‹ Conquête des Gaules analyse raisonnée des Commentaires de Jules CésarChapitre 20 sur 40 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

garnison : Eue Cœsar magnis diurnis nocturnisque itineribus contendit.

Pendant le peu de jours : paucos dies, qu’il y resla pour régler ce qui concernait les vivres et son année, la frayeur s’empara de l’esprit des soldats, auprès desquels les Gaulois et les marchands avaient exagéré la valeur et la haute taille des Germains. Les amis que César avait amenés de Rome demandèrent eux-mêmes à se retirer. Ses principaux officiers disaient qu’ils n’appréhendaient pas la bataille , qu’ils craignaient plutôt la difficulté des chemins et la profondeur des forêts qui s’opposeraient au transport des vivres : Non se hostem vereri, sed angustias itineris et magnitudinem silvarum quœ inter eos atque Ariovistum intercederent , aut rem frumentariam ut satis commode supportari , posset timere dicebant.

Voyant une consternation si générale, César leur dit, pour les rassurer, que ces peuples avaient toujours été battus par les Romains, même par les Helvétiens, et que, s’ils avaient vaincu les Gaulois à Amagetobrige , c’est qu’ils s’étaient tenus constamment dans leurs marais et n’avaient attaqué leurs adversaires qu’après qu’ils se furent dispersés, ayant désespéré de pouvoir combattre.

Il ajouta qu’il avait pourvu aux vivres, que les Séquanes, les Leuci et les Lingons lui en fourniraient : hœc sibi esse curce : frumentum Sequanos , Leucos, Lingones subministrare; que la moisson était prête , qu’ils jugeraient euxmêmes que les chemins n’étaient pas si difficiles, et qu’il était résolu de partir dès le lendemain avant le jour, afin de voir de suite si la crainte l’emporterait chez eux sur le devoir; qu’il était toutefois assuré que la dixième légion ne l’abandonnerait pas et qu’il en ferait sa cohorte prétorienne. Cette allocution produisit un changement surprenant sur les esprits, et tous lui dirent qu’ils le suivraient partout.

Après avoir reçu leurs excuses et s’être informé des chemins près de l’Ëduen Divitiacus, il résolut, pour mener son

armée par une route découverte, de faire un détour de 40 milles (58 kilomètres) et partit dès le lendemain dès trois heures du matin, comme il l’avait dit : Et itinere exquisilo

per Divitiacum ut mi Ilium quadraginta circuitu locis

apertis exercitum duceret , de quarta vigilia uti dixerat profectus est.

Il marche pendant six jours, et le septième, comme il était en route, ses éclaireurs lui donnent la certitude que l’armée des Germains est à 24,000 pas (35 kilomètres) de lui : Ab exploratibus certior factus est Ariovisti copias a nostris millibus passuum quatuor et vigenti abesse.

Arioviste, ayant eu connaissance de son arrivée, lui envoya dire qu’il acceptait une entrevue alors qu’il pouvait le faire sans danger. César y consentit et la fixa à cinq jours plus tard. Arioviste demanda qu’ils ne se fissent accompagner que de cavalerie l’un et l’autre, protestant qu’il ne viendrait qu’à cette condition. César, qui ne se fiait pas trop aux escadrons gaulois, fit monter leurs chevaux par la dixième légion, sur laquelle il comptait le plus pour en être secouru en cas de besoin. Si toute la légion, composée de quatre à cinq mille soldats, était montée, l’escorte se composait donc d’un pareil nombre de cavaliers. Il est surprenant que l’armée romaine n’ait pas eu parmi les siens assez d’escadrons pour faire un pareil service et que tant de gens de pied se soient trouvés aptes à faire l’office de cavaliers, transformation qui fit dire très-plaisamment à un des légionnaires que César leur tenait plus qu’il ne leur avait promis, puisqu’au lieu de les faire prétoriens il les faisait chevaliers.

L’entrevue eut lieu dans une grande plaine , sur un tertre assez élevé , également éloigné des deux camps : Planitics erat magna , et in ea tumulus terreus satis grandis, hic locus œquo fcrc spatio ab castris utrisque aberat. Pendant que César exposait ses griefs à Arioviste , la cavalerie germaine se mit à charger celle des Romains. La conférence fut

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