‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 193 sur 301 · PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE V

môme; que ce n*est pas même Y utile, car c^est Yutile mal entendu, donc le nuisible ! — Serait-ce aWs Tmtile qui s'apprécie par l'intelligence, Yutile bien entendu? Nous avons vu que ce n'est rien autre chose que le juste. Alors les lois positives cherchent le juste... Oui, certes, c'est le juste qa* elles cherchent. En dehors et au-dessus de chaque conscience individuelle, elles veulent constituer la science des applications du devoir : science immense et difficile, œuvre des labeurs incessants des consciences réunies, s' efforçant * de substituer une direction unique à un milliard de directions contradictoires!

A vous, lecteur, de choisir entre les divers partis proposés par notre trilemme. — Pour nous, nous ne pouvons hésiter ; nous nous inclinons devant le troisième. — Que, du haut de leur dédain, des philosophes, qui ne veulent pas être jurisconsultes, ne se donnent même pas la peine de parler des législateurs ! Pour nousj nous voyons dans les législateurs les plus dévoués des serviteurs de Dieu. Et le respect universel, qui salue la légitimité de leurs œuvres, nous signale la véritable autorité générale en action : Vau^ torité générale qui réduit à une valeur purement relative les révélations de la conscience individuelle.

299. Le sens intime n établit pas suffisamment l'infaillibilité absolue de l'inspiration, et même il la contredit. — Ici nous poserons à la bonne foi des partisans de Tinfaillibilité de l'inspiration, cette ques-

4 Nous disons ; s' efforçant Nous nous séparerons plus loin de V École

historique^ qui accepte comme bon tout résultat, quel qu*il soit, de ces efforts.

tion : Ëtes-Yous sûrs de n'avoir jamais confondu avec rinspiration prétendue du sens intime : !<" les souvenirs de la tradition ? 2» Vaperception d^un raisonnement rapide ? 3* les désirs de la sensibilité ? — Puis nous montrerons : 4» le sens intime impuissant à trouver l' infaillibilité dam V application; 5<» enfin le sens intime se contredisant lui-même dans cette vrétention.

Première confusion. Confusion de l'inspiration avec les souvenirs de la tradition, — Pourquoi croiton voir rhomme. distinguer le bien et le mal sans délibérer? N'est-ce pas en vérité parce qu'il les distingue en délibérant peu et vite ? Pourquoi délibère-t-il peu et vite? Parce que la science a marché; parcB que les lois positives en ont éclairé les points usuels ; parce que les leçons données par le père, la mère, le prêtre, le précepteur, « dès avant que notre mémoire tînt

« pour ainsi dire registre et marquât la date du

(( temps S» ont complété les ordres des législateurs par des conseils transmis d'âge en âge^. Alors, toutes les fois qu'un homme n'est pas dans une de ces positions morales où le devoir lui paraît difficile à comprendre, il applique des règles qui lui sont connues par une pratique habituelle : il les applique, sans avoir besoin de rechercher la filière de leur génération. C'est ainsi que Fhomme instruit parle conformément à la grammaire, sans faire, à chaque mot qu'il prononce, un travail grammatical théorique complet.

* Locke, Essais sur Ventendement humain, liy. I, chap. ii, S 23.

^ « Chacun ne peut voir qu'à sa lampe ; mais il peut marcher et agira la

lumière d'autrui. » (Joubebt, Pensées,)

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