‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 156 sur 301 · I. -*- imÈKkl BIEN ENTENDU · texte numérisé non relu

I. -*- imÈKkl BIEN ENTENDU

a Facite Tobis saccnlos qui non Teterascunt, thesaua mm non deficientem in cœlis : qno fnr non appropiat, « neqne tinea comimpit. »

(Saint Luc, cap. xn, § 14, vers. 33.)

2tii, Sens du mot intérêt bien en^ 243. Identité de ces résultats dans

tendu. les systèmes de philosophie

26a« Identité des résultats produits spiritualiste. par la justice et par Tintérét

bien entendu, dans lessys- 244. Danger toutefois d'adopter pour

tèmes de philosophie maté- mobile Tintérêt bien en-

rialiste. tendu.

241. Intérêt bien entendu. — Nous venons de saluer, sous le nom de justice^ Tétat de l'ârae qui nous fait aspirer en même temps à la glorification de Dieu

^ Pestel, FundamentajmtitUBnaturalis, traduit du latin sur la deuxième édition, partie I, section y, n» 154«

tSS CONSCIENCE ET SCIENCE DU DEVOIR.

et au biea-êtpe d'autrui, en réservant tout au plus un peu de complaisance défiante envers nous-mêmes.

Mais, à côté de l'homme qui dit : c< Le mouvement « passionnel qui m'invite à suivre le devoir s'appelle a justice, » supposons un autre homme qui s'exprime ainsi : « Le calcul qui m'invite à suivre le devoir s'ap- « pelle intérêt bien entendu... >^ Le second choîsit-îl un mobile différent du mobile choisi par le premier? Oui, en ce sens que le mobile appelé justice est du domaine de la sensibilité, et que le mobile appelé intérêt bien entendu est du domaine de rintelligence et de la sensibilité réunies. — Mais attachons-nous aux résultats pratiques. Ces résultats seront-ils différents, selon qu'ils seront inspirés par l'un ou par Taulre mobile? Pour le savoir, définissons bien les mots.

Si l'on entend par calcul de l'intérêt bien entendu le fait d'un homme qui, entre les impressions égoïstes du moment, toutes oublieuses de l'intérêt d'autrui et de son propre intérêt du lendemain, choisit la plus séduisante, ou abuse indignement du qualificatif 6een entendu. Loin de nous la discussion sur les jeux de mots*! — Si l'on veut dire que cet homme choisit ce qui est conforme à l'intérêt général de sa destinée considéré dans son ensemble, alors le culte de cet

* Nous regrettons de trouver ce jeu de mots dans l'éloquente préface de l'ouvrage de Benjamin Constant, intitulé La Religion, Il dit que Tintérèt bien entendu doit anéantir « tout ce qui est contraire à l'intérêt bien « entendu... Ainsi lo détruire la pitié, le dévouement, les émotions qui « distrairaient cet intérêt de ses calculs; 2*' conseiller de s'abandonner aux

c passions pour mettre un terme aux tourments de la résistance en-

« gager un homme à flatter le pouvoir pour donner une carrière à son « fils » L'auteur qui a écrit ces assertions ne s'aperçoit pas qu'il appelle intérêt bien entendu, 1^ la prétendue utilité pour l'homme de cesser

1»ÂRTI£ in. — CONSdlENGE DU DEVOIR. — LIVRE HI. 857

intérêt bien entendu peut-il amener des résultats différents de ceux de la justice ?

242. Beaucoup de personnes, sans y réfléchir suffisamment, énoncent l'affirmative. Nous ne partageons point leur avis. Justice et intérêt bien entendu s'identifient, suivant nous, dans l'application. Us s'identifient, soit que le partisan de l'intérêt bien en* tendu, philosophe matérialiste, croie sa destinée tout entière circonscrite sur cette terre, soit que, philosophe spiritualiste, il croie à une autre vie *.

Commençons par nous placer dans la première de ces deux suppositions. Admettons que l'univers soit composé de matérialistes. Eh bien, ils devraient du moins s'entendre entre eux pour rendre malheureux celui qui voudrait être injuste, et ramener ainsi la synonymie de la justice et de l'intérêt bien entendu. — Mais cette entente parfaite est difficile, impossible même... Je le veux bien. Alors l'égoïste habile qui, sans crainte de la sanction d'une autre vie, saura louvoyer au milieu des maladresses de ses contemporains, pourra se donner, par son habileté, le bienêtre éphémère auquel se borne son ambition, en s' écartant plus ou moins du devoir. Aura-t-il suivi son intérêt bien entendu? Nous ne le croyons pas. Il

d*être homme, c*es1>à-dire de devenir, faute de sensibilité, une abstraction sans nom, du moins actuellement, dans aucune langue ; 2^ Tutilité pour Thomme de préférer la satisfaction du désir à la crainte du remords.— C*est appeler intérêt bien entendu un intérêt mal entendu du moment, plus séduisant qu'un autre intérêt mal entendu,

^ Suivant Ahrens (Cours de droit naturel^ Introduction, chap. ii) : « L'uti- « lité ^oit être la conséquence de la justice. En examinant bien les résulte tats, on trouvera que ce qui est juste est en môme temps ce qu'il y a de « mieux à faire. »

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souffrira Tatteinte du remords ^ : et le remords lui fera coimaître qu'il n'y a point d'intérêt bien entendu à être mécontent de soi-même. « Impii quasi « mare fervens, quod quiescere non potesty cujus rea dundant fluctus in conculcationem et lutum... Non « est pàx impiis^. » — « L'homme qui n'aime que soi « ne hait rien tant que d'être seul avec soi... Il ne c( fuit rien tant que soi, parce que, quand il se voit, « il ne se voit pas tel qu'il se désire; et qu'il trouve « en soi-même un amas de misères inévitables, et mi « vide de biens réels et solides qu'il est mcapable de « remplir '. »

243. Arrivons à la seconde supposition. — En ce qui touche les actions de l'homme qui croit à une autre vie, nous pouvons encore bien moins apercevoir une différence entre les résultats du mobile d'intérêt bien entendu et ceux du mobile de justice. — Du moment que la conséquence (supérieure à toute autre) du bien ou du mal que je fais est, comme dit un auteur, c< Dei favor aut ira *; » du moment que toute tentative de troubler l'ordre me parait d'avance mal entendue, puisque le plaisir plus faible d'y céder m'imposera la gêne plus forte de rétablir, dans ce monde ou dans l'autre, l'ordre troublé ; en un mot, si je dis, comme saint Augustin :

< <i Nocte dieqtte Bâton gestans in pectore testem. » (JnvâNAL.)

« Isaïe, chap, lvii, % ii, vers. 20 et 21.

* Pascal, Pensées,

Socrate et Platon soutenaient exactement, contre les sophistes, qu'il vaut mieux subir rinjustice que de la commettre. Voir le Gorgias et la Rép. de Platon, — Cic, De offlcy U.

* Cumberland, De hgibus naturœ^ chap. v, § 35.

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