PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. -^ LIVRE V
Hélas ! même déception pour vous ! Ouvrez vingt livres de législation ou de littérature du même siècle: vous y trouverez les mêmes questions résolues de vingt manières par des législateurs et dés moralistes, félons ou étourdis comme vos amis ^ Alors,
demandez à Dieu de disparaître au plus vite de cette terre! La vie devient horrible, si l'histoire de l'univers n'est que l'histoire de la fraude et de l'étourderie universelles !
Mais consolez-vous ! croyez-moi ! Ouvrez Pascal et lisez cette phrase d'un sens profond : ce Jamais on ne ce fait le mal si pleinement et si galment, que quand « on le fait par conscience^. » Consolez-vous bien mieux encore ! Ecoutez ces paroles de Jésus-Christ sur la croix : « Père, pardonnez-leur, car ils ne sa- « VENT CE qu'ils fonTj^! )) Et d'accord avec le Sauveur, admettez la possibilité de l'erreur morale; possibilité
INCOMPATIBLE AVEC LA THÈSE DE l'iNFAILLIBILITE ABSO- LUE DE LA CONSCIENCE INSPIRÉE SPONTANÉMENT OU IN- SPIRÉE APRÈS RÉFLEXION.
297. Voilà, sur ce point, le premier cri de notre cœur ! — Mais arrivons à la discussion logique.
Nous venons de voir qu'on invoque, en faveur de i'mfaillibilité absolue de la conscience : 1^ l'autorité générale ; 2^ le sens intime ; 3^ le raisonnement. — Démontrons, tout au contraire, les trois propositions suivantes : l** L'autorité générale repousse Vin faillir-
*■ Voyez dans Locke (^Mai« sur V entendement humain ^ Uv< I, chap. ii, § 1), rénumération d'une foule d'usages iniques des diverses nations.
• Pensées.
s Saint Luc, chap. xxiii, S 3f vers. 34*
bilité absolue de l'inspiration; 2<» le sens intime ne l'établit pas suffisamment, et même il la contredit; 3» le raisonnement Vécarte.
298, L'autorité générale repousse V infaillibilité absolue de l'inspiration, — Nous l'avouons, les personnes qui parlent de l'infaillibilité absolve de V inspiration sont en grand nombre. Mais nous leur dirons ceci : Veuillez choisir entre Tautorité générale qu'annoncent vos paroles, et l'autorité générale toute contraire, sérieusement constituée par vos actes ! Quand même tous les hommes del'umvers répéteraient un mot dépourvu de pensée, quelle valeur ce mot peut-il garder, si, par des faits constants, tous les hommes de l'univers en démentent l'emploi purement labial ?
Or, c'est ce qui arrive. La véritable autorité générale apparaît par le plus constant de tous les faits anthropologiques, par le consentement universel des
HOMMES A GRÉER DANS TOUTE SOCIÉTÉ UN POUVOIR LÉ- GISLATIF , BIEN DISTINCT DU POUVOIR EXÉCUTIF ET DU
POUVOIR ^JUDICIAIRE. — Comprenez^ lecteur, toute la portée de cet aveu considérable de la conscience de l'humanité, se dressant tout entière contre l'orgueil de la conscience individuelle, pour lui dire : « Il est con- « forme à la nature d'établir, dans toute nation, des « lois positives! »
Des lois positives ! . . . . Alors, en se heurtant contre elles, la conscience individuelle ne peut que choisir entre trois partis, savoir : ou se contredire elle-^m^me; ou déclarer les lois positives coupables ou inutiles; ou reconnaître leur légitimité. — Développons les parties de ce trilemme.