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L'INITIATIVE PRIVEE DÉPOSSÉDÉE

muraille de Coly Tenguella, qui marque le centre do Guémé-Sangan, il se présenta parmi nos bambous, prêt à sévir. Là, il ne trouva rien; de pauvres gens que nous ne connaissions pas, avaient fait demander la permission de se réfugier sur ce territoire que tout le Foutah sait être à nous; notre nom suffisait à les protéger. Quelques paillotes vaguement entretenues leur servaient d'abris; ils se nourrissaient, comme tous les indigènes qui no font rien, des produits naturels, abondants partout, et, au besoin, ils demandaient du riz ou du manioc au rbef de la contrée, autorisé par nous à faire ces charités à nos frais.

M. le Résident reconnut bien vite qu'on Tavait engagé dans une affaire fausse; il s'en tira en galant homme, il assura les gens do Tendroit, la foule des curieux attirés par le bruit, qu'il n'avait que de l'estime pour nous; il chargea l'un des réfugiés indigènes présents de nous souhaiter le bonjour quand nous viendrions à Guémé-Saniran.

Ce voyage avait soulevé dans le Foutah de la crainte d'abord, un peu de gaieté ensuite; rheurcuse issue rassura les habitants; mieux que les menaces, ils comprenaient ces compliments de politesse laissés à notre adresse; ils s'accordaient dans leur esprit, avec l'honnêteté constante de nos procédés envers eux, de nos discours pour la France.

Nous ne pouvions pas espérer vaincre l'opposition de l'Administration qui ne manquait aucune occasion de nous inquiéter, nous ne pouvions que demander justice au Conseil d'Etat; mais la vie est

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courte, la vie de l'homme n'est pas assez longue pour plaider contre l'Administration, nous fimes un rapport et consultâmes quelques amis siégeant au Conseil, magistrats intègres, bons Français, auxquels nous demandions une consultation sévère, et non un avis de complaisance. Ils nous dirent que nos droits, sauf à entendre la partie adverse, étaient évidents, respectables entre tous, nous n'avions qu'à saisir le Conseil dans la forme voulue. Cet avis nous suffisait; l'autorité de qui il émanait nous rassurait contre les entreprises de Tadministration. Nous n'avions recherché la pensée du Conseil d'Etat que pour mettre en évidence la protection que nous offrait sa justice et, par là, rassurer ceux de nos concitoyens qui seraient tentés d'aller aux colonies; la propriété de nos territoires nous était presque indifférente, nous en avions remis les titres à l'Administration.

Nous demandâmes un champ sur le bord de la mer, propre à la culture; il nous fut concédé, comme il l'eût été à tout autre, mais il avait fallu d'abord le trouver, puis en obtenir la vente des indigènes; frais de séjour, frais de recherche, frais de négociation, ce sont les premiers obstacles à la colonisation, la barrière qui protège l'Administration dans son domaine.

Dernières et inutiles instances pour obtenir la permission d'établir notre chemin de fer dans le Foutah.

Pendant que ces événements se succédaient, nous n'avions pas cessé, à chacun de nos retours à Paris, d'insister auprès du Gouvernement, pour obtenir la permission d'établir notre chemin de fer. Ce chemin devait être, au début, le moyen le plus prompt pour faire pénétrer la civilisation dans le Foutah, il devait en assurer l'occupation, aujourd'hui il demeurerait le plus actif agent de la prospérité de notre Soudan : ne faut-il pas regretter que des exigences étrangères à l'intérêt public, aient empoché, dès la première heure, l'initiative indépendante de continuer celte entreprise, alors qu'elle avait déjà recherché et obtenu des indigènes un consentement suffisant. On cherche, depuis plusieurs années, un passage pour ce chemin, on étudie un tracé, mais les travaux ne sont pas commencés, tandis qu'ils seraient achevés.

Pour écarter autant que possible les prétextes de refus, nous demandions non pas une concession, mais

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une simple permi>^ion, nous ne demandions aucune irarantie, aucune cession de terres puisque nous avions déjà celles que nous avions achetées des chefs du Foutah , aucun privilège; nous nous interdisions de faire appel au public pour réunir les fonds nécessaires, toutes nos dispositions étant prises.

Ceci devait être stipulé, parce que, précédemment, on nous avait imposé Tobligation d'intéresser à nos travaux, ailleurs en Afrique, d'autres capitaux que les nôtres; nous avions repoussé cette exigence parce qu'elle pouvait introduire malgré nous les spéculateurs dans nos entreprises. Obligés de céder, nous trouvâmes sans délais tout Tarirent demandé, nous apportâmes au ministère un contrat par lequel diverses maisons de banque mettaient à la disposition de nos projets une somme de 6 millions. Le ministère trouva que nous étions en règle avec ses exigences, mais, peu après, il fut renversé; c'était la quinzième fois, notre rocher de Sysiphe était resté un instant embourbé.

Après Toccupation organisée, nous renouvelâmes nos instances. M. le Gouverneur Général voulut bien présenter lui-môme, avec nous, notre demande au secrétaire général du ministère. Il nous fut répondu, séance tenante, qu'une telle permission ne pouvait pas nous être refusée, et qu'elle allait nous être accordée immédiatement. Le secrétaire général chargea M. le Gouverneur Général de préparer un court rapport sur la question, il indiqua en môme temps les précédents â invoquer pour abréger les formalités. Ce rapport très simple devait être remis au Ministre sous qua-

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