‹ Conquête des Gaules analyse raisonnée des Commentaires de Jules CésarChapitre 24 sur 40 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

tobrige (1) pour y attendre l’armée romaine. Il en connaissait les marais, les dispositions topographiques; il y avait battu les Éduens et leurs alliés; il devait essayer du prestige que son ancien champ de bataille pouvait exercer sur l’esprit des siens.

César, rendu à Besançon, projeta d’aller joindre Arioviste, qui ne s’empressait pas de venir le trouver. Il avait de grands bois et de mauvais chemins devant lui ; aussi les objections de ses officiers n’ont trait qu’à ces deux difficultés et non aux montagnes, preuve qu’Arioviste en était sorti.

Pour éviter ces bois, César se met en marche sous la conduite de l’Éduen Divitiacus, qui devait être mieux renseigné sur la route allant de son pays à Argentoratum que sur celle qui serait passée par Colmar. Le choix de ce guide ferait seul présumer qu’il ne prit pas cette dernière voie. Nous le ferons donc aller de Vesontio à Gray, et même un peu plus loin, dans le pays lingon, si c'est nécessaire, pour venir ensuite traverser la Saône au Port-Abucin de l’Itinéraire, maintenant Port-sur-Saône, où il pouvait recevoir par bateaux les blés qui lui arrivaient du pays éduen et de la Séquanie. Ce détour lui faisait précisément faire 1 2 à 1 5 lieues de plus que s’il fût passé par Vesoul.

De Port-Abucin il suivait la voie de Langres à Luxovium (Luxeuil) et marchait sur cette dernière ville, lorsqu’il acquit la certitude : certior factus est, par ses éclaireurs qu’Arioviste se trouvait à 35 kilomètres environ de lui. Qu’on

(1) C’est l’opinion de M. Walckenaer. Nous l’avions adoptée sans nous douter que nous marchions d’accord avec lui. Cependant, pour que notre conviction fttt parfaite, nous avions eu recours à l’obligeance du savant M. Mand’heux, président do la Société d’émulation d’Épinal, pour avoir des renseignements sur la topographie du territoire de Luxeuil, lorsque la notice de M. Gravier, insérée dans les Mémoires de l’académie de Besançon (1845), nous a épargné toutes recherches ultérieures. C’est-à-dire quo nous admettons les deux plus grands faits qu’elle relate : l’existence d’Amagetobrige A deux lieues de Luxeuil, et la défaite d’Arioviste dans le mémo endroit.

remarque bien les mots : certior factus est : ils prouvent qu’avant de quitter Vesontio on lui avait dit dans quels parages Arioviste s’était arrêté. Sans cela, il n’eût pas fait un détour si considérable pour le joindre, au risque de ne plus le trouver si celui-ci eût continué sa route sur Besançon.

Le camp d’ Arioviste, situé à l’est de Luxeuil, à 2 kilomètres d’Amage, sur la montagne où existe le petit village de Langle, était gardé par de vastes marais voisins de la rivière de Brenchin , qui coule dans la plaine.

Cette plaine commence à 5 kilomètres du camp germain et se termine du côté de Baudoncourt.

César, ayant continué d’avancer, se retrancha le septième jour de sa marche sur la colline qui s’étend jusqu’aux bois de Mandron et finit à Provenchères. Son retranchement , portant encore le nom de Camp-de-Cêsar, existe en face de Villers-lès-Luxeuil , à 4 lieues de celui d’ Arioviste. Ce n’était que le prœtorium de la castramétation qui couvrait toute la colline.

Arioviste quitta sa position (d’Amagetobrige) et vint s’établir au pied d’une montagne située à 9 kilomètres du camp romain.

Le tertre assigné au rendez-vous doit être le plateau qui domine le Brenchin , occupé par un des faubourgs de Luxeuil.

Arioviste, voulant retrancher à César les vivres venant du pays éduen et de la Séquanie, défila dès le lendemain devant l’armée romaine et vint s’établir sur le territoire de Meurecourt. Cette manœuvre contraignit César à gagner son nouveau camp, qui se voit encore dans la plaine, à 500 mètres environ du premier.

Qu’on remarque bien qu’il n'est plus question ici de vivres venant de chez les Lingons et les Leuci. Ils devaient être interceptés depuis plusieurs jours par la cavalerie d’ Arioviste ; il n’en aurait pas été de môme si les deux armées se fussent rencontrées du côté de Montbéliard, car les blés fournis par ces deux nations seraient aussi bien parvenus au

Page 1