LIVRE PREMIER
que les trois quarts de leur armée l’avaient déjà franchie, et qu’il ne restait plus que l’autre quart sur la rive gauche : Ubi per exploratores Ccesar certior factus est très jatn copiarum partes Helvetios id f "lumen traduxisse, quartam vero partem citra f lumen Ararim reliquam esse. Des éclaireurs ne peuvent guère être envoyés à plus de cinq ou six lieues de leur corps d’armée ; c’est précisément la distance qu’il y avait du camp de César à Jassans et à Beauregard, villages qui se trouvent sur les bords de la Saône, au-dessus de Trévoux.
11 quitte ce camp dès la troisième veille (après minuit) avec trois légions, et arrive devant la partie des Helvétiens qui n’avait pas encore passé le fleuve : De terlia vigilia cum legionibus tribus e castris profectus , ad eam partem pervertit quœ nondum f lumen transierat.
11 se met en route après minuit, dit-il, passant nécessairement la Saône à Lyon puisque l’ennemi qu’il veut attaquer est sur la rive gauche. Peut-on tirer d'un départ si matinal la conséquence qu’il avait fait une marche forcée d’une douzaine de lieues? Non, car il se serait servi de l’expression magno itinere , qu’il emploie pour une de ses longues étapes sur l’Aisne (lib. n). II n’aurait pas fait, d’ailleurs, parcourir tant de chemin à ses troupes, ayant le projet de livrer bataille en arrivant en face de l’ennemi. Or, s’il part dès la troisième veille, c’est qu’il veut le surprendre au point du jour, après une simple marche de six lieues, et cette marche le conduit au-dessus de Trévoux. Nous ne croyons donc pas avec M. de Saulcy (1) que les Helvétiens étaient campés à quelques lieues au-dessus de Mâcon. 11 aurait fallu que César fît une trop longue étape pour les y rencontrer, et franchît une foule de rivières et de terrains marécageux qui existaient entre Trévoux et celte ville, lesquels ont con-
(I) Revue archéologique, septembre 1860.
traint de faire passer la voie gauloise sur la rive droite de la Saône.
Les émigrants, embarrassés de bagages et pris à l’improviste, furent tués ou dispersés dans les bois voisins : Eos impeditos et inopinantes aggressus magnam partem eonim concidit, reliqui sese fugœ mandarunt atque m proximas silvas abdiderunt. Ils appartenaient au canton de Zurich, qui antérieurement, sorti seul de son pays, avait vaincu Cassius et fait passer ses soldats sous le joug. César éprouva d’autant plus de plaisir à les battre qu’un aïeul de son beaupère, lieutenant de Cassius, avait été tué avec ce général.
Il est à croire que les quatre-vingt dix mille Helvètes qui furent attaqués au moment où ils pillaient les Ambarri n'étaient pas entassés sur les bords de la Saône, et qu’on fut obligé d’aller les chercher un peu plus loin; aussi placeronsnous le champ de bataille sur les territoires de Juis et de Mizerieux où passe la rivière de Toublain, dont le voisinage était nécessaire pour une si grande réunion d’hommes, et près des bois d’Ambérieux, où ils durent se sauver après leur défaite. Quelques-uns ont parlé de la plaine de Bierse , sans réfléchir qu’elle n’était alors qu’un marais impraticable comme l’indique son nom Biertia , d’après notre savant du Cange.
Les noms de Juis et de Mizerieux ne rappelleraient-ils pas d’ailleurs le souvenir de Jules et celui de ce combat où tant de malheureux Helvétiens tombèrent sous le fer des légions, opinion d’autant plus admissible que la tradition du pays porte que cette bataille se livra en face de Villefranche, c’est-à-dire au-dessus de Trévoux?
Cette affaire terminée, César songea à poursuivre ceux qui avaient passé la rivière. 11 y fit jeter un pont et la franchit avec ses troupes: Pontem ad A rare faciendum curât, atque ita exercilum transduxit. Nous lui ferons prendre position sur la rive droite du côté de Villefranche, où il dut être