‹ Conquête des Gaules analyse raisonnée des Commentaires de Jules CésarChapitre 12 sur 40 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

quindecim iterfecerunt uti inter novissimum hostium agmen, et nostrum primum , non amplius quitus aut senis mi/libus passuum interesset.

11 s’aperçut alors qu’il allait bientôt manquer de vivres; car les Éduens ne s’empressaient pas de lui envoyer ceux qu’ils lui avaient promis, et il ne pouvait compter sur la moisson qui était loin d’être prête (on était donc dans les premiers jours de juillet), ni sur le blé qu’il avait fait conduire par la Saône, puisque l’ennemi, qu’il ne voulait pas perdre de vue), s’en était éloigné ; Eo autem frumento, quod flumine Arari navibus subvexerat , propterea minus uti poterat , quod iter ab Arare Belvetii averterant , a quibus discedere no/ebat.

Ces deux derniers textes peuvent nous instruire de la marche des légions, si l’on se rend compte d’avance que César approchait du lieu où il livrera bataille aux Helvétiens et que ce lieu, comme la science moderne l’a prouvé, existe sur les territoires d’Ivry et de Cussy-la-CoIonne , villages situés à 7 lieues au nord-est d’Autun.

Pour y arriver, les Helvéliens avaient donc suivi les bords de la Saône jusqu’à Châlons, d’où, tournant à gauche, ils s’étaient engagés sur la route d'Arnay-le-Duc ; ce fut, par conséquent, à Châlons que les Romains abandonnèrent leurs navires, ce qui les priva de blés à mesure qu’ils s’en éloignèrent.

11 y a 7 lieues de Cussy-la-Colonne à Châlons, 12 lieues 1/2 de Châlons à Mâcon, par conséquent 19 lieues 1/2 de Cussy à cette dernière ville. Si l’on suppose, avec M. de Saulcy, que les Helvétiens aient passé la Saône à 2 lieues au-dessus de Mâcon et que César les ait trouvés réunis à 4 lieues plus loin, il faudra adopter Tournus pour lieu de leur concentration. Or, Tournus n’étant qu’à 13 lieues de Cussy, ils auraient donc, chose inadmissible, employé quinze jours pour franchir une distance si courte, tandis que s’ils sont partis de Belleville, comme nous l’avons établi, ils auront fait 27 à 28

lieues pendant ces quinze jours, nombre satisfaisant pour une pareille foule.

César, allant bientôt manquer de blés, rassembla les chefs éduens qui étaient près de lui. Nous citerons Liscus, vergobret ou souverain magistrat de la cité , et Divitiacus , un des principaux du pays. Divitiacus était druide , preuve que ces prêtres, qui décidaient presque toujours de la paix et de la guerre, étaient partisans de l'alliance romaine.

Il se plaignit à eux de n’être pas secondé pour une guerre entreprise dans leur propre intérêt et dans le seul but de les délivrer. Liscus le tira en particulier et lui apprit qu’il y avait deux partis à Bibracte, que Dumnorix, frère de Divitiacus, homme hardi et entreprenant, tenait toutes les fermes du pays à vil prix , ce qui lui permettait d’être en grand crédit près du peuple par ses libéralités : Complures annos porloria reliquaque omnia Æduorum vectigalia parvo pretio redempta habere : propterea quod ille licente contra liceri audeat nemo. Ce texte prouve que les revenus publics étaient affermés dans la Gaule et qu’il y en avait de diverses natures.

Liscus ajouta que ce factieux, qui entretenait un corps de cavalerie toujours à sa suite, avait plus de pouvoir que le souverain magistrat et persuadait au peuple par ses discours séditieux que si les Éduens ne pouvaient être maîtres, il valait encore mieux se soumettre à des Gaulois qu’aux Romains, enfin que, étant allié des Helvètes, il avait été cause, par sa fuite, de la dernière défaite de la cavalerie.

César, avant de passer outre, fait venir Divitiacus, qu’il savait attaché au peuple romain, et sans autre interprète que Valérius Procillus, l'homme le plus distingué de la Province gauloise, l’instruit de ce qu’on vient de lui dire de son frère. Divitiacus ne put nier les menées de Dumnorix, son ambition et son désir de se faire roi à la faveur des llelvétiens , mais il pria César de lui pardonner, parce que s’il le punissait personne, à cause de la bienveillance dont

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