‹ Conquete du Foutah-DjallonChapitre 10 sur 26 · LIBERTE REFUSEE · texte numérisé non relu

LIBERTE REFUSEE

•rante-huit heures; aucune difficulté n'était à prévoir, puisque nous ne demandions ni garantie, ni privilège. Nous touchions enfin au but, semblait-il.

Le lendemain, nous revinmes au ministère pour apporter de nouvelles explications, si cela était nécessaire; on nous dit qu'on allait télégraphier au Gouverneur de la Guinée, ou écrivit la dépêche devant nous; simple formalité de convenance, disaiton. C'était le refus.

Le coup du Gouverneur nous était familier; il nous avait été opposé déjà plusieurs fois, et chaque fois il avait trompé notre naïve crédulité.

Le précédent usage que Ton avait fait contre nous, pour la quatrième fois, de ce moyen dilatoire, nous avait ouvert les yeux; le Ministre avait télégraphié par simple convenance, disait-il; après avoir attendu avec confiance la réponse, ne voyant rien venir, nous prîmes le bateau et fûmes à Conakry demander au Gouverneur s'il n'avait pas reçu du Ministre une demande d'avis. Il l'avait reçue; mais, nous dit-il, « ne vous semble-t-il pas que d'après sa rédaction, le Ministre n'attende pas de réponse de moi? Quand le Ministre veut donner une concession, il ne me demande pas mon avis, toutes les concessions qui ont été données sur notre cote l'ont été sans mon assentiment; si l'on m'avait consulté, j'aurais donné un avis défavorable, on le sait au ministère, et l'on ne me consulte pas ». Ainsi le ministère ne consultait le Gouverneur que pour couvrir son refus.

Voyant que Ton s'attachait à télégraphier au Gouverneur, nous comprimes que c'était la fin, et au lieu d'attendre une réponse, un oui ou non qui aurait dû être déjà là, nous allâmes prendre un repos dont nos santés avaient le plus grand besoin.

Au bout d'un mois nous revînmes au Ministère; dans les bureaux, personne ne savait de quoi nous voulions parler, le Secrétaire général nous fit répondre qu il n'avait rien à nous dire. Qui était responsable? Ce n'était pas le Gouverneur, non plus le Gouverneur Général, pas davantage le Ministre; ce pouvait être le Syndicat des parasites qui, sous prétexte de politique, vit autour du pouvoir, nomme à tous les emplois et dicte ses volontés sur toutes choses; en vérité, c'était la nation qui laisse faire.

L'année suivante, nous rappelâmes avec insistance, au Ministre des Colonies, que nous avions demandé la permission d établir un chemin de fer au Foutah; il nous reçut fort mal et nous déclara qu'il n'avait jamais entendu parler de notre demande; comme il fallait donner une réponse acceptable aux Sénateurs et Députés qui nous accompagnaient, le Ministre se laissa aller à dire : « Ce chemin de fer, nous voulons le faire nous-mêmes »; « nous-mêmes », cela voulait dire par les soins du génie militaire.

Cinq missions militaires avaient donné leurs itinéraires dans le Foutah, plusieurs ofïiciers spéciaux s'occupaient d'établir un tracé de la ligne; devant la demi-confidence du Ministre, nous n'avions plus qu'à nous retirer définitivement.

LIBERTE REFUSEE in

Cependant, pour ne rien négliger, nous essayâmes une dernière démarche, nous fûmes prendre Tavis du Directeur de nos Colonies africaines. Ce Directeur nous reçut avec plus d'impatience encore que le Ministre; il connaissait nos travaux, nos instances, mais il ne pouvait nous accorder la permission que nous demandions; il ne parvint pas, du reste, à trouver une raison à nous donner de son refus. Il finit par ajouter, — pour répondre aux personnes qui avaient bien voulu nous introduire, — que « le Gouvernement ne pouvait pas donner de telles concessions parce qu'elles devenaient l'objet d'agiotages, de marchés scandaleux qu'il fallait empêcher, » et il citait l'affaire du Warf de Cotonou. Ce fonctionnaire exagérait l'inconscience de son irresponsabilité; — voilà un employé de l'Etat qui, depuis qu'il a l'âge dliomme, touche régulièrement le prix de chaque journée de son travail, qui ne fait pas un mouvement sans en tirer profit, frais de bureau, frais de représentation, frais de mission, frais de déplacement, sans compter les profits de l'annuaire, les avantages de l'avancement, les honneurs et les sinécures; le voilà en face de notre demande; nous avons dépensé notre temps et notre santé pour entrer dans le Foutah, et plus encore pour y rester, pour y planter le drapeau de la France; nous avons fait la conquête du pays sans demander un centime à l'Etat; nous avons été les premiers à signaler, dès 1S80, Timportance d'un chemin de fer passant par le Foutah-Djalon, et nous avons obtenu des Almamys, Souverains du pays, la permission de l'établir; depuis quinze ans nous

demandons au Gouvernement la liberté d'établir ce chemin; pour empêcher toute spéculation, nous stipulons que nous ne vendrons au public aucune part de cette entreprise ; ce fonctionnaire désirant garder pour ses camarades le soin d'établir le chemin de fer du Foutah, aux frais du budiret, écarte notre demande en disant, au hasard, que nous pourrions spéculer scandaleusement. Etant irresponsable, ce fonctionnaire, — qui mériterait d'être ici nommé, — nous répondait ainsi par une injure facile, par une bêtise, car pour organiser une spéculation, il faut avoir un avantage à offrir, et nous n'en demandions aucun à TEtat, nous donnions tout.

Il n'y avait plus à perdre notre temps contre le partipris, qui depuis quinze ans était la cause secrète des refus que Ton nous opposait. Cependant les nombreuses missions qui avaient traversé le Foutah, n'avaient pas signalé le passage où l'aménagement d'une voie de transport économique parait être le plus facile et le plus utile. M. le Ministre, à qui nous demandions la liberté d'établir au moins un sentier et de percevoir un péage pour rembourser les indigènes qui nous auraient fait ravance de leur travail, nous dit que ceZa était de droit commun^ que nous n'avions besoin d'aucune autorisation pour une telle entreprise. Ce renseignement officiel était précieux, nous

Page 1