LIVRE PREMIER
s’était établi clans un des meilleurs cantons formant le tiers de leur pays : tertiamque partern agri Sequani . . . occupavisset, et qu’il en voulait encore avoir un autre tiers pour les Harudes (de Constance) qui, depuis peu, étaient venus le joindre, au nombre de vingt-quatre mille; enfin, qu’Arioviste était devenu si fier depuis la bataille qu’il avait gagnée sur les Gaulois à Amagetobriga qu’il voulait avoir en otage les enfants des premières maisons et les traitait cruellement quand tout n’allait pas à sa fantaisie : Ariovistum autem, ut semel Gallorum copias prœlio vicerit, qaod prœlium factum sit Amagetobria, superbe et crudeliter imperare, obsides nobilissimi cujusque liberos poscere, et in eos omnia exempta cruciatus edere , si qua res non ad nutum aut ad volimtatem ejus facta sit.
Divitiacus ajouta qu’ils seraient obligés d’abandonner leur pays si César n’empêchait pas les Germains d’entrer dans la Gaule et ne les défendait eux-mêmes de la violence d’Arioviste. Il promit de faire attention à leurs demandes et les congédia.
Il est évident qu’il existait deux factions en Séquanie, que Casticus, fils de l’ancien roi, se trouvait à la tête du parti favorable aux Germains, puisque c’était lui qui avait accordé passage aux Helvètes.
Nous avons besoin, dans l’intérêt de ce qui va suivre, d’interrompre notre récit pour chercher où devait être Amagetobriga , lieu célèbre par la défaite des Éduens et de leurs alliés. Il y a une infinité d’opinions à ce sujet : Sanson l’a vue à Magstad, en Lorraine, puis à Bingen, sur la Nave, par suite d’un passage fort obscur d’Ausone (1). Marlien interprète Touan, Charles de Bouelle Mézières, Schœflin Dampierre ou Bavans, enfin d’autres Cernay. D’Anville opte
( 4 ) Tranaierem celertm nebuloao flumina Navam , Addita miratus veteri nova mœnta vico.
QEquavit Luttas ubi quondatn Gallia Cannas.
pour Moigte-Broye sur l’Oignon : « parce que, dit-il, la situation de ce lieu parait convenable, en ce que, les Ædui allant au-devant des Germains pour couvrir leur pays, c’est en remontant la Saône et dans son voisinage qu’ils ont dû se rencontrer. »
Ce raisonnement serait juste si les Éduens seuls avaient eu affaire aux Germains; mais on sait que la Gaule était alors divisée en deux factions, à la tête desquelles se voyaient les Éduens et les Àrvernes. Or, puisque les Éduens ont été défaits avec leurs clients : cum his Æduos , eorumque clientes semel, atque etiam armis contendisse, il est permis de croire que les Lingons faisaient partie de cette clientèle, et qu’Arioviste a pu être arrêté par l’armée des coalisés, sortant aussi bien de la frontière lingone que de la frontière éduenne; cela dépend de la route qu’aura suivie le chef germain pour venir les attaquer.
On prétend, en faveur de Moigte-Broye, qu’il y a été trouvé un fragment de vase sur lequel était écrit : Magetob. Malheureusement, personne ne l’a vu. Dans le cas contraire, ce ne serait pas encore une raison pour confondre le nom d ' Amagetobriqe avec celui d’un potier.
Nous préférons, avec M. Walekenaer, Amage, situé entre Luxeuil et Faucogney. Arioviste aura pu prendre la route directe des Vosges, passant par Raon-l’Étape, Rambervillers, Remirecourt, Faucogney, Amage, Luxeuil, et les confédérés, sortant de Langres et marchant à sa rencontre, auront pu l’arrêter vers Amage, avant qu’il ait eu le temps d’entrer chez les Lingons par Port-Abucin (Port-sur-Saône) pour aller ensuite chez les Éduens.
Une autre opinion , qui réunit un certain nombre de partisans, voit Amagetobrige à Pontailler, ancienne station romaine placée au confluent de la Saône et de l’Oignon. Us produisent les mêmes arguments que les amis de Moigte- Broye. Nous venons d’y répondre.
Le nom de Pontailler n’a d’ailleurs aucun rapport avec