‹ Conquête des Gaules analyse raisonnée des Commentaires de Jules CésarChapitre 14 sur 40 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

légions sur trois lignes vers le milieu de la colline, et envoie sur le haut les deux qu'il avait nouvellement levées dans la Province citérieure , lesquelles s’occupèrent de faire un retranchement pour garder les bagages. Les Helvétiens, après avoir pareillement réuni leur attirail de voyage et leurs chariots, montent à l'attaque de la première ligne des légions.

Celles-ci fondent sur eux l’épée à la main et leur font lâcher pied. Ils reculent vers une montagne située à 1,4 de lieue de là. Les Romains les suivent, et, pendant qu’ils montent après eux , un corps de Boïens et de Stulingiens formant environ quinze mille hommes vient les envelopper et les attaquer de flanc. Les Helvètes, placés sur le haut de la montagne, reviennent à la charge. Les Romains sont obligés de faire face de deux côtés.

Ainsi, le combat fut longtemps opiniâtre et douteux. Enfin, les ennemis fatigués se retirent, les uns sur la montagne, les autres sur leurs chariots dont ils se font un rempart. Après une longue résistance , tout leur bagage est pris et leur camp forcé. La fille d’Orgetorix et l’un de ses tils sont faits prisonniers. Ceux qui se sauvent, au nombre de cent trente mille environ, marchent jour et nuit sans s'arrêter et, le quatrième jour, arrivent sur les terres des Lingons : in fines Lingonum die quarto pervenerant .

César ne les suit pas immédiatement, croyant devoir rester trois jours en ce lieu , tant à cause des blessés qu’à cause des morts qu’il fallait inhumer : quum et propter vulnera militum et propter sepulturam occisorum, nostri triduum morati eos sequi non potuisset. C’est la seule fois qu’il sera question de ce pieux devoir dans les Commentaires.

Le lieu où se donna cette mémorable bataille, ce vaste cimetière de toute une nation, a été longtemps cherché. On a fini par le découvrir dans les plaines de Cussy-la-Colonne, de Santosse, d’ivry et d’Auvenay, sur un espace de plus de

2 kilomètres où existent de nombreux tumuli contenant des restes humains , des bracelets en bronze , des couteaux en silex et des débris de poteries. A Cussy se voit une haute colonne due à l’art romain. Le souvenir qu’elle rappelle restait inconnu lorsque la découverte des tumuli a fait songer à la défaite des Helvétiens. On croit qu’elle a remplacé un monument plus ancien dont on montre les débris, lequel dut être élevé , sous Auguste , par les Éduens à la mémoire de César qui les avait délivrés de l’invasion étrangère.

Les malheureux .émigrants qui s’étaient enfuis après la bataille arrivèrent, dit l’historien, le quatrième jour chez les Lingons. Leur retraite sur ce pays était toute naturelle, puisque les légions leur coupaient le chemin de la Séquanie; il leur fallut d’abord gagner Langres pour atteindre ensuite les terres que les Germains occupaient entre les Vosges et le Rhin.

En partant de Cussy, sans chariots et sans bagages, pour suivre la route que nous indiquons, ils durent prendre la vallée d’Ouche qui menait à Dibio (Dijon) par Bligny et Pontde-Pany. De Cussy à Dijon il y a 12 lieues, ils n'en avaient donc pas fait plus de trois par étape.

Bien que César se fût arrêté trois jours sur le champ de bataille, il n’en avait pas pour cela oublié les débris de l’armée vaincue. 11 fit défendre aux Lingons de leur fournir des vivres s’ils ne voulaient pas être traités en ennemis. C’était jeter le désespoir parmi les fugitifs. Le cinquième jour il se mit à leur poursuite avec toutes ses forces : ipse, triduo intermisso, cum omnibus copiis eos sequi cœpit. C’est-à-dire qu’il se mit en route trois jours écoulés entre celui de la bataille et celui de son départ.

S’il part le matin du cinquième jour, il campa nécessairement, après deux étapes, vers Dijon, alors que les Helvètes venaient d’en sortir. Le lendemain il dut les serrer de plus près, puisque sa marche était le double de la leur.

Engagés sur l’antique voie de Dibio à Andematunum

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