‹ Conquête des Gaules analyse raisonnée des Commentaires de Jules CésarChapitre 16 sur 40 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

qu’ils établirent sur leurs terres entre le Cher et l’Ailier, vers Bourbon-1’ Archambault, lieu convenable pour couvrir leur frontière du côté des Arvernes. On fit le dénombrement de ceux qui s’en retournèrent dans leur pays, il ne s’en trouva que cent dix mille. 11 en était sorti trois cent soixante-huit mille, d’après les listes écrites en lettres grecques : litteris gratis, qui furent trouvées dans leur camp : on y comptait deux cent soixante-trois mille Helvétiens, trente-six mille Stulingiens, quatorze mille du Brisgau, vingt trois mille du pays de Bâle et trente-deux mille Boïens. Dans cette foule se voyaient quatre-vingt-douze mille combattants, c’est-à-dire le quart de la population émigrante, fait curieux à noter, pouvant faire apprécier cette de toute la Gaule.

En effet, Strabon dit (lib. iv) que la Belgique, telle qu’elle était avant la conquête, contenait trois cent mille hommes en état de porter les armes ; sa population se montait donc à douze cent mille âmes.

Mais la Celtique et l’Aquitaine étaient plus peuplées. Que nous doublions donc ce chiffre pour chacune de ces contrées, nous arriverons à un total de quatre millions huit cent mille, lequel, joint à la population de la Belgique, fournira pour l’ancienne Gaule près de six millions d’âmes. L’exiguité de ce chiffre doit d’autant moins surprendre que sous Louis X1Y la France n’était peuplée que de quinze millions d’habitants, et que Paris au xiv e siècle n’en comptait que cinquante mille.

La défaite des Helvétiens paraît énorme , mais si l’on réfléchit que ces peuples avaient eu à peine soixante-neuf mille hommes engagés dans la dernière bataille, puisqu’il en était resté le quart sur la rive gauche de la Saône, que ce nombre, encore exagéré peut-être par l’historien, avait eu à lutter contre l’embarras apporté par la grande masse de gens impropres au combat qui les encombrait, que, d’un autre côté , les six légions de César au complet , renforcées d’auxiliaires gaulois, formaient un effectif de près de qua-

rante mille hommes aguerris, bien armés et disciplinés, on jugera que leur succès, qui semble d’abord prodigieux, peut être réduit à des proportions moins gigantesques.

Cette guerre terminée , les principaux du pays vinrent féliciter César et lui demander permission de tenir leurs états. 11 la leur accorda. Ainsi , dès cette première campagne, rien d'important ne se faisait déjà plus dans la Gaule sans l’assentiment du général romain.

11 ne dit pas où il se trouvait alors; tout porte à croire que c’était à Langres, et qu’il y resta peut-être plus d’un mois, puisque, après la tenue des états, les mêmes personnages avec lesquels il avait conféré revinrent le trouver pour en obtenir une nouvelle audience : Eo concilia demisso, iidem principes civitatum qui ante fuerant ad Ccesarem reverterunt. Cette assemblée n’a pu être tenue qu’à Bibracte ; César n’y était pas, autrement il ne se serait pas servi de l’expression ad Ccesarem reverterunt, indiquant un certain espace parcouru pour venir près de lui.

Ils le conjurèrent de les écouter et de leur garder le secret le plus inviolable , car si ce qu’ils avaient à lui communiquer était découvert ils courraient risque d’être perdus. Divitiacus, portant la parole, lui représenta que la Gaule celtique était divisée en deux factions, que les Arvernes se voyaient à la tête de l’une et les Éduens de l’autre; qu’après s’être longtemps disputé la souveraineté, les Arvernes réunis aux Séquanes avaient fait venir les Germains à leur secours; que d’abord il en était passé dans la Gaule environ quinze mille qui, ayant reconnu la bonté du pays, en avaient attiré tant d’autres qu’ils étaient bien à présent cent vingt mille : mine esse in Gallia ad c et xx millium numerum; que les Éduens et leurs alliés, dans deux batailles contre eux, ayant perdu leur cavalerie, leur noblesse et leur sénat, avaient été obligés de donner les principaux d’entre eux en otages aux Séquanes , mais que l’état de ces derniers était encore plus triste que celui des Éduens, puisque Arioviste

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