‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 192 sur 301 · PARTIE m. -^ CONSCIENCE DU DEVOIR. -^ LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE m. -^ CONSCIENCE DU DEVOIR. -^ LIVRE V

Premier parti, — Se contredire elle-même. Si la conscience individuelle reconnaît que la conscience du législateur peut, de bonne foi, penser autrement qu'elle, alors la conscience individuelle n'est plus la révélation infaillible du devoir.

Deuxième parti. — Déclarer les lois positives coupables ou inutiles.

Première supposition. — Lois positives déclarées coupables. Si les lois positives ordonnent des actions contraires à celles qu'ordonne la conscience individuelle, celle-ci doit les prendre en horreur. Violence sacrilège! Se pewt-il? Le droit promulgué contredirait la révélation naturelle!... Ce prétendu droit serait le non-droit. La société, qui ne peut s'en passer, deviendrait une erreur. Et vite, allons vivre isolés dans les bois, pour reconquérir notre foi sainte contre ces tyrans de notre foi, contre ces législateurs corrupteurs de l'idéal , qui défont ce qui était bien fait !

Deuxième supposition . — Lois positives déclarées inutiles. Si les lois positives ne font que répéter des vérités suffisamment révélées par la conscience, elles sont sans but. A quoi sert, dans une société, un pouvoir législatif? Le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire ne suffisent-ils pas pour prêter main-forte aux honnêtes gens contre les méchants? Dès que Dieu, législateur souverain, a jnspiré le prince et le juge, éclairés directement par lui, qu'ont besoin le juge et le prince de l'impertinente parodie essayée dans les codes par les législateurs? Leur imposer la lecture de cette grossière contrefaçon, ne serait-ce pas, comme dit Bentham, « employer un roseau

tt8 CONSCIENCE ET SCIENCE DU DEVOIR.

« pour soutenir un chêne? allumer un flambeau pour « ajouter à la lumière du soleil *? »

Et quant au juge et au prince, que penser des conditions imposées à leur élection par les constitutions? A quoi bon demander qu'un fonctionnaire sache lire? Uhomme le plus illettré ne peut-il pas être le meilleur grand-prêtre pour rendre les oracles du dieu?

Ce n'est pas tout. En présence du système de l'inspiration infaillible, quelle idée faut-il se faire du législateur divin lui-même, apportant des révélations positives? Si l'homme, par cela seul qu'il s'est donné la peine de naître, connaît toute la morale, que cherchait donc Moïse montant au Sinaï? Que cherchait le peuple se pressant à la suite de Jésus, pour écouter ses divines paraboles *?

Troisième parti. — Reconnaître la légitimité des lois positives. — Pour reconnaître cette légitimité, il faut, de deux choses l'une, ou leur donner pour mission de chercher quelque chose autre que le juste, ou leur donner pour mission de chercher le juste luimême. — Quelque chose autre que le juste? Quoi? Vutile? L'utile de quelle sorte? V utile qui s'apprécie par la sensibilité seule? Mais nous avons vu que c'est l'inconciliable ennemi du juste; que c'est Yinjuste lui-

* Législation civile et pénale, tom. I, chap. xiii, n© lo.

* Les partisans de Tinspiration infaillible ont souvent invoqué en leur faveur ce passage de saint Jean (cap. i, § 1) : » Erat lux vera quae illuminât « omnem hominem venientem in hune mundum.» Ce* passage (nous Tavons dit avec les théologiens les plus accrédités) s'applique à la raison, mais ne dit nullement qu'elle opère sans l'étude. Comment ceux qui y lisent le dogme de l'étendue scientifique illimitée de la conscience ne voient-ils pas que, dans ce sens, il serait la négation môme de l'utilité des quelques applications du devoir que fonuule admirablement l'Évangile 7

Page 1