‹ Conscience chrétienne et justice socialeChapitre 10 sur 14 · S CONSCIENCE CHRETIENNE · texte numérisé non relu

S CONSCIENCE CHRETIENNE

des divorcée, son ace \ cassement est si rapide qu'il commence à inquiéter même les partisans les plus convaincus du princip>e de la dissolubilité (p. 88) .

Je laisse de côté ici les statistiques. Qu'il me suffise de rappeler que de 1884 à 1913 le chiffre des divorces officiels a passé de 4.478 à 18.801, c'est-à-dire a quadruplé en moins de vingt ans.

On peut prévoir quel a été, dans ces conditions, le sort de la NATALITÉ. Elle n'a fait que décroître. Plus de cercueils que de berceaux, disait-on déjà en 1914.

Et la guerre est venue, plus longue, plus acharnée, plus meurtrière que ne l'eussent pu imaginer les plus sonïbres prévisions. Elle nous laisse affaiblis de la perte de l'élite de notre jeunesse : quinze cent mille jeunes hommes ont été tués sur le champ de bataille ou sont morts de maladies ou d'accidents. A côté d'eux, plus de trois cent mille autres estropiés ou atteints de maladies incurables sont à tout jamais diminués dans leur valeur sociale et économique (p. 247) (I).

(i) Le Journal officiel vient de publier les résultats du mouvement de la population en France dans le premier semestre de 1921. Ces résultats attestent une situatioii qui n'est guère encourageante, si l'on en juge par les totaux comparés avec ceux du premier semestre de 1920, pour une population qui se chiffrait par 39209.766 habitants au recensement du 6 mars 1921 :

Mariages 333.242 238.185

Divorce» 12.268 15.567

Naissances 424.688 421.180

Mott-nés 19.823 19.874

Décès 356.728 348.329

On est frappé tout d'abord par la baisse énorme des mariages qui tombent de 333.242 à 238.185. Ce qui indique une diminution de 95.057, faisant ainsi prévoir pour cette année une crise sérieuse de la natalité.

Tel est, sous le rapport de la QUANTITÉ, le résultat le plus clair de la théorie des droits de l'indi^'idu à vivre sa vie comme il l'entend, sans souci des droits de la famille et de la société. La guerre elle-même, qui a aggravé outre mesure notre situation démographique, n'est pas sans rapport avec la diffusion dans la masse de cette théorie libertaire. L'Allemagne ne se iùi pas risquée à nous envéJiir si nous eussions disposé, en 1914, de la population normale à laquelle nous pouvions prétendre • : 65 millions d'habitants au lieu de 40.

Pour le premier semestre de 1920, l'excédent des naisscinces sur les décès était de 67.940; pour le semestre correspondant de 1921 il est de 72.151. A viai dire, cette amélioration n'est que fictive. Elle ne répond pas à un accroissement de la natalité, mais uniquement à une diminution de la mortalité.

Une étude plus serrée du mouvement démographique permet d'affirmer que sur 90 départements français il n'en est que 25 formant six grandes régions en bordure du littoral occidental, de nos frontières Nord, Nord- Est et Est, qui participent au mouvement ciscensionnel. Dans les régions du centre, il y a stagnation — l'augmentation y est tellement insignifiante qu'on ne peut la considérer comme telle — tandis que dans une vmgtame de départements, presque tous du Midi, la diminution, malgré la guerre, malgré l'extraordinaire nuptialité des années qui la suivirent, est flagrante... et honteuse.

Les régions prolifiques de la France demeurent : la Bretagne, la Normandie (beaucoup moins), le Nord, l'Est, l'Alsace et la Lorraine.

Les surplus de naissances se décomposent comme suit :

Pour la Bretagne :

Côt.-du-Nord. 2.382

Morbihan ... 2.393

Loire-lnfér. . 1 . 126

Ille-et- Vilaine. 1.527

Finistère ... 3 . 769

Pour

ormandie

Total .

Manche ....

Orne

Calvados . .

Eure-et-Loir Eure

Seine-Inférieure 3 . 503

Total... 6.676

Pour le Nord :

Somme 1 .037

Aisne 2.230

Pas-de-Calais. 6 • 1 68

Ardennes ... 1.214

Nord 10.163

Total... 20.812

La qualité elle-même de notre natalité a baissé. Tout le monde sait l'influence exercée sur elle par des fléaux nationaux tels que l'alcoolisme, la tuberculose, la syphilis, le cancer, pour ne parler que des plus importants. Au point de vue moral, le mal est pire. La pornographie a atteint chez nous des proportions inouïes sous le couvert de la liberté de pensée. A commencer par la presse qui, sous sa double forme de journaux quotidiens

Pour l'Est :

Marne 1 . 146

Meuse 595

Meurlhe-et-M . I .632

Vosges 812

T'deBelfort.. 127

Total... 4.312

Pour la Lorraine et l'Alsace :

Moselle .... 3.721 Bas-Rhin ... 3.350 Haut-Rhin . . 2.121

Total... 9.192

Si nous réunissons les surplus de naissîuices de ces cinq régions, auxquelles nous ajouterons le département de la Seine, nous obtenons les indications suiveintes :

Bretagne 11.197

Nord 20.812

Normandie 6.676

Alsace- Lorraine 9.192

Est. 4.312

Seine 6. 949

Total 59.129

La moyenne annuelle de l'accroissement de la population par 1.000 habitants est de 12,46 dans le Pas-de-Calais et la Moselle, de 11,14 dans le Nord, 10,60 dans l'Aisne, 10,26 dans le Bas- Rhin, 8,76 dans le Morbihan, Quant au département de la Seine qui compte une population de 4.41 1.691 âmes, il n'accuse qu'une augmentation globaile de 72.751, les 25 départements susmentionnés figurent pour 59.129. Dans les 65 départements suivants, il n'en est que deux, l'Oise (1.070) et la Vendée (1.181), dont l'accroissement dépasse 1.000 habitants. L'Allier,

OU hebdomadaires et de journaux illustrés, sert à une masse de lecteurs, chaque matin, son petit plat de (( luxure » sous la forme d'un feuilleton, d'un conte grivois ou d'un fait divers avec détails obscènes, avec dessins à l'appui, la brochure, le livre, la gravure, la photographie se chargent de dissoudre les consciences en les empoisonnant. Tout cela se vend à vil prix et dans des proportions qui confondent. M. Paul Bureau a donné sur ce point des détails précis auxquels je renvoie le lecteur.

Faut-il aussi parler du roman, du théâtre, des cinémas où la pornographie s'étale avec une belle impudeur? Notons à ce sujet que la jeunesse de nos écoles, de nos collèges, de nos lycées compose le public préféré de ces entrepreneurs de démoralisation. L'insouciance des parents, en renforçant celle des pouvoirs publics, n'a fait que consacrer cette œuvre néfaste, compromettre l'avenir du pays jusque dans ses espoirs les plus fermes de rénovation morale.

Qu'on y ajoute la diffusion clandestine ou pubHque des idées néo-malthusiennes par la parole ou par la plume, et l'on comprendra la nécessité de réagir au plus

les Basses-Alpes, les Alpes-Maritimes, l'Ariège, le Cher, la Corrèze, la Côte-d'Or, la Creuse, la Drôme, le Gard, la Haule-Garonne, le Gers, le Lot-et-Garonne, la Nièvre, le Puy-de-Dôme, les Hautes-Pyrénées, le Rhône, le Var, le Vaucluse et 1" Yonne, soit 21 départements, enregistrent des pertes plus ou moins sensibles, atteignant leur maximum (659) dans le Var.

Le chiffre de la population demeure slationnaire dans la plus grande partie de la France : 54 départements où l'augmentation totale n'est que de 13.622.

vite contre cet individualisme outrancier où le prétendu droit de chacun à l'autonomie n'est, en réalité, que la caricature des véritables droits de l'homme.

Mais réagissons-nous? Le socialisme, sous sa forme syndicaliste, tout en proposant de substituer à la méthode d'une liberté sans frein celle de l'égalité, pour sauvegarder l'autonomie de l'individu, ne saurait être d'aucun secours dans les réactions nécessaires. S'il rêve d'un ordre social oii l'Etat, à défaut des familles, se chargerait de l'entretien, de l'instruction, de l'éducation des enfants, en s'imaginant naïvement que ce serait au bénéfice de la natalité, il partage sur tous les points essentiels que nous venons d'indiquer les mêmes erreurs, les mêmes responsabilités que le libéralisme, La plupart des groupements syndicaux rattachés à la C, G, T. font de la propagande néo-malthusienne; à côté d'eux, leurs bulletins périodiques ou leurs organes semi-officiels transmettent à tous les salariés le message libérateur (1).

La sympathie que rencontre parmi les travailleurs manuels cette propagande est attestée par le plus irrévocable des témoignages, celui de la statistique des naissances dans tous les centres industriels qui ont été vigoureusement « travaillés » par des apôtres convaincus (p, 481),

Ce n'est donc pas sur le socialisme, malgré les protestations de quelques dirigeants du syndicalisme contre la propagande néo - malthusienne « par tous les

0) Paul Bureau, op cit., p. 480,

moyens », que Ton peut s'appuyer pour réagir contre le courant de (( luxure » qui entraîne les familles à la mort par la décomposition d'individus férus de leur autonomie, et qui se croient déliés de toute obligation morale à l'égard de la société comme à l'égard de Dieu.

Pouvons-nous du moins compter sur l'intervention des pouvoirs publics en faveur d'une restauration morale de la famille, d'un accroissement normal de la natalité?

Hélas, il ne semble pas qu'un tel espoir soit justifié. Sous le rapport des mœurs, l'intervention de l'Etat est à peu près nulle. Il n'applique même pas les lois existantes. M. Bérenger a fourni sur ce point de la nonapplication des lois à Paris et en Province les documents les plus authentiques, les plus navrants. Il a pu constater : « qu'à mesure qu'augmentent les signes de (( la dépravation et le nombre des délit?, la répression (( diminue (1) )).

Cette mertie d'en haut se retrouve à tous les degrés de l'échelle administrative. Témoin, dans la rue, d'une chose ignoble, vous appelez un agent ; celui-ci se récuse, sous prétexte (( qu'il n'a pas d'urdres » ce qui le dispense évidemment d'assurer l'ordre. Autrefois, des circulaires recommandaient aux parquets de se montrer vigilants: pendant plus de dix ans, on ne leur a plus envoyé d'instructions.

Même inaction à la préfecture de police. En ce qui

(1) Cf. La Réforme sociale, 1911, 1-16 août, p. 129.

concerne le théâtre, sauf de très rares exceptions, elle n'a pris aucune mesure contre les abus. Au courant des scandales qui abondent, elle ne fait rien.

L'inertie des pouvoirs publics dans la répression des mœurs s'applique aussi à la confection ou l'application de certaines lois. Puisque la loi sur le divorce — les faits le prouvent surabondamment — s'est retournée contre les intentions du législateur; que non seulement elle n'a pas moralisé, mais a désorganisé l'institution fondamentale de la famille à tous les étages de la société, et dans des proportions incroyables, il semble que la revision d'une telle loi s'impose dans l'intérêt supérieur de la famille et de la société. Mais ce serait mal connaître la mentalité de nos législateurs plus préoccupés de sauvegarder la liberté de chacun au dépens de la société dont ils ont pourtant assumé la charge, que de défendre les intérêts de la société au profit de tous.

On pouvait du moins espérer qu'impuissants à reviser la loi du divorce qui dissout les familles stériles, ils s'attacheraient, par de sages lois d'exception, à favoriser les familles nombreuses ? Il n'en est rien. Certes, les projets de loi ne manquent pas en cette matière, et le Parlement, comme l'Enfer, reste pavé de bonnes intentions. Mais toute cette agitation se résout en discours, non en actes. Depuis la guerre, à peine quelques hommes d'intelligence lucide et de rare énergie ont-ils réussi à obtenir de légers adoucissements aux charges fiscales énormes qui pèsent exclusivement sur les familles nombreuses. Dans notre société démocratique, le céli-

bataire est roi. La plupart des lois sont promulguées en sa faveur, lois économiques, industrielles, commerciales, successorales où se manifeste l'incurie de l'Etat à l'égard des familles nombreuses ; elles portent presque toutes le cachet du plus pur individualisme.

On dirait vraiment que l'Etat, obsédé lui aussi par le souci de sauvegarder coûte que coûte les droits sacrés de l'individu à l'autonomie, ne songe jamais à la portée sociale des lois qu'il édicté. Il n'a pas j'air de comprendre que, pour un individu ou une classe d'individus qu'il favorise, il en sacrifie des millions d'autres aussi intéressants, ayant les mêmes droits; que la liberté pour tous, avec le Bien commun pour garantie objective, permet seule d'assurer à chacun la liberté.

II est juste cependant de noter que l'opinion publique commence à s'émouvoir d'un tel état de choses, et qu'en vue de lui faire quelques concessions nos législateurs s'inquiètent d'accorder une prime à la natalité, de résoudre la grave question des taudis, de trouver des logements convenables aux familles nombreuses, de faciliter l'éducation de leurs enfants, de combattre l'alcoolisme, la tuberculose et les autres maladies sociales. Mais tout cela n'est encore qu'à l'état de projets de loi, et, sans vouloir décourager aucune bonne volonté, on peut douter que la restauration morale de la famille ait beaucoup à attendre de ces moyens matériels.

Le remède doit surtout être moral. Il faudrait, avant tout, arriver à émouvoir les consciences, à y rallumer le sens social. Sur ce point encore, la carence de l'Etat est

manifeste. Sous prétexte qu'il n'a pas à endoctriner les esprits, il se retranche derrière la façade commode de la neutralité scolaire, et ne s'aperçoit pas que la neutralité elle-même suppose une doctrine, celle de l'autonomie de l'individu. Persuadé que l'individu est autonome, absolument libre d'orienter sa vie comme il lui plaira, l'Etat ne veut lui imposer aucune contrainte, même rationnelle. Il se montre moins exigeant en cela que la nature oui, en faisant de l'individu un être raisonnable et libre, lui impose d'exercer sa liberté sous le contrôle de la raison et selon les légitimes exigences d'une société où chacun a le droit de compter sur le concours de tous, par l'intermédiaire du Bien commun, pour réaliser sa destinée, et revendiquer les droits de l'homme à la seule condition d'en remplir les devoirs. Après les expériences détestables oii nous a conduits la doctrine de l'autonomie individuelle, l'Etat a non seulement le droit, mais le devoir, sans craindre de peser sur les consciences, de revenir à cette doctrine rationnelle, d'exiger que, dans ses écoles, on lui fasse une place de choix, qu'on apprenne aux enfants à devenir des hommes, à tenir compte des lois de la nature concernant les rapports de l'individu avec la famille et la société, à ne parler des droits de l'homme qu'en fonction de ses devoirs envers Dieu, soi-même et le prochain. Cela vaudra mieux que de les gorger de littérature, de mathématiques, d'histoire, de géographie sans même leur laisser le temps de s'assimiler ce qu'une instruction élémentaire devrait renfermer d'utile à la formation

d'un homme de métier qui veut en même temps, mais avant tout, s'acquitter convenablement de son métier d'hc«nme.

Au reste, quel que soit le parti que prendra l'Etal, sous la pression des faits et de l'opinion publique, pour rendre à la famille, dans les consciences et dans la vie sociale, la place qui lui revierii: de droit, c'est à nous autres catholiques qu'il appartient, au foyer et à l'école, de réagir contre tout ce qui a pu contribuer à la déconsidérer, et de rallumer dans les consciences, par un retour à la véritable doctrine de la destinée humaine, le sentiment des droits et des devoirs de la famille dans la société.

Quels sont ces droits et ces devoirs, et par suite ceux de la société à l'égard de la famille, telle est la double question à laquelle nous allons essayer de répondre en peu de mots, de façon aussi claire que possible.

Les DROITS et les devoirs de

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