LIVRE PREMIER
leur départ de Genève, car les plaintes des peuples successivement ravagés indiquent la route qu’ils ont dû suivre.
Les Allobroges de la rive droite du Rhône, étant les plus éloignés, arrivent les derniers et se plaignent de maux passés : il ne leur reste plus rien que le sol. Donc les émigrants étaient entrés sur leurs terres et les avaient pillées depuis le Pas-de-la-Cluse jusqu’à Belley.
Les Éduens et les Ambarri, encore aux prises avec les Helvètes, étaient nécessairement venus les premiers, se trouvant les plus rapprochés du camp romain. On connait la position des Éduens. Si maintenant pour arriver chez eux, après avoir quitté les Allobroges d’outre-Rhône , les émigrants passent chez les Ambarri , ces derniers étaient donc fixés dans la Bresse méridionale, entre Belley et la Saône, et non, suivant quelques géographes, dans le Charolais, car on ne verrait pas trop pourquoi les Helvètes auraie suivi la droite du Rhône jusqu’à Belley pour remontei, de là, devant Châlons.
César qualifie les Ambarri du titre d’amis et de frères des Éduens : necessarii et consanguinei Æduorum , ce qui ne veut pas dire clients , car alors il se serait servi des expressions clientes, sub imperio ou conjuncli. Celle d’amis et de frères fait seulement comprendre que les Ambarri, anciens peuples éduens, étaient passés, depuis un temps plus ou moins long , sur la rive gauche de la Saône, où ils étaient devenus Séquanes. Ils ne sont pas, en effet, cités parmi les clients des Éduens lorsque ceux-ci vont au secours d 'Alesia (lib. vu).
Leur point de départ est indiqué chez les Éduens par le village d’Àmbérieux, situé au-dessous d’Anse [Assa Paulini ), dans le Beaujolais qui semble avoir été leur berceau. On s’explique leur extension à l’ouest de la Saône par les noms d’Ambérieux et de Bérieux, et leur plus forte agglomération sur la gauche de l’Ain, par ceux des localités d’Ambérieux, d’Ambatrix, d’Ambronay et de la rivière Albarine.
Tout porte à croire que, après avoir traversé le pays des Allobroges d’outre-Rhône, les Helvétiens arrivèrent à Saint- Rambert, où ils entraient chez les Ambarri. Là , deux chemins s’offraient à eux pour gagner la Saône : l’un allait, par Meximieux, Villars, Ambérieux et Trévoux, devant Villefranche ; l’autre se dirigeait, par Bourg, en face de Mâcon. Tout chemin intermédiaire était impossible, le pays étant coupé par cinq rivières, une foule d’étangs et de marais. La suite prouvera qu’ils prirent celui qui menait devant Villefranche. Les Séquanes,en leur permettant de traverser leurs terres, le leur avaient peut-être imposé , car il passait chez les Ambarri qui pouvaient être impunément pillés, n’étant pas leurs frères.
Pendant qu’ils cheminaient sur la rive droite du Rhône, Labiénus, que nous allons bientôt voir avec César, devait les suivre ie flanc avec sa légion , pour les empêcher de franchir le. fleuve et d’entrer chez les Allobroges. Nous le ferons passer par Condate (Chana), par Etanna (Ienne), Augustum (Aoste), Bergusium (Bourgoin), Vienna et Lugdunum , où il dut rencontrer son général.
La position que César occupe près de Lugdunum est parfaite. Il peut y être rejoint par Labiénus, recevoir les députés des Ëduens, des Ambarri et des Allobroges, surveiller les mouvements de l’armée ennemie et lui couper, au besoin, le passage chez les Santons. Ajoutons que son voisinage de la Saône lui permet de faire charger sur des navires les blés nécessaires à la nourriture des troupes tant qu’elles ne s’éloigneront pas trop de la rivière.
Pressé par cette foule d’alliés qui lui promettaient des vivres, il résolut d’entrer de suite en campagne. Le succès le rendait maître de leurs destinées. Rien ne flattait mieux les vues ambitieuses du futur conquérant.
11 apprit alors par ses éclaireurs que les Helvétiens traversaient la Saône sur des radeaux et des barques jointes ensemble : Id Helvetii ratibusac lintribus junctis transibant;