sejorna l'empereres, en la praerie defors la vile, bien- quinze jorz.

495. En cel termine, Bonifaces li marchis de Monferat, qui ère à la Serre, que il avoit refermée, fist chevauchies1 trosque à Messinople, et la terre se rendi à soncomandement. Lors prist ses messages, si les envoia à l'empereor Henri, et li manda que il parlerait vole'ntiers2à lui sor le flum qui cort soz la Quipesale3. Et il n'avoientmais eu pooir de parler ensemble, trosque la terre fu conquise; que il avoit tant de lor anemis entre als, que li uns ne pooit venir à l'autre4. Et quant l'empereres et ses consels 01 que li marchis Bonifaces ère à Messinople, si en furent mult lié. Et li manda par ses messages arriers que il iroit parler à lui al jor que il li"' avoit mis1'.

496. Ensi s'en ala l'empereres vers celé part, et laissa Coenon de Betune por garder la terre à Andrenople atot cent chevaliers. Et vindrent là où li jorz fu pris, en une mult bêle praerie près de la cité de la Quipesale; et vint l'empereres d'une part, et li marchis d'autre, et s'assemblèrent à mult grant joie; et ne fu mie mervoille, que il ne s'erent pieça veu. Et li marchis demanda à l'empereor1 novelles de

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