‹ Conquete du Foutah-DjallonChapitre 4 sur 26 · MISSIONS OFFICIELLES M · texte numérisé non relu

MISSIONS OFFICIELLES M

bone soins du docteur; son arrestation le laissait en détresse. La mission Fras, informée de sa situation compromise, lui envoya des provisions et quelques marchandises de pacotille, auxquelles j'eus la satisfaction de joindre quelques tablettes de chocolat Marquis, la grande ressource du voyageur.

L'Almamy repoussait les prétentions exprimées dans les instructions de la mission, se plaignant de leur brutalité. « Si je donnais un sac d'écu au Roi de France, me disait-il avec impatience, et que je lui dise : Tiens voilà de Targent, donne-moi ton royaume, me le donnerait-il? Je veux bien témoigner de nos intentions amicales vis-à-vis de la France, mais nous n'allons pas au-delà. » L'Almamy rappelait qu'il avait échangé des paroles d'amitié avec la France en 1881 ; il confirmait volontiers son désir de vivre en bonnes relations avec cette puissance, mais il entendait ne rien céder de son pouvoir, de son indépendance. Le Docteur fît de son mieux, il remplit ses instructions sans défaillance et soutint la discussion de son traité avec la précision la plus méritoire. J'avais de l'admiration pour ce jeune officier, dans cette situation extrême, remplissant son devoir avec simplicité, ne cherchant d'appui en lui-même que dans son dévouement à son devoir de soldat, à son devoir de citoyen envers sa Patrie. L'insuccès de sa mission provint de la confiance irréfléchie dans le succès, des chefs qui l'avaient mise en route sans avoir étudié ni préparé ses voies; mais lui, le modeste envoyé, me parut ne mériter que des éloges ; c'est mon droit de concitoyen

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et peut-être mon devoir de les exprimer ici, ayant été le seul témoin de sa droite conduite.

Dans le temps que la mission Plat et Fras achevait ses préparatifs de départ et se mettait en route, — et par Teffet d'un plan d'ensemble arrêté d'avance, je suppose, — une colonne volante de 106 hommes, venue du Soudan sous la conduite du capitaine Audéoud, entrait dans le Foutah, passait à Timbo et arrivait à Fougoumba. L'Almamy, à l'annonce de cette invasion inattendue, me fit appeler pour savoir si les Français voulaient lui faire la guerre; je le rassurai pour qu'il ne se mît pas en défense. Inquiet cependant, il s'enfuit de Fougoumba, ou tout au moins le quitta précipitamment avec son innombrable suite de Chefs et de serviteurs, fort troublé par les colères que ces manifestations accumulées soulevaient dans son entourage.

Le capitaine Audéoud le rejoignit à quelque distance de là. La situation était difficile, TAlmamy qui venait de refuser à la première mission les concessions qu'elle lui demandait, qui refusait de subordonner son autorité à celle de la France, pouvait considérer comme une violence la présence de ces soldats, il avait mille peine à contenir le mécontentement de ses conseillers et de ses Chefs de guerre. Le capitaine le comprit sans doute; étant sans bagages, en colonne volante, il ne pouvait se risquer dans une opération offensive, et il avait hâte d'achever sa course en bon ordre; avec à propos et très habilement, il échangea avec l'Almamy les paroles les plus courtoises, puis il se retira.

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