LIVRE PREMIER
il l’honorait, ne pourrait croire que ce fût contre sa volonté et qu’il serait odieux à toute la Gaule.
Touché de ses raisons et de ses larmes, César lui prend la main et le rassure, puis fait venir Dumnorix, et, en présence de son frère, lui déclare les sujets de plainte qu’il a donnés tant aux Romains qu’à ses propres concitoyens. Il lui pardonne en considération de Diviliacus, le renvoie, mais fait pourtant épier ses discours et ses actes.
11 apprend , le même jour, par ses éclaireurs que les llelvétiens s’étaient postés au pied d’une montagne située à 8 milles (3 lieues) de son camp. L’ayant fait reconnaître, il sut qu’on pouvait la gravir aisément, et envoya Labiénus, vers minuit, avec deux légions guidées par les mêmes éclaireurs, avec ordre de s’établir au sommet de la montagne ; lui-même part trois heures après, précédé de toute sa cavalerie. Cosidius, qui passait pour un général expérimenté, avait la conduite des éclaireurs.
Labiénus occupait le poste qui lui avait été assigné, cl César n’était qu’à 5/4 de lieue de l’ennemi lorsque Cosidius accourut à toute bride pour lui dire que les Helvétiens étaient maîtres de la montagne. Il n’avait pas reconnu les troupes de Labiénus. Le plan d’attaque se trouvant dérangé par ce faux avis , l'armée romaine fut mise en bataille sur une éminence voisine. Pendant ce temps-là les Helvètes décampaient et s’éloignaient des légions. César marcha derrière eux à la distance accoutumée et s’établit à 5/4 de lieue de leur camp.
Le lendemain, jour de la distribution des blés aux soldats, voyant qu’il allait bientôt en manquer et qu’il n’était pas à plus de 7 lieues de Bibracte, il résolut d’abandonner la poursuite de l’ennemi et de se diriger sur cette ville pour en faire provision : lier ab Heloeliis avertit, ac Bibracte ire contendit.
Nous devons interrompre notre récit pour rechercher où était Bibracte, oppidum des Éduens dont la position a été
souvent contestée. Les uns l’ont placée à Autun, devenue Augvstodunum sous l’empire, les autres sur les monts de Beuvray, situés à 3 lieues à l’ouest de la même ville. Ils ajoutent que ce lieu, muni de boulevards fort élevés et riche de souvenirs druidiques, a porté le nom de Briffactum et de Bibractensis dans les plus anciennes Chartres.
Nous croyons que cette montagne pouvait être Y oppidum, refuge des habitants d’Autun s’ils venaient à être forcés dans leur ville principale, et que ce motif seul lui a fait donner un nom similaire à celui de Bibracte. Nous pensons que ces deux localités se complétaient mutuellement, et que s’il existe un camp romain dans un coin de l’enceinte de briffactum , c’est que César l’aura fait occuper comme position stratégique et pour empêcher les Éd tiens de s’en servir.
Autun était donc, selon nous, leur ville principale :
1° Parce que toutes les voies gauloises, devenues romaines, rayonnent autour d’elle et qu’il en existe à peine une seule du côté de Beuvray ;
2“ Parce que le nom gaulois de Bibracte rappelant le souvenir d’un pont ( bibra ), il passe justement une rivière à Autun et il n’en existe pas à Beuvray ;
3° Parce que César, partant de Cussy-la-Colonne et disant qu’il n’est qu’à 7 lieues de Bibracte , ce qui était vrai pour Autun , en aurait été à 9 s’il eût été question de Beuvray. Cette déduction vaut mieux que toutes celles qu’on cherche à tirer d’un texte d’Eumènes si peu clair qu’il ne prouve rien.
Les Helvètes, ayant appris le mouvement de César sur Bibracte par quelques déserteurs d’Émilius , officier de la cavalerie gauloise , crurent qu’il agissait par crainte , d’autant mieux que la veille il ne les avait pas attaqués sur leurs hauteurs. Ils tournent court sur son arrière-garde, soit pour la harceler, soit pour couper les vivres à l’armée. César se porte immédiatement sur une éminence, place quatre vieilles