‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 77 sur 326 · TRAITE D ISAAC AVEC LES CROISES · texte numérisé non relu

TRAITE D ISAAC AVEC LES CROISES

« ventions qu'il nous a faites; et il te mande, comme ton fils', que tu « confirmes la convention en telle forme et telle manière qu'il nous « l'a faite. — Quelle est la convention? » fait l'empereur. — « Telle « que je vous dirai, » répond le messager.

188. « Tout premièrement, mettre tout l'empire de Romanie en « l'obéissance de Rome, dont il s'est séparé il y a longtemps; après, « donner deux cent mille marcs d'argent à ceux de l'armée, et vivres « pour un an aux petits et aux grands; et mener dix mille hommes à « pied et à cheval (tels à pied que nous voudrons, tels à cheval que « nous voudrons) en ses vaisseaux et à ses dépens en la terre de Ba- « bylone, et les y tenir pendant un an; et en la Terre d'outre-mer « tenir à ses dépens toute sa vie cinq cents chevaliers, qui garderont « la Terre. Telle est la convention que votre fils nous a faite; et il nous « l'a confirmée par serment et par chartes à sceaux pendants, et par le « roi Philippe d'Allemagne qui a épousé votre fille. Cette convention , « nous voulons que vous la confirmiez aussi.

189. « — Certes, » fait l'empereur, « la convention est bien forte, « et je ne vois pas comment elle pourra être remplie; et néanmoins « vous l'avez tant servi, et moi et lui, que si on vous donnait tout « l'empire, vous l'auriez encore bien mérité. » Il y eut des paroles dites et répétées en mainte manière; mais la fin fut telle que le père confirma les conventions comme le fils les avait confirmées, par serment et par lettres patentes munies de bulle d'or. La charte fut délivrée aux messagers. Ils prirent ainsi congé de l'empereur Isaac, et retournèrent au camp; et direntaux barons qu'ilsavaient fait la besogne.

XL. Entrée des croisés à Constantinople; couronnement du jeune Alexis.

190. Alors les barons montèrent achevai, et amenèrent l'enfant avec bien grande joie en la cité à son père; et les Grecs lui ouvrirent la porte, et le reçurent avec bien grande joie et bien grande fête. La

vos asseure. — 6 A. le chartes. — " F, et ce vos remuerons nos autresi que vos le nos asseurés. 189. — ' G, faite. — - C, vous devait donner: I), vous devoit. — 3 i,cs chartes munies d'un sceau pendant restaient ouvertes: c'étaient des lettres patentes, par opposition aux lettres closes; les sceaux de métal s'appelaient tulles. — '• F omet pendant, etc.

del fil fu mult granz, que il ne s'estoient pieça entreveu ', et que de si grant poverté et de si grant essil furent torné à si grant haltesce, par Dieu avant et par les pèlerins après-'. Ensi fu la joie mult granz. dedenz Costantinoble et en l'ost defors des pèlerins, de l'honor et de la victoire que Diex lor ot donée.

1 91 . Et l'endemain proia l'empereres as contes et as barons et ses fils meismes ' que il por Dieu s'alassent herbergier d'autre part del port devers l'Estanoret devers Galatas'-; que se il se heberjoient en la vile, il doteroient :; la mellée d'als et des Grius, et bien en porroit la citez estre destruite. Et il dient que il l'avoient tant servi en mainte manière, que il ne refuseroient jà chose qu'il lor proiast ''. Ensi s'en alerent herbergier d'altrepart "' : ensi sejornerent en pais et en repos 6, en grant plenté de bones viandes.

192. Orpoez savoir que mult decelsde l'ost alerent à veoir ' Costantinople, et les riches palais et les altes yglises dont il avoit tant ■', et les granz richesces (que onques en nule vile tant n'en ot). Des saintuaires :l ne covient mie à parler; que autant en avoit-il à ice jor en la vile cum el remanant dou monde ''. Ensi furent mult comunel li Grieu et li François de totes choses, et de mercheandises et d'autres biens.

Hp. Par le commun conseil des Frans et des Grez fu devisé queli noviaus emperere seroit encoronez à la feste monseignor saint Père, entrant august '. Ensi fu devisé, et ensi fu fait. Coronez fu si haltement et si honoréement con l'em faisoit les empereors grex à cel tens -. Après comença à paier l'avoir que il devoit à cels de l'ost; et il le départirent par l'ost, et rendi chascuns son passage tel con il l'avoient paie ! en Venise.

]qo. — 1 A, veu. — - CDEF omeltcnt et que de si. etc.; B, torné à si grant joie et à si grant hautesce, par Dieu avant, et par l'ost ans pèlerins après.

191. — ! C omet et ses fils meismes. — - A omet et devers Galatas. — :> B, etc.. doutaient. — ■ A. qui lor proiassent ; B, conmandassenl ; CE, priast. — '■' CDEK ajoutent del port. — l; B, "ii pais en repos; CDE, en chel port.

192. — 1 B, etc., alerent veoir. — 2 A, les grandes yglises altes dont, etc.; CDE. les liantes

COURONNEMENT DU JEUNE ALEXIS. rii

joie du père et du fils fut bien grande, parce qu'ils ne s'étaient pas vus depuis longtemps, et que de si grande pauvreté et de si grande ruine ils étaient passés à si grande puissance, par Dieu d'abord et par les pèlerins après. Ainsi fut la joie bien grande en Constantinople et dehors au camp des pèlerins, pour l'honneur et la victoire que Dieu leur avait donnés.

i q 1 . Et le lendemain l'empereur et son fils même prièrent les comtes et les barons que pour Dieu ils s'allassent loger de l'autre côté du port devers l'Estanor et Galathas ; car s'ils se logeaient en la ville, il y aurait à redouter une mêlée entre eux et les Grecs, et la ville pourrait bien en être détruite. Et les nôtres dirent qu'ils l'avaient tant servi en mainte manière, qu'ils ne refuseraient pas chose dont il les priât. Ils s'en allèrent donc loger de l'autre côté : ainsi séjournèrent-ils en paix et en repos, en grande abondance de bons vivres.

192. Or vous pouvez savoir que beaucoup de ceux de l'armée allèrent voir Constantinople, et les riches palais et les hautes églises dont il y avait tant, et les grandes richesses (car jamais en nulle ville tant n'y en eut). Des reliques il n'en faut point parler; car en ce jour il y en avait autant dans la ville que dans le reste du monde. Ainsi furent en grande union les Grecs et les Francs pour toutes choses, et pour les marchandises et les autres biens.

193. Par le commun conseil des Francs et des Grecs il fut décidé que le nouvel empereur serait couronné à la fête de monseigneur saint Pierre au commencement d'août (ier août i2o3). Ainsi fut décidé, et ainsi fut fait. Il fut couronné aussi dignement et aussi honorablement qu'on le faisait pour les empereurs grecs en ce temps. Après il -commença à payer l'argent qu'il devait à ceux de l'armée; et on le partagea dans l'armée, et chacun rendit son passage tel qu'on l'avait payé pour lui à Venise.

eglyses dont il i avoiL moût ou tant de bêles. — 3 C ajoute ki estaient à col jour en Constant ino- Ue; HE. ki i estaient à celjour. — 4 D, car plus en i avait k'en tout le monde; F. en tout l'autre monde.

193. — ! B. etc.. aoust. — 2 A. al tens. — 3 A, et rendirent à eascliun, etc.; CDE. et paia ( ou rendi) cascuns le passage tel corn il ï avait promis; B. et rendi chascuns son passage a ceuls aui leur avoient preste.

1 94. Li novials emperere ala sovent veoir les barons en l'ost, et mult les honora, tant cum il pot plus faire ' ; et il le dut bien faire, quaril l'avoient mult bien servi. Un jor vint en l'ost - as barons privéement, en l'ostel le conte Baudoin de Flandres et de Hennaut. Enqui fu mandez li dux de Venise, et li hait 3 baron privéement ; et il lor mostra une parole et dist : « Seignor, je sui emperere par Dieu et « par vos; et fait m'avez le plus haltservise que onques gens feissent « mais à nul home crestien. Sachiez que assez genz me mostrent bel « semblant, qui ne m'aiment mie; et mult ont li Grieu grant despit, « quant je par voz forces sui4 entrez en mon héritage.

igS. « Vostre termes est près que vos vos en devez râler, et la com- « paignie de vos et des Venisiens ne dure que trosque à la feste saint « Michel. Dedenz si cort terme ne puis vostre convent assovir '. Sa- « chiez, se vos me laissiez, li Grieu me héent por vos; je reperdrai la « terre, et si m'ociront '-'. Mais faites 3 une chose que je vos dirai 4 : de- « moressiez 5 trosque al marc, et je vos alongeroie votre estoire de la « feste saint Michel en un an, et paieroie le costement as Venisiens, et « vos donroie 6 ce que mestiers vos seroit trosque à la Pasque. Et « dedenz cel termine aroie ma terre si mise à point que je ne la poroie « reperdre; et vostre convenance si seroit atendue, que je auroie « l'avoir paie, qui me vendrait de par totes mes terres; et je seroie « si atornez de navile de aler avec vos ou d'envoier, si con je le vos « ai convent; et lors ariez l'esté de lonc en lonc7 por ostoier. »

196. Li baron distrent que il en parleraient ensemble ' sanz lui. Il 2 conurent bien que c'ere voirs que il disoit, et que c'ere mielz por

194. — 1 B, etc., omettent faire. — - A omet en l'ost. — '■> CDEF, li autre; lï omet liait et ajoute, comme CDE, de l'ost apres baron. — ' A. su.

195. — 1 CDE, amir; F, tenir. — • CE ajoutent c'i dolour; D, à deshonnour. — 3 A, faiçoit ; F, fêles s'il vos plest. — 4 CDE, or, biel signeur, pour laquel chose je vous pri que vousfacliies

NOUVELLES DEMANDES D ALEXIS. i i 3

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