LIVRE PREMIER
emmenait lié de trois chaînes et de le délivrer : In ipsum Cœsarem hostium equitatum persequentem incidit. Procillus lui apprit qu’on avait tiré trois fois au sort, en sa présence, pour savoir si on le ferait brûler sur-le-champ ou si l’on remettrait son supplice à un autre temps. On trouva aussi Mettius et on le ramena.
Les Suèves abandonnèrent les bords du Rhin aussitôt qu’ils eurent appris la défaite de l’armée germaine. Les Ubiens, dont ils avaient envahi le territoire, profitant de leur terreur, les poursuivirent et en tuèrent une grande partie : Domum reverti cœperunt , quos Ubii, qui proxime Rhenum incolunt, perterritos insecuti, magnum ex his numerum occiderunt. Ce n’est donc pas sans raison que nous les avons placés chez les Ubiens et prêts à fondre sur le territoire des Trévires.
Ce grand succès obtenu, César ramena ses légions en quartiers d’hiver chez les Séquanes : in hiberna in Sequanos deduxit; c’est-à-dire qu’il quitta les terres concédées aux Germains sur les bords du Rhin (la haute Alsace), rentra chez les Séquanes, où il laissa son armée sous le commandement de Labiénus.
Ce récit est esquissé à grands traits , et César laisse mille choses à deviner depuis son départ de Langres. Pour s’en rendre compte , il convient de rechercher d’abord par quel côté de ses États Arioviste sortit pour aller de Strasbourg à Besançon : il aurait pu en sortir par Belfort ou par les Vosges. Par les Vosges, il suivait la route antique de Rambervillers, de Remiremont, d’Amage, de Luxeuil et d’Autun. La route de Nancy et de Toul aurait peut-être été plus facile, bien que plus longue, s’il eût été dans son plan d’entrer chez les Leuci et chez lesLingons, mais il est à croire qu’il voulut éviter l’armée romaine et atteindre Besançon, d’où il pourrait, selon les événements, entrer chez les Éduens ou se retirer en Germanie.
S’il se fût engagé entre le Rhin et les Vosges, il serait entré
dans Y oppidum des Séquanes avant les légions, puisque depuis trois jours il avait dépassé ses propres frontières, que l’on doit placer de ce côté vers Belfort, lorsque César eut connaissance de sa pointe sur Besançon. Pourtant Beatus Rhenanus met le champ de bataille sur le territoire de Saint- Apollinaire, à une lieue du Rhin, et fait traverser le fleuve à l’armée germaine , près de Bâle, sur la foi d’un interprète grec qui a employé le mot quinque au lieu de quinquaginta avant les mots millia passuum.
Cette leçon ne peut convenir; car Plutarque, copiste de César, ne l’a pas suivie, et Orose, qui écrivait quatre siècles plus tard, porte cette distance à 50 milles. Cinq milles ne peuvent être admis par cette autre raison que César parle comme d’une chose surprenante de la fuite non interrompue des Germains jusqu’au fleuve : neque prius fugere destiterunt... quam ad f lumen pervenerunt , tandis que rien ne serait plus naturel qu’ils eussent fait une lieue 1/2 d'un seul trait. Le mot pervenerunt n’indique-t-il pas d’ailleurs un assez long parcours exécuté pour arriver au but? Celse, scoliaste de César, le comprenait ainsi, puisque, après avoir parlé de la déroute des Germains, il dit : Usque ad ripam Rheni fuga perpétua fuit. Une fuite continue ne peut s’appliquer à une distance qui n’aurait été que de 7 kilomètres.
D’autres placent la rencontre des deux armées à l’est de Mulhouse, sur le territoire de Cernay. Sur ce point, Arioviste n’aurait pas été à trois jours de marche de ses Étals, et Cernay est à 5 lieues du Rhin, distance trop longue ou trop courte, soit qu’on admette celle de l’un ou l’autre texte.
M. de Golbéry choisit Arcey, près Montbéliard (1), et fait fuir les Germains sur Vieux-Brissae. Son opinion est-elle mieux fondée que les précédentes ? Elle peut l’être quant à la distance qu’il fait parcourir arbitrairement aux troupes d’Arioviste après leur défaite pour arriver aux 50 milles de
(1) Supplément aua; anti</uitée d’Aleace.