PARTIE m. — CONSCaENCE DU DEVOIR. — LIVRE ni
c< Dieu ! quel que Boit Tobjet où se tourne mon âme « hors de toi , elle se cloue à quelque douleur !...»* alors, le mobile d'intérêt ajouté au mobile rationnel n'a plus rien d'impur en soi. — a De même, dit Kant, « qu'on peut présenter à un malade quelque liqueur « agréable dans le vase qui contient la médecine c< amère, de même on peut proposer à Fâme humaine, <t faible ou malade, l'approbation morale avec la loi <t du devoir. » L'idée d^une récompense à faire entrevoir aux bonnes actions est présentée à notre faiblesse par la Genèse en cçs termes : <c Nonnes si bene « egerisy recipies * ? »
Vous voulez additionner 60, puis 100, puis 200. Que vous placiez la plus petite somme en haut de la colonne et la plus grosse en dessous, ou que vous opériez en ordre inverse, le total cherché sera le même. De même, demandez-vous ce qui est dû à autrui pour calculer ce qui vous reste dû , ou demandez-vous ce qui vous est dû pour calculer ce qui reste dû à autrui, le même problème est résolu par deux procédés.
244. Toutefois, lecteur, après avoir établi sur ces points ce que nous croyons la vérité, nous devons vous donner un conseil. Si le juste et l'utile bien compris se confondent au point de vue absolu, c'est dans les régions idéales. Il faut se placer dans la
» Chap. IV, S 11 vers. 7.
Isocrate {Orat, de permuU) exprime de belles pensées sur le bonhenr temporel résultant de la vertu.
t Je reste convaincu que, dans toute hypothèse, il est de notre intérêt de « remplir nos devoirs. » (Droz, Philosophie morale, chap. xv.)
supposition d'une connaissance complète de Tensemble des lois de la création , pour espérer voir nettement toutes les blessures faites à Tordre gênénéral par le moindre acte mauvais. Jusqu'au jour, espéré ou rêvé, de la réalisation de cette connaissance, le juste et Futile resteront en fait séparés; ainsi le voudra la relativité de la science humaine. Nul ne peut donc se flatter d'être, dès aujourd'hui, un logicien assez ferme pour tirer de l'intérêt bien entendu toutes les irréprochables conséquences qu'il renferme. Conservons, c'est le plus sûr, la frayeur salutaire du substantif dangereux intérêt, même en le modifiant par l'adjectif bien entendu : l'intérêt bien entendu court trop de risque de s'arrêter dans le cercle de l'intérêt mal entendu. — Préférons la dense justice! Pourquoi? Parce qu'elle donne aux bonnes intentions des chances meilleures de ne pas se tromper. En prenant pour point de départ l'amour de soi, même cherché dans ses bornes légitimes, on peut arriver involontairement à placer trop loin le point d'intersection avec l'amour de Dieu et d'autrui. En choisissant, au contraire, pour point de départ l'amour de Dieu et d'autrui, on prend un élan plus généreux et plus sûr ^
1 Dugald Stewart [Esquisse de philosophie morale, part. H, cbap. i, sect. yi, art. 1, n* 171) est à peu près d'accord avec nous. « Nous avons des « raisons de croire, dit-il, que si notre connaissance des choses était plus
< étendue, on reconnaîtrait l'accord, dans tous les cas possibles, du sens du
< devoir et de l'amour de soi bien entendu. » — Toutefois, ce philosophe craint de s'être trop avancé par cet aveu. Jusqu'à nouvel ordre, il continue à distinguer la justice et l'intérêt bien entendu. Il insiste avec raison sur ces vérités, savoir : que les sources de ces deux idées ne sont pas les mêmes, qu'elles produisent des impressions différentes, et qu'un même langage ne convient pas pour décrire leurs conséquences.
TU. — œNSaENGE DU DEVOIR. — UVRE III. Uï