‹ Conquête des Gaules analyse raisonnée des Commentaires de Jules CésarChapitre 21 sur 40 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

rompue et César alla rejoindre les siens, qui n’en montrèrent que plus d’ardeur et plus d’envie de combattre.

Deux jours après, Arioviste lui demanda une nouvelle entrevue. 11 ne crut pas devoir s’y rendre ni envoyer aucun de ses lieutenants. Il se contenta d’expédier Valérius Procillus, le même qui lui avait servi d’interprète près des Éduens Divitiacus et Dumnorix. Procillus, fils de Caburus, souverain magistral des flelvii[\ib. vu), était un jeune Gaulois distingué, parlant également bien la langue des Romains, celle des Celtes et celle des Germains. On lui adjoignit Mettius, qui avait droit d’hospitalité près d’Arioviste. Celui-ci, les voyant arriver, leur demande ce qu’ils viennent faire dans son camp et les fait mettre aux fers, puis il part et vient s’établir au pied d’une montagne, à 9 kilomètres de César. Le lendemain il défile devant l’armée romaine et prend position à 3 kilomètres derrière elle, afin de lui couper les vivres venant du pays des Séquanes et des Éduens : Uti fmmento commeatuque , qui ex Sequanis et Æduis supportaretur , Cæsarem inter cluder et.

César rangea pendant cinq jours de suite ses troupes en bataille devant son camp. Arioviste se contenta d’cscarmoucher avec sa cavalerie. Le général romain , voyant qu’il allait manquer de vivres, alla se poser à 600 pas au-dessous de lui et travailla à s’y retrancher.

Cet ouvrage terminé , il y laissa deux légions et ramena les quatre autres au premier camp. Le jour d’après, il sortit avec toute son armée , offrit la bataille à l’ennemi , qui la refusa. Les Romains ne furent pas plus tôt rentrés dans le petit camp que les Germains les attaquèrent sans succès. Le lendemain, César marche avec toutes ses légions contre leur position. Ceux-ci, composés de Harudes, de Marcomans , de Vangions , de Tribocci, de Némètes , de Sedusii et de Sitèves, se mettent en ligne par ordre de nation et s’entourent de leurs chariots, d’où leurs femmes leur ten-

daient les bras en passant , et , toutes échevelées , les exhortaient à ne pas les livrer aux Romains.

César mit un légat et son questeur à la tête de chaque légion pour les rendre témoins de la valeur de chacun : Ccesar singulis legionibus singulos legatos et quœstorem prœfecit , uti eos testes suœ quisque virtutis haberet. Ce passage est remarquable, en ce sens qu’il indique une nouvelle création dans la hiérarchie militaire des Romains. Jusqu’à cette époque la légion n’avait pas été mise sous les ordres d’un même chef. Six tribuns placés à sa tête la commandaient à tour de rôle. Désormais le tribun ne sera plus qu’un chef de cohorte.

Ces arrangements pris, César commence l’attaque par l’aile droite, qui lui paraît la plus faible. Il fond sur l’ennemi qui , de son côté , en vient aux mains si rapidement qu’on n’a pas le temps de lancer le javelot. On le jette à terre et l'on met l’épée à la main. Les Germains se serrent en un gros bataillon pour soutenir le choc. Les Romains se lancent sur eux, rompent et mettent en déroute leur aile gauche, mais leur droite presse vivement les légionnaires par son grand nombre. Le jeune Crassus arrive avec la cavalerie pour les dégager.

Le combat se trouvant rétabli, l’ennemi tourna le dos sur tous les points, s’enfuit et ne s’arrêta qu’au Rhin, qui était à 50 milles environ (75 kil.) du champ de bataille : Omnes hostes terga verterunt , neque prius fitgere destiterunt quant ad flamen Rhenurn millia passuum ex eo loco circiter quinquaginta pervenerint.

Quelques-uns se sauvent à la nage ou sur des nacelles. Le roi germain est du nombre de ces derniers. Le reste, poursuivi par la cavalerie romaine , est taillé en pièces : reliquos omnes équités consecuti nostri inter fecerunt. Deux femmes d’Arioviste y périssent.

César, qui poursuivait la cavalerie germaine, eut la satisfaction de rencontrer son interprète Valérius Procillus qu’on

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