‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 220 sur 326 · PROMESSE DE L'EMPEREUR AUX LOMBARDS · texte numérisé non relu

PROMESSE DE L'EMPEREUR AUX LOMBARDS

594. a Et parce qu'ils m'ont à présent sous leur joug, il faudra que « de force et par la contrainte qu'ils me font, je leur octroie leur vo- « lonté. A quoi bon ce discours ? Je leur octroie, parce que je suis en « leurprison ; mais en vérité, s'il plaît à Dieu, ils ne le garderont pas. « ■ — ■ Sire, disent les archevêques et les évèques du camp, nous vous « absoudrons de tout le méfait, et en prendrons le péché sur nous. »

XIX. Entrée do l'empereur à Salonique, les Lombards renouvellent leur

demande.

5g5. Alors l'empereur appela Conon de Béthune pour remplir ce message, et Anseau deCayeux; et il leur confia le message ainsi qu'il voulait qu'il fût dit, et leur dit : « Seigneurs, je jurerai tout le premier, « et mes barons après moi, que toutes les conventions ainsi qu'ils « les ont réglées nous les tiendrons sans faute aucune, pourvu qu'il « soit ainsi que l'impératrice l'approuve. » C'est ici le point par quoi les Lombards furent trompés.

596. Alors les messagers s'en allèrent en Salonique. Ils firent et dirent tant au comte de Blans-Dras qu'ils le ramenèrent au Corthiac avec eux. Alors l'empereur le baisa et lui pardonna toute rancune; et ils jurèrent de maintenir le droit de la dame, et de garder tout pareillement le droit de l'enfant. Et quand vint l'après-dîner, le comte s'en retourna en Salonique, et l'empereur demeura cette nuit à Corthiac. Et quand vint le lendemain matin, l'empereur commanda à quarante chevaliers qu'ils fussent prêts pour aller avec lui. Néanmoins il y en eut bien soixante autres qui entrèrent avec les quarante, malgré ceux qui gardaient les portes. Que vous dirais-je? Il y en eut tant que ceux qui les devaient compter en perdirent le compte.

597. Au matin, l'empereur entra en Salonique; et Hubert le comte

quens de Blandras iroit à Vempereor avec les messaiges. Quant li quens fut venus au Cortiach, li empereres le ressutdebonnairement. — 4 T>,de la dame et de V enfant. — 5 F omet et quant chou, etc. — 6 C. et bien autres LX; F, et bien autre XV. — 7 G omet tant en i ot ; Fomet. en outre, ke vous diroie-jou ? — 8 G. Après s'en râla li quens de Blandras en Salenike et otroia que li empereres entrait lendemain en la cité lui XL* de chevaliers. L'endemain vint V empereres à la porte; si lifut ouverte, si entra ens; et quant cil qui la porte gardoient la vorent fermer, la presse fu si grans que il n'en orent pooir ; ains i entrèrent tous les gens l'empereour. 597. — t CEF, or fu li empereres entrés. — - G omet Hubiers.

cuens des Blans-Dras descendi à pié, et mena l'empereour par le règne juskes au moustier Saint Domytre. Et quant il vint à l'entrée de le porte, il i ot si grant priesse, ke là ù on feroit3 cascun de baston u de verghe sor le tieste, juraient il 4 ke tout i enterraient ■>. Ke vaut chou ? Tant ont fait Lombart ke il ont jeté ambes as et le tierc d'un dé dou plus G. Et d'illuec au tierc jor, entrèrent nostre gent, ki remés estoient 7 au Corthiach, dedens Salenyke. Et quant il vinrent as aises et assolas, si orent auques tost entroublié8 les paines et les grans travaus ke il orent eus.

5g8. Lombart disoient ke il demandoient le tierre à oes l'emperreis et à oes1 l'enfant, mais il pensoient tôt el2; car il le voloient garder por3 le marchis Guillaume de Montferras 4, ke il avoient mandé par tant de messages, ke à paines ke5 il ne diervoientpor se demeure. Et puiske il viers l'emperreis et viers son fill ouvraient si vilainement, chou n'estoit mie mervelleG se Dex voloit consentir ke il en evussent lor gueredon.

599. Apriès chou ke li empereres ot demouré trois jors en Salenyke u quatre, li mandoient cascun jor li Lombart ke il lor tenist chou ke il lor a voit en convent par sairement. Et tant li mandèrent ke il en laissierent le mander, et li disent1. Et il2 lor respondi ke il en estoit aparelliés; et dist au conte ke il recordast tout chou que il demandoit, et en le presense de toz. « Sire, fait li cuens, et je le vous recor- « derai puiske il vous plaist. Premièrement jou vous requier por « l'enfant dou marchis toute le tierre ki est de Mothon juskes à Macré, « et toutes les apertenanches ki sont chi en dedens, et ki estre i doi- « vent. Sire, che vous requier-jou pour le partie de l'enfant. »

Goo. Dont apiela li empereres les prinches et les barons ki laiens

597. — 3 C ajoute et batoit. — '' C a\ouleDieuettoutsonpooir. — SCajo\He.maugré les Lombars. — 6 C, que vaut chou ? li Lombart ne le forent amender, et laissèrent tout entrer. — ? C, entra toute li os de l'empereour qui fu demouré. — 8 C. tantos oubliés.

598. — ' CDE, avoec l'empereis et aroec; F donne à oes, que le sens exige. — 2 C, toutyavoi

l'empereur entre dans salonique. 365

de Blans-Dras descendit de cheval, et mena l'empereur par le frein jusquesà l'église de Saint-Démètre. Et quand il vint à l'entrée de la porte, il y eut si grande presse, que quand on frappait chacun du bâton ou de la verge sur la tête, ils juraient que tous y entreraient. A quoi bon ce discours? Les Lombards ont tant fait qu'ils ont amené double as et le tiers d'un dé en sus. Et de là au troisième jour, nos gens, qui étaient restés au Corthiac, entrèrent en Salonique. Et quand ils vinrent à avoir leurs aises et leurs commodités, ils eurent assez tôt oublié les peines et les grands travaux qu'ils avaient eus.

598. Les Lombards disaient qu'ils demandaient la terre pour l'impératrice et pour l'enfant, mais ils pensaient toute autre chose; car ils la voulaient garder pour le marquis Guillaume de Montferrat, qu'ils avaient mandé par tant de messages, qu'à peine n'enrageaient-ils pas de son retard. Et puisqu'ils agissaient si vilainement envers l'impératrice et son fils, ce n'était pas merveille si Dieu voulait permettre qu'ils en eussent leur récompense.

599. Après que l'empereur eut demeuré trois jours en Salonique ou quatre, les Lombards lui mandaient chaque jour qu'il leur tînt ce qu'il leur avait promis par serment. Et ils lui mandèrent tant qu'ils renoncèrent à lui mander, et lui parlèrent. Et il leur répondit qu'il y était tout préparé; et il dit au comte de rappeler tout ce qu'il demandait, et en la présence de tous. « Sire, fait le comte, je vous le rappelce lerai, puisqu'il vous plaît. Premièrement je vous requiers pour l'en- « fant du marquis toute la terre qui est depuis Moton jusques à « Macré, et toutes les dépendances qui sont dedans, et qui doivent y « être. Sire, c'est là ce que je vous requiers pour la part de l'enfant. »

XX. L'impératrice Marguerite, veuve de Boniface, désavoue les Lombards; son fils est couronné roi par l'empereur.

600. Alors l'empereur appela les princes et les barons qui étaient

el. — ' C, garder avoec. — 4 Boniface avait eu Guillaume d'une première femme ; le jeune Démétrius était fils de sa seconde femme Marguerite de Hongrie. — 3 C, pour poi que. — 6 C, che ne seroit ore mie molt grant merveille.

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