‹ Conquete du Foutah-DjallonChapitre 8 sur 26 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

La conquête officielle étant faite, l'Administration se préoccupe d'éloigner Tinitiative indépendante désormais inutile.

L'Administration civile n'avait pas accepte volontiers le concours de Faction militaire; elle avait lutté pour ôter à l'initiative privée Thonneur de la conquête, comptant se l'attribuer tout entier; à la suite de ses insuccès répétés, son impuissance étant manifeste, il fallut se résigner à partager, mais c'était la limite des concessions. On s'occupa de se débarrasser de notre présence. On nous dit qu'on n'avait plus besoin de nous, et l'on nous fit comprendre que nous n'avions plus qu'à disparaître discrètement.

Cependant, cette entreprise longuement poursuivie depuis 1877, nous avait coûté beaucoup de temps, et le meilleur de notre santé; après avoir signalé l'importance du Foutah-Djalon, plaidé pour la faire connaître, nous avions épargné à la France les frais d'une guerre qui pouvait être pleine de surprise dans un pays acccidenté, occupé par une population nombreuse et guerrière; nos droits étaient clairs. Nous

avions relevé plus de 3000 kilomètres de sentiers dans le Foutah et donné plusieurs cartes de ce pays fermé, il n'en existait pas d'autres. Nous avions amené les Foulahs à accepter la présence d'un Blanc au milieu d'eux: nous avions détaché de TAlmamv les Chefs de ses provinces les plus importantes, nous avions par l'affaire de Bcntiguel livré l'Almamy et sa capitale à l'administration, nous avions offert la soumission du pays une seconde fois au Gouverneur, de la part des Chefs prêts à le recevoir en maître; puis, venant au secours de l'Administration dans une situation critique, nous avions remis au Gouverneur Général le territoire de Kahel en toute souveraineté; enfin, devant l'obstination soutenue que l'on apportait à vouloir faire la guerre, nous avions séparé l'armée foulah de la cause de l'Almamy, et réduit ainsi ce Roi à se présenter au combat avec des soldats peu nombreux et sans valeur. — Assurément, nos officiers auraient battu l'Almamy même s'il eût été entouré de tout le contingent ordinaire du Foutah, 12,000 hommes, conduits par des chefs dévoués à sa cause, mais cela eût demandé plus d'effort, quelqu'un des nôtres aurait pu être blessé, tué même; — Bakar Biro avait de bons fusils.

Etait-il d'une sage économie de risquer la vie de nos concitoyens parce qu'ils sont braves et souhaitent la bataille, pour conquérir un pays que l'initiative privée nous offrait; il ne manque pas de champs de bataille ouverts ailleurs, il y a place dans nos colonies pour la valeur militaire et pour l'initiative privée; c'est faire double emploi que de faire con-

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quérir par Tune les résultats déjà acquis par l'autre. Cela éteint Tinitiative individuelle au point que notre caractère, entrepi'enant dans la vie privée, se désintéresse des affaires publiques. Dès qu'il s'agit d'intérêt général, nous nous en remettons au hasard des pouvoirs ambitieux; la France se perdrait si elle s'abandonnait à leur égoïste tutelle.

Nous avions acheté des terres sur quatre points différents du Foutah pour faciliter notre conquête et consacrer notre occupation; nous avions acheté ces terres dans le temps où le Foutah était indépendant, très peu connu, sévèrement fermé aux Européens, alors que l'influence des Noirs Anglais de Sierra- Léone y était dominante et Tinfluence de la France sans aucun représentant. Nous avions payé ces terres un prix très supérieur à celui qu'elles pourraient jamais atteindre, môme si l'activité des Européens venait s'y exercer; nous les avions achetées, non par spéculation, mais dans un but politique, pour amener les indigènes à accepter parmi eux la présence d'un Français et à se lier avec lui; nous avions tenu nos titres à la disposition de l'Administration; l'Administration, qui voulait nous méconnaître, déclara que ces terres ne pouvaient nous appartenir.

Imaginant un prétexte au hasard, le Gouverneur donna Tordre au Résident de détruire nos installations et de disperser les gens que nous retenions, disait-il, sur nos terres de Guémé-Sangan.

Le Résident, solidement escorté, fit 200 kilomètres pour venir nous mettre à la raison; il traversa le

Foutah, éveillant rattenlion sur son passage par les menaces qu'il proferait contre nous, et l'annonce de la répression éclatante dont nous allions être Tobjet. Les indigènes, accoutumés à nous entendre parler avec éloges et recommandation des Français qui viendraient après nous dans le Foutah, les indigènes, qui nous estimaient pour la loyauté de nos relations avec eux, pour les services (jue nous n'avions jamais hésité à rendre à tous, étaient étonnés de ce laneraire. Nous étions les seuls Français établis pacifiquement dans le Foutah, et le premier fonctionnaire apparu parlait de brûler nos cases, alors que nous avions constamment affirmé que l'autorité française serait une autorité tutélaire; ils ne comprenaient pas, ils se réservaient de nous demander l'explication de cette petite guerre.

L'explication était simple, mais nous ne pouvions la faire comprendre aux indigènes; elle était dans ce fait que l'Administration n'admettait pas que nous eussions essayé de servir la France sans y avoir un intérêt matériel compensateur; elle nous traitait ironiquement de « petit manteau bleu ».

Le Résident vint chez le roi de Khébou, se fit montrer le sentier qui conduit à Guémé-Sangan, et s'y rendit à grand tapage, terrible et majestueux à la tête de son escorte.

Chemin faisant, il s'était remémoré les avis du Gouverneur; ignorant que le Foulah aime par dilettantisme à inventer des histoires, il avait corroboré ces avis par les renseignements les plus fantaisistes, si bien que, franchissant la brèche ouverte dans la vieille

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