PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR, — LIVRE II
séquent la part à laquelle il a droit. Cette part augmentée ajoute au bonheur de sa condition dans ses rapports avec lui-même, avec les autres êtres finis, avec Dieu. — Avec lui-même : L'accomplissement parfait du bien moral, cherché par rintelligence, présente d*abord l'avantage du conterjtement intérieur, qui est le premier de tous les biens. Rien n'égale ce sentiment à la fois fier et doux, cette a congratulation de « bien faire qui nous réjouit en nous K » Les bonnes œuvres donnent à leur auteur cette tranquillité si poétiquement désignée par ce vers :
« NU conscire sibi, nulla pallescere culpa. >
— Avec les autres êtres finis : Celui qui concourt à l'œuvre commune acquiert des droits à l'estime, à l'iifTection, à la reconnaissance de ses semblables. A ces causes de contentement s'ajoute le plaisir de les voir heureux, et de sentir qu'il a contribué à ce bonheur. — Avec Dieu : C'est dans le souverain juge que l'homme de bien place ^surtout son espoir. Cet espoir est déjà, par sa seule existence, une source considé* vable de bien-être ^.
A l'inverse, celui qui nuit au bien général voit diminuer sa part dans ce bien-être. Cette diminution retranche au bonheur de sa condition dans ses rapports avec lui-même, avec les autres êtres finis, avec Dieu. — Avec lui-même : Le second caractère de la
< Montaigne, Essais^ liv. III, chap. n.
* • Ecce enim in cœb testis meus, et conscius mens in excelsis. »
(Job, chap. xvi, S ^i ▼on* ^* )
tôt CONSCIENCE ET SDENGE DU DEVOIR.
sanction intérieure se montre d'abord dand la désapprobation qu'il s'inflige. L'intelligence, en lui indiquant son but, lui fait apercevoir, s'il ne l'accomplit pas, humiliation et regrets :
c Prima est hœe ultio quod, se
« Judice, nemo nocens absolvUur »
Elle l'invite, au nom de son plus cher intérêt, à éviter le remords*, le plus grand de tous les maux*. — Avec les autres êtres finis : En usurpant contre eux une part qui ne lui est pas due, il s'expose à la pensée douloureuse de leur mésestime et au speo tacle pénible aussi de leur souffrance. — Avec Dieu ; Lu crainte qu'il doit avoir de la punition est proportionnée à la puissance du législateur suprême ^ 212. Sanction extérieure. — Il semble que la sanction Intérieure devrait, à elle seule, assurer l'obéissance à la direction. La perspective surtout des récompenses ou des punitions h nttendre de la Divinité se présente comme la plus forte excitation au bien que l'esprit puisse concevoir. « La religion, dît Montesce quieu, a de si grandes menaces, de si grandes pro- « messes que , lorsqu'elles sont présentes à notre <( esprit, quelque chose que le magistrat puisse faire « pour nous contraindre à la quitter, il semble qu'on « ne nous laisse rien quand on nous l'ôte, et qu'on ne
1 Morsus (action de mordre).
* < Iniquitates suœ capiunt impium, et funîbus peccatorum constriO' « gitur. • . (Prov.y chap. v, § 2, Vers. 22.)
* « Domiflns Bêeuttdum munditlam mannum meamm reddet mihl. »
{Les Rois ^ chap.xxii , S 1, vers. 31.)