LIVRE PREMIER
rejoint par ses trois dernières légions conduites par Labiénus.
Les Helvétiens, surpris qu’il eût opéré ce passage en un seul jour quand il leur en avait fallu vingt pour arriver au même but, lui firent demander de les établir là où il le voudrait, sinon qu’il se souvint des victoires qu’ils avaient plus d’une fois remportées sur les légions. Il leur répondit que, quand même il consentirait à oublier leurs anciennes injures, ils devaient se rappeler qu’ils venaient de ravager les terres des Éduens, des Ambarri, des Allobroges, et qu’ils avaient tenté de passer de force par la Province : quod ex invito, iter per Provinciam per vim tentassent , quod Æduos, quod Ambarros , quod Allobroges vexassent; qu'il était prêt néanmoins à traiter avec eux pourvu qu’ils consentissent à lui donner des otages et à réparer le tort qu’ils avaient fait à ses alliés. Le chef de la députation répondit que les Helvétiens n’avaient pas l’habitude de livrer des otages et se retira.
Ces nombreux émigrants, suivis d’une foule considérable de chariots, durent, en présence de l’armée romaine, s’engager sur le chemin qui leur paraissait le plus facile. Ils en avaient deux à leur portée, l’un gagnant la Loire par les défilés du Morvan et passant par Beaujeu et Charlieu, l’autre allant directement de Lyon à Chàlons. En suivant ce dernier, ils avaient l’avantage d’éviter les montagnes et de passer sur les terres des Éduens, où ils étaient appelés par la faction qui leur avait fait ouvrir la voie de la Séquanie.
Ils décampèrent dès le lendemain et, comme ils étaient à quelque distance des légions, César envoya sa cavalerie pour voir définitivement quelle route ils prendraient : qui videant quas in partes hostes iterfaciant. Ils s’étaient donc groupés à trois lieues au moins de lui, vers Belleville, après avoir rappelé ceux de leurs compatriotes répandus dans toutes les directions sur les terres des Éduens.
César, ayant su qu’ils prenaient la voie de Mâcon, de
Tunirtium (Tournus) et de Châlons, les suivit et campa chaque soir derrière eux. Les noms des villages de Jullié, de Julliénas, de Montbellet (. Mons Belli), qui se trouvent sur cette route, ne rappelleraient-ils pas quelques-uns de ses campements?
La cavalerie envoyée en reconnaissance se composait de quatre mille hommes, les uns fournis par toute la Province, les autres par les Éduens et leurs alliés : quem ex omni Provincia et Æduis alque eorum sociis coactum habebat. Elle fut battue par cinq cents cavaliers helvétiens, ce qui augmenta leur assurance et les rendit plus entreprenants.
Comment se fait-il que cinq cents cavaliers de cette nation battent les quatre mille de l’armée romaine? Liscus, souverain magistrat de Bibracte, l’apprendra dans peu de jours à César : c’est que ceux-ci étaient commandés par un ami des Helvétiens, gendre d’Orgetorix , l’Éduen Dumnorix, dont la fuite sur le champ de bataille avait donné lieu à celle des autres : Initium ejus fuqœ. a Dumnorige atque ejus equitibus factum esse, eorumque fuga reliquum esse equitatum perterritum.
Reste à savoir comment la cavalerie éduenne se trouvait avec César. S’il l’eût mandée , à jour fixe , sur la droite de la Saône , c’eût été livrer le secret de sa marche aux Helvétiens, dont elle n’aurait pu traverser l’armée sans danger. Nous préférons croire qu’elle avait escorté les députés éduens venus dans le camp romain pour réclamer le secours des légions et qu’elle s’y était ralliée aux cavaliers de la Province.
Après cette malheureuse rencontre , César crut devoir suivre les émigrants sans combattre, n’occupant les siens qu’à les serrer de près pour les empêcher de courir et de piller. Ils marchèrent durant environ quinze jours, de sorte que leurs dernières troupes n’étaient qu’à 5 ou 6 milles (8 kilomètres environ) de son avant-garde : Ita dies circiter