ACTE II, SCÈNE VI. a
De l'espoir le plus doux je viens m'entre tenir. Que déjà mes chagrins sont loin de ma mémoire!
ROGER
Àh ! vous ne doutez pas... du moins j'aime à le croire, Des feux que dans mon cœur vous avez allumés. Ils sont comblés les vœux que nous avions formés; Mais à quel prix, hélas!
CONSTANCE
Que dites-vous ?
ROGER
Constance,
Du ciel qui me poursuit redoutons la vengeance.
Songez-vous que mon père approuve notre amour ?
ROGER
La fortune cruelle est sujette au retour.
CONSTANCE
Je ne puis vous comprendre... Ah! si je vous suis chère, Cessez de me cacher ce terrible mystère.
ROGER
Et quel secret, hélas! peut causer mes frayeurs?
CONSTANCE
Tu n'as point de secret, et tu verses des pleurs ?
ROGER
Ah Dieu!
CONSTANCE
C'est trop celer le trouble qui te presse; Roger, au nom du ciel, au nom de ma tendresse, Au nom de cet hymen , de ces nœuds révérés , Depuis un si long temps par nos cœurs désirés,
Ne me déguise rien ; il y va de ma vie.
Roger, ouvre ton âme à ta première amie.
ROGER
Un noir pressentiment me poursuit malgré moi. Ton père....
Je t'entends ; tu soupçonnes sa foi.
ROGER
Le destin peut trahir le succès de ses armes.
CONSTANCE
Est-ce à toi d'écouter ces timides alarmes?
La victoire constante à marcher sur tes pas, Quand tu combats pour moi ne te trahira pas.
ROGER
La victoire !... grand Dieu !... Si mon repos vous touche, Ce mot ne doit jamais sortir de votre bouche. Adieu... D'un malheureux c'est prendre trop de soin.
CONSTANCE
Non , de ma mort, cruel, tu seras le témoin.
Ce dernier coup suffit, et la rend trop certaine. Mais si ce n'est assez, pour désarmer ta haine, De me voir à tes pieds expirer de douleur , Barbare, prends ce fer, et m en perce le cœur. Quel est mon crime, ô ciel!... Près du trône élevée, Par un auguste hymen au trône réservée, Des rois les plus puissants je dédaigne les vœux; Sans redouter l'orgueil d'un père rigoureux , Je nourris à ses jeux une coupable flamme ; Je fais plus , à l'espoir j'ose livrer mon ame ; Voilà tous mes forfaits... Roger, écoute-moi :