LIVRE PREMIER
celui d’Amagetobrige, tandis que celui d’Amage le reproduit dans sa partie la plus essentielle ; reste la finale briga , rappelant le pont qui existe sur la Brenchain, rivière qui passe dans cette localité.
Mais ce qui milite encore en faveur d’Amage, ce sont les marais dont cette commune est entourée; c’est le vaste lumulus qui existe sur son territoire, d’où l’on exhumait autrefois tant d’ossements humains que le moyen âge y a placé une chapelle pour arrêter ce qu’il regardait comme une profanation de sépultures. Ne serait-ce pas là le champ de repos où furent inhumés les Éduens et leurs alliés défaits par Arioviste ?
Nous prions nos lecteurs de se rappeler Amagetobrige et la voie gauloise allant de Strasbourg à Autun, que nous venons de signaler.
Nous avons maintenant à dire quel était le tiers de la Séquanie dont le chef germain avait obtenu la concession. Ce territoire devait se composer de la haute Alsace, depuis Bâle jusqu’à Schélestadt; car la basse Alsace, ayant appartenu partie aux Séquanes, partie aux Médiomatrices, avait été cédée, dit Strabon, aux Tribocci, peuples germains qui s’y étaient établis : Meià St toùç ’E).oui]tt(ouî Xqxoavot xai MsSto- [Acrtptxof xatoixoîwi tôv 'Prjvov, èv oïç ÏSpuTat l'epp-ivixov ÜÔVOÇ TrepattoOlv Sx trjî olxeîa;, Tpl6oxj(o(.
Le même auteur (lib. iv) et César ne citent que cette nation entre le Rhin et les Vosges; car les Rauraci, les Némètes, les Vangions et les Caracates n’étaient pas encore passés sur la rive gauche du fleuve.
Arioviste, roi germain, dut arriver d’abord chez les Tribocci , ses anciens sujets, et s’étendre ensuite sur les terres que lui concédèrent les Séquanes, c’est-à-dire sur celles de la haute Alsace se prolongeant jusqu’aux sources du Doubs. 11 serait difficile de lui assigner d’autres cantons.
C’était à Bâle que passaient les Harudes qui, à l’arrivée de César, demandaient un autre tiers de la Séquanie. Leurs
bandes occupaient déjà la partie du territoire située entre le Rhin et Mandeure, d’où elles partaient pour faire des excursions jusque chez les Éduens.
Arioviste était fixé depuis quatorze ans dans ses nouveaux États; c’est donc à tort que l’auteur allemand, M. Auguste de Goéler, le fait résider dans le Wurtemberg. Ce chef, dans ce cas, eût-il dit à César qu’il n’aurait jamais songé à passer le Rhin si les Gaulois ne l’en eussent prié; qu’il avait quitté son pays et ses proches sur les grandes espérances dont on l’avait flatté ; que les terres qu'il occupait dans la Gaule lui avaient été données volontairement, et que s’il avait battu les Gaulois (à Amagetobrige), c’est qu’ils l’avaient attaqué : Transisse Rhenum sese non sua sponte, sed rogatum et accersitum a Gallis, non sine magna spe domum propinquosque reliquisse : sedes habere in Gallia ab ipsis concessas ?
Nous croyons qu’il résidait chez les Tribocci , vers Argenloratum (Strasbourg), à l’extrémité de l’antique voie de Langres à cette ville, puisque les messagers de César purent aller deux fois conférer avec lui, mission difficile s’il eût demeuré dans le Wurtemberg. Il ne devait même pas être très-éloigné de Bingen, car on craint que son armée ne soit renforcée de celle des Suèves réunie sur les bords du Rhin , d’où elle menaçait le pays des Trévires. 11 était même depuis longtemps dans cette contrée, puisqu’il y avait appris la langue gauloise par suite d’une longue pratique : qua multa jatn Ariovistus longinqua consuetudipe utebatur.
Après les plaintes des députés de la Gaule, il parut honteux à César que les Éduens, amis de la république, fussent réduits en esclavage par les Germains et obligés de leur donner des otages, ainsi qu’aux Séquanes. Rome était, d’ailleurs, intéressée à empêcher les peuples d’outre-Rhin de s’établir dans la Séquanie, qui n’était séparée de la Pro-