PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — UVRE V
laisse donc une crainte : en se fiant à cette apparence, on peut être parfois la dupe d'une illusion. Le doute né de cette crainte pourrait suffire à notre démonstration. Mais aurons-nous tort d'aller plus loin , et de dire que le sens intime, plus modestement mais plus attentivement interrogé , nie complètement Tiufaillibilité de l'inspiration?.... Pour le savoir, descendons davantage au fond des choses.
4<* Impuissance du sens intime à trouver V infaillibilité dans l'application. — Si l'inspiration révèle la science absolue du devoir, avant les applications qu'il s'agit d'en faire, c'est avec la destination de régler toutes ces applications. Honneur à cette destination! mais parlons du résultat, je vous prie. Et d'abord, l'inspiration ne peut être infaillible, qu'autant que l'on suppose l'homme dans l'âge de la force de la raison * . Avant l'arrivée et pendant le déclin de cet âge, des nuages obscurcissent l'intelligence. Aussi, dans la vie d'un même individu, l'observation attentive voit se multiplier les contradictions successives de ce qu'on appelle l'inspiration : bien plus, elle les présente comme des titres d'honneur :
L'homme absurde est celui qui ne change jamais.
L'enfant irrité bat sa nourrice; il étouffe, en se jouant, l'oiseau tenu dans sa main; dans sa main qui, quelques années après, écrira peut-être les Essais de Nicole 9 ou les Caractères de La Bruyère... Le vieillard cherche peu à réformer ses idées;
* Le sens moral, disent les Shafterburistes, ne se développe en nous que vers un certain âge.
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il croit dilBcilèment au progrès qtie prétend réaliser une génération nouyelle. — Entre les premières et les dernières années de la vie, quelle est l'étendue du moment où le sens moral est dans toute sa puissance? Qu'on me dise, si on le peut, à quelle minute précise de quel jour, le demi-dieu infaillible a pris et gardé pleine possession de l'âme? jusqu'à quelle heure il dédaigne Tenfant? combien de temps ayant la mort il abandonne le centenaire retombé dans une autre enfance ? et &ur combien d'ordonnances du médecin il se décide à quitter le fou, qui ne lit plus dans son livre intérieur?
Mais prenons Thomme, je le veux bien, à l'époque de la plénitude de la raison. Même pendant cette période difficile à bien préciser, la perfection du sens moral, admise en théorie, sera en pratique impuissante à réaUser le bien absolu. — Et d'abord voici venir l'erreur de fait sur les lois physiologiques, physiques, chimiques, qui nous expose à nuire innocemment à nos semblables, malgré les meilleures intentions de leur êtie utiles. — Puis, à côté de l'erreur de fait, se place la méchanceté, cherchant trop souvent un résultat mauvais par une volonté formelle. — Enfin voici venir encore l'étourderie, qui ne fait pas assez d'efforts pour trouver un résultat bon.
L'étourderie! à elle seule, elle suffirait pour réduire à l'état d'abstraction les résultats de la perfection du sens moral. En effet, je le demande, où est-il le sage *
1 Pythagore, on le sait, supprima le mot usité (T090Ç, pour mettre à la place le mot 9tXé<roq>oc.
« Chrysippe ne voulait pas qu'on le regardât comme un sage, ni qu'on prit