LIVRE PREMIER
(Langres) et se >oyant si chaudement poursuivis, ils envoient des messagers à César pour lui faire agréer leur soumission. Ceux-ci le croisent en roule, se jettent à ses pieds et lui demandent la paix. Il leur commande de retourner de suite auprès des leurs et de les faire s’arrêter là où ils le rencontreraient : quo tam essent.
Il est clair que l’armée romaine dut les joindre entre Dijon et Langres, peut-être vers l’antique Tile , appelée maintenant Til-le-Chàteau. Arrivé près d’eux, César leur demanda des otages, leurs armes et les esclaves qui s’étaient enfuis et cachés dans leurs rangs : servos qui ad eos perfugissent. Chose curieuse à noter que cette foule de serviteurs, anciens prisonnière de guerre vendus à l’encan quittant les domaines de leurs maîtres pour se cacher parmi les étrangère. Tout porte à croire que César les réclama , à la prière des Éduens dont les campagnes désertes manquaient de bras pour les cultiver. 11 ne pouvait d’ailleurs autoriser un pareil état de choses sans s’exposer lui-même à ne plus trouver d’aeheteure quand aurait lieu ce trafic d’hommes, que nous verrons se renouveler plusieurs fois dans le cours des Commentaires.
Pendant que ce traité avait lieu, six mille Urbigeni (du canton de Berne), craignant qu’on ne les fit mourir après les avoir désarmés, se dérobèrent, au commencement de la nuit, et se dirigèrent du côté du Rhin vers les terres des Germains : ad Rhenum finesque Germanorum contenderunt .
Informé de leur fuite, César écrit à toutes les cités chez lesquelles ils pourraient passer: quorum per fines ierant, de marcher contre eux et de les ramener au camp sans délai. Ils durent chercher à atteindre les terres des Leuci et des Mediomatrices, ensuite celles des Germains fixés entre le Rhin et les Vosges. C’était, avons-nous vu, le projet de toute leur armée après sa défaite; s’ils eussent, en effet, pris la route de Besançon, César, au lieu d’écrire à plusieurs peuples, n’aurait envoyé ses ordres qu’aux Séquanes.
Enfin tous ces malheureux furent arrêtés, ramenés au camp romain et traités en ennemis : reductos in hostium numéro habuit; c’est-à-dire qu’ils furent probablement vendus comme esclaves, car on ne peut supposer que César ait eu la cruauté de les faire mourir. Nous ne cherchons pas à pallier ses actes trop rigoureux que rien n’excuse, mais nous le verrons seulement faire couper les mains aux défenseurs &' Uxellodunum ,<\m devaient être à ses yeux plus coupables que ces pauvres Ilelvétiens qni s’étaient enfuis dans la crainte d’être égorgés.
Quant aux autres, après qu’ils eurent donné des otages, rendu leurs armes et les transfuges, il les renvoya dans leur pays, ne voulant pas que les Germains s’en emparassent et ne devinssent trop voisins de la Province gauloise et des Allobroges : et finitimi Provincice Galliœ A llobrogibusque essenl. 11 leur ordonna de rebâtir leurs villes et leurs bourgades, et comme ils avaient perdu tous les fruits de leurs terres et ne trouveraient rien en arrivant chez eux pour apaiser leur faim, il manda aux Allobroges de leur fournir une certaine provision de blés : ut his frumenti copiam facerent.
Ces réquisitions n’ont pu être faites aux Allobroges de la rive droite, complètement dépouillés. D’un autre côté, César ne dut pas faire passer les Helvétiens chez ceux de la rive gauche, qui appartenaient à la Province. On peut donc croire qu’après avoir traversé le pays des Séquanes par Pontoux , Romenai, Bourg, Pont-de-l’Ain et Nantua, ils reçurent les blés des Allobroges provinciaux au moment où ils côtoyaient le Rhône, depuis le Pas-de-la-Cluse jusqu’à Genève. Cette explication satisfait au texte de l’historien, car il ne fut pas ordonné aux Allobroges de leur fournir des blés pour les nourrir en passant, mais pour qu’ils en eussent une certaine provision quand ils rentreraient dans leurs maisons.
Avant le départ de ces malheureux, les Éduens obtinrent de César les Boïens, peuple en grande réputation de valeur,