LIVRE PREMIER
l’historien, mais elle ne l’est pas quant à celle d’Arcey au Rhin, vers Bâle, puisqu’il n’y a pas plus de 7 à 8 lieues entre ces deux points, et que le champ de bataille était, d’après le texte, à 75 kilomètres du Rhin.
Nous ajouterons que, la distance de Besançon à Arcey n’étant que de 1 5 lieues, il n’aurait pas été nécessaire à César, partant avant le jour de l 'oppidum des Séquanes , de faire sept étapes pour gagner Arcey. A la vérité, M. de Golbéry, voulant obéir aux exigences du détour que dut faire l’armée romaine, la conduit dans la vallée de l’Oignon et la fait passer par Cromary et Montbozon, c’est-à-dire qu’il lui attribue un supplément de 12 kilomètres à peine, au lieu des 60 (40 milles) mentionnés dans les Commentaires.
Serait-ce enfin entre Besançon et Montbéliard qu’auraient existé ces grandes forêts, ces chemins étroits dans lesquels les officiers romains craignaient de s’égarer et de manquer de vivres?
La route de Besançon à Montbéliard et Belfort a toujours été ouverte et praticable. Ne sait-on pas que près de Montbéliard existait Mandeure, fort établissement gaulois, et peut-on croire que la nation qui possédait peut-être plus de chariots que toutes les autres nations voisines manquât d’une route commode pour communiquer de cet oppidum à sa principale cité ?
Saint-Apollinaire et Montbéliard nous paraissent hors de cause, car Arioviste n’aurait pas eu la pensée de s’engager entre le Rhin et les Vosges, ni César celle d’aller l’atteindre au delà de Colmar. S’il en eût été ainsi, comment ce dernier aurait-il pu compter, eu égard à l’obstacle des montagnes, sur les vivres des Lingons et des Leuci?
Que nous jetions maintenant nos regards à l’ouest des Vosges en nous demandant si Arioviste n’est pas sorti par la frontière occidentale de ses États pour prendre la route de Rambervillers, qu’il avait déjà suivie , et sur laquelle existaient ses anciennes positions d’Amagelobrige, nous croyons
PREMIÈRE CAMPAGNE 4 il
à cet itinéraire, et, pour en démontrer l’exactitude, nous avons besoin de jeter un regard en arrière et de suivre César depuis le moment où il quitta le territoire des Lingons pour aller au-devant d’Àrioviste et revenir à Besançon.
En quittant Antumnacum (Langres), il projetait nécessairement d’aller combattre le chef germain vers Strasbourg , où ses messagers l’avaient laissé. Il dut prendre la route de Toul, qu’ils avaient suivie; car, s’il se fût engagé sur celle de Besançon, ville qui n’est qu’à 20 lieues de Langres, il ne lui aurait pas fallu faire d’abord trois étapes à grandes fournées et marcher ensuite jour et nuit pour s’y rendre.
Il pouvait donc être à 20 ou 24 lieues de Langres, sur la voie de Toul, passant par Mosa (Meuvy), Noviomagus (Xeuchâteau) et Solimaraca (Soulosse), lorsqu’il apprit qu’Arioviste, au lieu de l’attendre dans ses États, en était sorti et marchait sur Besançon. Si le chef germain eût pris, lui aussi, la route de Toul, il aurait rencontré César, et les deux armées en seraient venues aux mains; il y a donc lieu de croire qu’il avait suivi la voie des Vosges conduisant directement à Besançon par Luxeuil, Vesoul, et qu’il pouvait être à Rambervillers lorsque César eut connaissance de sa marche.
Ce dernier ne juge pas à propos de faire une conversion sur sa droite pour l’atteindre dans les montagnes. 11 connaît les projets du chef germain sur Vesontio et préfère rétrograder pour le devancer dans cette place. Arioviste avait 30 lieues à parcourir sur la route directe de Vesoul ; César en avait près de 40, en suivant l’antique voie de Neufchâteau , la Marche, Jussey, Seveux [Segobodium), où existait un pont sur la Saône; mais, s’il marche nuit et jour, il pourra devancer l’armée ennemie, qui "avait à traverser des montagnes et des bois.
11 paraît qu’Arioviste, renseigné sur la marche de César, s’arrêta en route et reprit son ancienne position d’Amage-