‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 71 sur 326 · XXXV. L'assaut est donne · texte numérisé non relu

XXXV. L'assaut est donne

170. Ainsi leur dura ce péril et ce travail près de dix jours, tant que un jeudi matin (17 juillet i2o3) leur assaut fut préparé, et leurs échelles aussi; et les Vénitiens avaient préparé le leur par mer. L'assaut fut ordonné de telle sorte que trois des sept corps de bataille garderaient le camp par dehors, et les quatre autres iraient à l'assaut. Le marquis Boniface de Montferrat garda le camp par devers les champs, avec le corps des Bourguignons, le corps des Champenois et Mathieu de Montmorency. Et le comte Baudouin de Flandre et de Hainautalla à l'assaut avec ses gens, et Henri son frère; et le comte Louis de Blois et de Chartres, et le comte Hugues de Saint-Paul, et ceux qui se tenaient à eux, allèrent à l'assaut.

171. Ils dressèrent à un avant-mur deux échelles près de la mer; et le mur était bien garni d'Anglais et de Danois, et l'assaut fut fort et bon et dur. Et par vive force des chevaliers et deux sergents montèrent sur les échelles, et conquirent le mur sur eux; et ils montèrent bien quinze sur le mur, et ils combattaient corps à corps avec les haches et les épées. Et ceux de dedans refirent effort, et les mirent dehors bien rudement, si bien qu'ils en retinrent deux. Et ceux qui furent retenus de nos gens furent menés devant l'empereur Alexis, et il en fut bien joyeux. Ainsi demeura l'assaut devers les Français; et il y en eut assez de blessés et d'estropiés; et les barons en furent bien irrités.

172. Et le doge de Venise ne s'était pas oublié ; mais il avait ordonné ses nefs et ses huissiers et ses vaisseaux sur un front, et ce front durait bien trois portées d'arbalète; et ils commencent de s'approcher du rivage qui était sous les murs et sous les tours. Alors vous eussiez

vu les mangoneaux lançant de dessus les nefs et les huissiers, et les

171. — ' Milice étrangère .111 service des empereurs de Constantinople. — - A seul donne et bons. — 3 A. les. — ■'• CE. des sergans; 1). chevalier e: sierganl : B omet ces mots. — '• CDE, s:i;e. — << \. réconfortèrent. — " lî. quatre — B A. menu. — '■' CDE ajoutent de l'ost; F. si en furent li baron moût couroucie:.

i-j. — t BCDE. atargiés, F. ne s'atarja mie. — - A. comence; li. c immanda; C. comenche; D. cnmmenehierent : E. commencent; F. commença. — 3 C. courait; BF omettent qui deso^ les murs. etc. — * B. etc.. omettent et ces .1rs traire.

VILLK-HARDOllS . III. — IJ

q§ CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE. '

mult delivremenf, etcels dedenz desfendre des murs et des tours mult durement ■"', et les eschieles des nés i; aprochier si durement que en plusors leus s'entreferoient d'espées et de lances; et li huz 7 ère si granz que il sembloit que terre et mers fondist8. Et sachiez que les galies n'osoient terre prendre.

iy3. Or porroiz oïr estrange proesce '; que li dux de Venise, qui vialzhom ère - etgote ne véoit, fu toz armez, el chief de la soe galie, et ot le gonfanon Saint Marc par devant lui; et escrioit ;i as suens que il le meissent à terre, ou se ce non il feroit jutise '' de lor cors. Et il si firent; que la galie prent terre, et il saillent fors; si portent leconfanon Saint Marc par devant lui à la terre 5.

1 74. Et quant li Venisien voient le confanon Saint Marc à la terre *, et la galie lor seignor qui ot terre prise 2 devant als, si se tint chascuns à honi, et vont à la terre tuit; et cil des vissiers saillent fors et vont à la terre, et cil des granz nés entrent es barges et vont à la terre 3, qui ainz ainz, qui mielz mielz. Lorsveissiez assaut grantet '' merveillox; et ce tesmoigne Joffrois de Vile-Harduin li mareschaus de Champaigne, qui ceste ovre traita, que plus de quarante li distrent por vérité que il virent le confanon Saint Marc de Venise en une des tors, et mie ne sorent qui l'i porta.

175. Or oiez estrange miracle : et cil dedenz s'enfuient, si guerpissent les murs; et cil entrent enz, qui ainz ainz, qui mielz mielz, si que il saississent vint-cinq des tors et garnissent de lor gent. Et li dux prant un batel, si mande messages as barons de Tost, et lor fait assavoir que il avoient vint-cinq tors, et seussent por voir que il nés

172. — s B, desfendre molt virement ; F, et trere de ces arbalesles moût durement, en omettant comme CDE. et cels deden\, etc.; A ajoute ici les mots que en plusieurs leus, qu'il reproduit plus bas à leur vraie place. — 6 CDE, des isles. — 7 BF. li cri^: CD. li hui" ; E, li ungs. — 8 F, que terre et mer deust fondre.

173 — t B. proesce d'ome ; CDE, estrange fierté et estrange merveille. — - B ajoute et gou-

PRISE DE- VINGT-CINQ TOURS. qt)

carreaux d'arbalète volant, et les arcs tirant à foison, et ceux de dedans se défendre bien rudement du haut des murs et des tours; et les échelles des nefs approcher si fort qu'en plusieurs lieux ils s'entrefrappaient de l'épée et de la lance; et le tumulte était si grand qu'il semblait que terre et mer s'abîmassent. Et sachez que les galères n'osaient prendre terre.

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