LIVRE PREMIER
vince que par le Rhône : præsertim qimm Sequanos a Provincia nostra Rhodanus divideret.
Il envoya des députés à Arioviste pour lui demander une entrevue dans un lieu situé à égale distance des positions qu’ils occupaient : in aliquem locum medium utriusque. Us durent suivre , en quittant Langres, la voie de Toul , de Nancy et de Saverne, c’est-à-dire celle que nous prendrions aujourd’hui; car les Gaulois ont eu le mérite de découvrir dans leurs montagnes toutes les issues dont nous avons trouvé bon de nous emparer. Cette voie n’était pas la plus courte, mais elle faisait éviter les difficultés que l’on rencontrait sur celle de Luxeuil, de Remiremont et de Rambervillers.
Le chef germain répondit à ces députés que si César désirait lui parler, c’était à lui de venir le trouver, car il ne jouirait d’aucune sécurité sur les terres des Romains qu’à la tête de ses forces, et ne pouvait les réunir qu’avec beaucoup de peines et de dépenses. 11 exagérait les difficultés, puisque nous allons bientôt le voir à la tête d’une armée de plus de cent mille hommes.
César, à la réception de ce message, renvoya les mêmes députés près d’Arioviste; il resta donc, en attendant leur retour, un certain temps chez les Lingons, pendant lequel il contracta une alliance solide avec eux, et, rapprochement singulier, nous voyons un siècle plus tard le chef lingon Sabinus, si connu par le dévouement de sa femme Éponine, se repaissant, dit Tacite, de la chimère d’une alliance glorieuse, parce que sa bisaïeule avait plu à César du temps de la guerre des Gaules et qu’on avait parlé de leur adultère : proaviam suam divo Julio, per Gallias bellanti, cor pore atque adulterio placuisse. ( Hist ., lib. îv.)
Les députés de César avaient mission de dire à Arioviste qu’il n’attirât plus de Germains dans la Gaule, qu’il rendît les otages des Éduens et qu’il ne commît aucune hostilité contre les alliés du peuple romain. Il répondit qu’il avait usé du droit de la victoire, que les Éduens étaient soumis à un
juste tribut, que jamais il ne rendrait leurs otages, et que si les Romains se rangeaient de leur côté ils pourraient apprendre à leurs dépens ce que vaut une nation invincible qui depuis quatorze ans n'a pas couché sous un toit : qui intra annos quatuordecim tectum non subissent, llsn’éiaient donc que campés dans le pays qu’ils occupaient, ne s’y livrant à aucun travail d’agriculture et ne vivant que de rapines aux dépens des peuples qui les avaient accueillis.
Dans le temps où celte réponse était transmise à César, des messagers éduens et trévires vinrent lui porter plainte : les Éduens, de ce que les Harudes (peuples de Constance), appelés au nombre de vingt-quatre mille par Arioviste, passaient le Rhin (à Bâle) et portaient la désolation dans leur pays; les Trévires, de ce que les cent cantons des Suèves, réunis sur la rive droite du même fleuve, essayaient de le traverser. La suite prouvera qu’ils étaient sur le territoire des Ubiens, probablement entre Bingen et Coblentz, à la frontière orientale des Trévires. Nous continuerons notre analyse jusqu’à la fin de la campagne, avant d’entrer dans les explications qu’elle comporte.
César, craignant la jonction des Suèves à l’armée germaine, comprit qu’il n’avait pas de temps à perdre pour commencer ses opérations : Maturandum sibi existimavit ne, si nova manus Suevorum cum veteribus copiis Ariovisti sese conjunxisset , minus facile resisti posset.
11 quitte ses campements et marche à grandes journées contre Arioviste : magnis itineribus ad Ariovistum contendit. Il faisait sa troisième étape : quum tridui viam processisset, lorsqu’il apprit que le roi germain était sorti depuis trois joui s de ses États : triduique viam a suis finibus processissc, et se dirigeait sur Vesontio (Besançon), ville principale des Séquanes : quod est oppidum maximum Sequanorum.
Jugeant qu’il fallait mettre tout en œuvre pour le prévenir, il marche jour et nuit, entre dans cette place et y met