‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 267 sur 326 · DU VÊTEMENT · texte numérisé non relu

DU VÊTEMENT

ceux qui ont perdu leur ancienne signification. Dans la langue ctu moyen âge, « c'est l'ensemble des pièces apparentes qui composaient l'habille- « ment du corps : cotte, surcot, manteau, ou chape, ou housse. >> Ainsi quand Joinville raconte que des sergents avaient enlevé à un clerc toute sa robe, il faut entendre qu'ils lui avaient enlevé tous ses habits. Il ajoute, en effet, que le clerc rentra chez lui, n'ayant plus que sa chemise, « en pure sa chemise. »

La chemise était « la première pièce de l'habillement des gens aisés. « Elle se portait sur la peau et était de fil. Je ne me souviens pas, dit « M. Quicherat, de l'avoir vue représentée : sa forme devait être celle « d'une tunique. » Joinville parle en deux circonstances différentes de coupables qui subirent en chemise la punition publique qui leur était infligée. Mais il n'est pas bien certain qu'il faille prendre une telle expression à la lettre, et entendre que ces coupables ou même le clerc dont il a été question plus haut portassent une chemise de fil, qui a été pendant longtemps un objet de luxe. Quand il voulut accomplir un pèlerinage en costume de pénitent, le jour où il quittait son château en partant pour la croisade, Joinville portait, au lieu d'une chemise de fil, des langes, <t vêtement de dessous, équivalent de la chemise, mais d'une « étoffe de laine. Les tisserands de lange, à Paris, étaient les tisseurs « de drap et de serge, tandis que les tisserands proprement dits s'appe- « laient tisserands de linge. » Robert de Clari , qui décrit en détail la cérémonie du sacre, nous apprend que Baudouin, ce jour-là, ne portait ni chemise ni langes, puisqu'il se trouva tout nu jusqu'à la ceinture quand on lui eut déboutonné sa cotte pour lui faire les onctions (124 c); mais il est possible qu'il eût été obligé de quitter d'avance ce vêtement pour faciliter l'accomplissement du cérémonial. Ce qui est plus certain , c'est que les personnes mêmes qui portaient des chemises, femmes ou hommes, avaient l'habitude, jusqu'à la fin du quatorzième siècle , de les quitter pour se mettre au lit. Cette observation de M. Viollet-le-Duc, consignée dans son Dictionnaire raisonné du mobilier français (t. III, p. ij3 , est justifiée par une miniature du quatorzième siècle , où Marguerite de Provence , femme de saint Louis , est représentée dans le lit nuptial avec la poitrine et les épaules entièrement nues.

Qu'ils eussent ou non des chemises, les hommes portaient des braies, ou « caleçon flottant qui s'attachaient sur les flancs par une ceinture ap- « pelée braier ». Robert de Clari raconte, en employant des expressions impossibles à répéter, que le jour où l'attaque des croisés fut repoussée,

les Grecs enivrés de leur victoire montèrent sur les murailles de Constantinople et que, pour insulter à leurs ennemis, ils se montraient à eux le dos tourné et les braies baissées (118 b).

Les chausses ou « habillement des jambes, les bas du français mo- « derne, » se quittaient aussi en signe de pénitence et de punition. Quand elles étaient garnies de semelles ou sémelées , elles remplaçaient à la fois les bas et ce que nous appelons la chaussure. La seule chaussure dont il soit question dans Ville-Hardouin sont les lieuses ou bottes vermeilles, qui à cause de leur couleur étaient un des insignes de la dignité impériale (§ 222 et 309).

La cotte était « une tunique de dessous toujours garnie de manches « étroites. » Elle n'a que le nom de commun avec la cotte d'armes qui se portait par-dessus le haubert, qui n'avait pas de manches et qui était fendue jusqu'à la ceinture. Elle était d'ailleurs à l'usage des femmes comme des hommes. Le sceau de Marie de Champagne (figure 2) laisse apercevoir la manche droite de sa cotte, serrant le bras et descendant jusqu'au poignet.

Parmi les pardessus, il n'y en avait pas qui fût d'un usage plus général que le surcot, « tunique que l'on mettait par-dessus la cotte : il y « avait des surcots sans manches, d'autres avec des manches longues ou « des demi-manches, d'autres avec des fausses manches ou ailes. » Celui de Marie de Champagne est remarquable par l'ampleur et la longueur des manches. Il est serré par une ceinture un peu au-dessus des hanches. Au surcot on pouvait superposer ou la housse « pardessus « fendu de haut en bas sur les côtés, et qui ressemblait assez à la dalma- « tique actuelle des diacres; » ou la chape, « manteau droit qui se posait « sur les épaules, et s'attachait sur la poitrine par une bride ou par une « agrafe; » ou le manteau proprement dit, c'est-à-dire « le manteau à « l'antique que l'on agrafait sur l'épaule droite et qu'on relevait sur « le bras gauche. »

Si Ville-Hardouin ne décrit pas les riches robes qui furent faites poulie couronnement de l'empereur, on peut penser qu'elles ressemblaient à celles qu'il énumère à l'occasion du butin fait à Constantinople (§ 25o). Aux étoffes de soie en général et au samit en particulier qui désigne, selon M. Quicherat, du satin d'un tissu croisé plutôt que du velours, se joignait la fourrure d'hermine qui est bien connue, puis celle de vair qui est fournie par le ventre de l'écureuil du nord, et le gris qui est fourni par le dos du même animal. A défaut de Joinville, qui n'eût pas dédai-

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