‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 116 sur 301 · PARTIE m. ^ CMSOENCR DU DEVOIR. ^ LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE m. ^ CMSOENCR DU DEVOIR. ^ LIVRE I

la peine d'être comptée? Quoi! un jour de prison, un franc d'amende seront une sanction suffisante pour faire obtenir le nom de droit à la faculté d'invoquer Y obligation? Et la souffrance du remords ou le bonheur de l'estime, la crainte ou l'espoir d'une autre vie, ne seront pas une sanction suffisante pour faire obtenir le nom de droit à la faculté d'invoquer le devoir proprement dit? Parler ainsi, c'est trop oublier. Dieu et la conscience ! c'est trop calomnier l'homme ! — Repoussons ces deux fautes. Disons que le devoir moral du riche de faire l'aumône, suppose le droit moral de l'indigent de la demander au nom de la charité. Disons que le devoir existant pour un religieux de suivre les règles d'une corporation reconnue par la loi, dont il est membre, donne à la corporation autorisée le droit moral de recommander au religieux l'observation de ces règles. En écrivant cet ouvrage, nous croyons remplir un devoir; donc nous confessons un droit. Ce droit est celui de beaucoup d'élèves studieux qui, depuis bien des années, nous demandaient de leur léguer ces souvenirs, chers à notre pensée, de vingt- cinq ans d'enseignement. Heureux si nos efforts peuvent faire, de la lecture de cet ouvrage, un des devoirs dont la science a le droit de demander compte !

Allons plus loin. S'il était possible (ce qui n'est pas) qu'un devoir n'eût point de sanction, qu'il fût réduit, dans ses effets, à la valeur d'un simple conseil donné au débiteur, pomquoi n'appellerait-on pas. encore droit la faculté pour le créancier de lui rappeler l'obligativité rationnelle de ce conseil ?

t18 QONSGKNCB ET SGIBNGB DU DEVOIR.

100* On le voit, le mot droU, raiployé subjectivement» est toujours, suivant nous» un des termes du rapport dont le mot devoir est l'autre terme ^ « Le devmr et le droit sont frères; leur mère commune est « la liberté. Ils naissent le même jour, ils se déve- « loppent et ils périssent ensemble '. » — Ainsi le mot droit f synonyme de prétention, et suffisamment sousentendu dans le mot corrélatif devoir^ ne présente réellement d'autre intérêt que œlui de la richesse du langage \

Mais laissons l'analyse philologique, et pénétrons plus avant au fond des choses. Ces deux termes d'un rapport, devoir et droite placent-ils le débiteur et le créancier dans la même position? Non, répondron en général. Le devoir est obligatoire ; le droit est facultatif. Il faut respecter l'un, on ne peut l'abandonner. On est libre d'invoquer l'autre ou de l'abdiquer. — En disant cela on attaque gravement, sous une nouvelle forme, la solution de notre pre* mière proposition ci->dessus : Il n'y a pas d'actions indifférentes. On dit qu'il y a action indifTérente dans Faction de tout créancier choisissant librement entre

4 Quand, par abréviation de langage, on appelle droits certains impôts qu*il faut payer, par exemple en faisant passer telles ou telles marchandises à la frontière, on indique le droit qu'a l'État d'en demander le paiement, par corrélation an devoir que les particuliers ont de les acquitter.

Dans le chapitre xiii de son Commentaire sur V Esprit des lois^ Destutt de Tracy signale avec raison un pléonasme dans certaines constitutions, où k déclaration des droits était suivie de la déclaration des devoirs : < comme s'il n'y avait pas, dit-il, identité entre cesdeux propositions : !<> J'ai un droit ; 3« Respectez ce droit! >

* Cousin, Le Vrnit U beau^ le Aten, 13* leçon*

> « On pourrait dire que le droit et le devoir ne font qu'un, et sont le « même ôtre envisagé de deux cOtés différents. » (Id., ibid.)

Page 1